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du Roi fon Maitre. Son Alteffe Royale n'a pas été moins fenfible à l'infulte qu'on y fait à fes Miniftres, qu'à celle qu'on lui fait à elle-même en leur perfonne. Son Alteffe Royale ne peut mieux s'en venger qu'en meprifant une telle conduite, laiffant à Sa Majefté Danoise le foin de juger, lorsqu'elle en fera informée, s'il convient à des gens qui écrivent en fon nom & fous fon autorité, de fe fervir d'un ftile auffi impropre & auffi meprifant dans une affaire qui regarde un Prince fon proche parent. Néanmoins Son Alteffe Royale m'a donné ordre de vous donner quelques éclairciffemens, qui vous fervent à faire connoitre la fauffeté des imputations fusdi

tes.

On accufe le Miniftre de Son Alteffe Royale.

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1. De s'être mêlé de publier par tout que » Sa Majefté Danoife étoit difpofée à s'ac» commoder avec Son Alteffe Royale_notre » gracieux Souverain, par raport au_Duché de Schlefwic, & de lui donner un Equivalent.

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», 2. Que Sa Majesté Danoise avoit fait faire », des propofitions fur ce fujet, pour en traiter », ici à Petersbourg; & qu'il eft faux que Sa ,, Majefté Danoife ait eu, ou qu'elle ait pu " avoir la pensée de traiter d'un accommode»ment pour le Duché de Schlefwic, puisqu'elle ,, ne voudroit pas donner au Duc la valeur >> d'un Escalin pour Equivalent, bien loin de "lui faire ou d'écouter aucune propofition à >> cet égard.

noad Primum, Nous avouons naturellement

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ce que nous avons penfé & de l'accommodement propofé & de l'Equivalent.

Qu'en des occafions qui fe font presentées, on a declaré, que Son Alteffe Royale vivoit dans l'efperance de s'accommoder à l'amiable avec Sa Majefté de Dannemarc. On ne voit point comment une pareille Declaration auroit du prejudicier aux Droits de Son Alteffe Royale. On n'a qu'à jetter les yeux fur l'Hiftoire des tems paffez, on verra que le Duché de Schlefwic, après une longue ufurpation, à la verité dans des conjonctures differentes, a été recouvré par la Maison Ducale, fans tirer l'épée. Que hazarderoit-on en avouant encore à prefent que, nonobftant toutes les menaces que l'on a faites, notre Maitre espere encore que Sa Majefté Danoife concevra enfin des fentimens plus avantageux. Un Prince qui n'a offenfé perfonne, & qui n'eft malheureux que parcequ'il étoit le plus foible, peut fe repofer fur la juftice de fa Caufe, & efperer que la confcience de ceux qui font plus puiffans que lui, fe laiffera enfin toucher & changera de conduite; on laifle juger au monde impartial lequel vaut mieux, que l'on dise du côté du Duc de Holftein que l'on confidere le Roi de Dannemarc comme un Prince pacifique, ou que l'on declare de l'autre côté que l'on veut fe maintenir avec le fecours de fes Alliez dans la poffeffior d'un bien dont on s'eft emparé, fans vouloir écouter le proprietaire. On ne peut faire un crime aux Miniftres de Holstein que d'avoir trop long-tems caché au Public ces mifteres d'iniquité.

Quoad fecundum On conçoit aisement de quelle maniere il fe peut faire que l'on de

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clare

clare par ordre exprès de Sa Majesté Danoife, qu'elle n'a jamais pensé & ne pensera jamais de traiter d'aucun accommement avec Son Alteffe Royale touchant le Duché de Schlefwic.

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Au moins ne fera-t-on point paffer pour un jeu d'Enfant, les propofitions qu'a fait fur ce fujet au mois de Mai de l'année paffée l'Envoyé Weftphalen ici aux Miniftres de Sa Majefté Imperiale, & dont on a fait des ouvertures dans les formes à Mr. le Chancelier Baron de Stambké & à moi, afin que nous en fiffions raport à Son Alteffe Royale.

