Page images
PDF
EPUB

dans un tableau vivant l'histoire à jamais célèbre de Biton et de Cléobis (1), offroient

(1) On se rappelle le trait touchant de Biton et de Cléobis, raconté par Hérodote, par Flutarque, et qui a fourni à ces deux historiens un résultat si moral. Ce roi de Lydie, Crésus, dont l'histoire a flétri la barbare opulence, crut que le législateur Solon le compteroit pour quelque chose, et s'extasieroient sur son bonheur. Quel est, selon vous, l'homme le plus heureux ? demanda-t-il au philosophe? Solon répondit : Tellus, citoyen d