Peut-être fouhaiteroit-on à la Cour de Dannemarc de n'avoir pas fait cette demarche, d'autant que dès le lendemain Son Alteffe Royale fit declarer par nous mêmes aux Miniftres Imperiaux, qu'elle ne pouvoit aprouver ces propofitions parceque Sa Majefté Danoife offroit à Son Alteffe Royale de lui garantir la fucceffion au Trône de Suede, fur quoi Son Alteffe Royale ne fouhaite aucune Garantie, la Couronne de Suede ne dependant que de Dieu & de la Nation Suedoife, à qui feule Son Alteffe Royale vouloit la devoir lorsque l'occafion s'en prefentera.

Mais file Roi n'avoit eu aucune difpofition à un accommodement, à quoi fervoient donc les infinuations venues fi fouvent à Son Alteffe Royale de la part de ceux qui se declarent fi hautement contre elle à prefent, que l'on fe perfuadoit qu'il ne feroit pas difficile de trouver quelque temperamment pour la contenter; jufques-là même que Mr. l'Envoyé Weftphalen nous a fouvent declaré, que l'on vouloit lui faire des propositions raifon

fonnables il étoit muni de Pleins-pouvoirs, non feulement pour entrer fur ce fujet en Negociation, mais même pour conclure. Pourquoi auroit-il declaré la même chofe à des Miniftres étrangers? cet Envoyé a trop de fentimens d'honneur pour desavouer ni l'un ni l'autre.

Si Monfr. le Secretaite d'Etat van Haagen ne veut s'en laiffer convaincre que par preuves autentiques, qu'il dit ne pas trouver dans la Chancelerie du Roi fon Maitre, il ne fera pas difficile de lui en produire de celle de Sa Majefté Imp. Czarienne.

Voilà des faits dont nous aurions volontiers obmis les particularitez, fi on ne nous avoit contraints de defendre nôtre honneur qui nous eft au moins auffi cher qu'aux Ministres de Sa Maj. Danoife.

Vous pouvez, Monfieur, apuyer fur la verité conftante de tout ceci. Que les perfonnes impartiales jugent à prefent fi l'on a pu avec juftice accufer les Miniftres de Son Alteffe Royale, d'avoir publié des choses fauffes & fans fondement, & comme la Lettre de Coppenhague s'exprime, des Infinuations fauffes & remplies de mensonges à nôtre ordinaire. Si nous empruntions le ftile de Mr. van Haagen pour lui repondre, il eft certain que cet Echo ne lui flateroit gueres les oreilles, cependant nous ferions en droit de fuivre fon exemple; car il n'y a perfonne qui ne voye qu'il s'eft plutôt fervi contre nous du langage de la plus vile canaille que du ftile de la Chancelerie & d'un Secretaire d'Etat des injures auffi groffieres ne conviennent qu'à la lie du peuple; ou à de miferables chicaP 4

neurs.

neurs. Ceux qui font chargez d'écrire fur des affaires importantes ne doivent pas mettre dans la bouche d'un Souverain les expreffions du petit peuple. L'Auteur de cette Lettre auroit dû y reflechir dix fois avant de lacher cette expreffion que Sa Majefté Danoife n'avoit jamais pensé à donner la valeur d'un Escalin en Equivalent pour le Duché de Schlefwic. Il faut qu'on ait été dans des difpofitions bien differentes l'année derniere lorfque Sa Majefté Danoise fit of frir à Son Altefle Royale la fucceffion au trône de Suede, à la verité fous de pauvres conditions.

Après tout, quelle raifon aurions-nous eû de vouloir infpirer des foupçons aux hauts Alliez & garants de Sa Majefté Danoise? Sans doute que ces hauts garants voudroient bien aujourd'hui fe voir delivrez de cette garantie, puifque non-feulement tout le monde en reconnoit la dureté, mais même qu'elle eft contre leurs propres interêts. Outre cela, Sa Majefté le Roi de Dannemarc n'aura pas manqué fuivant fes fentimens ordinairement équitables, de prevoir que cette garantie ne le tireroit pas toujours d'affaire.

Son Alteffe Royale auroit été en droit de se plaindre de ce que cette garantie eft directement contraire aux anciennes Alliances; mais quoiqu'elle tendit à l'oppreffion & à la ruine entiere de fa Maison, elle a jugé qu'on ne devoit pas tellement la confiderer comme un arrêt fi abfolu, qu'elle fut obligée de s'y foumettre, & qu'il ne lui fut pas permis d'en porter fes plaintes à d'autres Puiffances.

Un Souverain que le Tout-puiffant a rendu plus puiffant qu'un autre, est il

pour cela

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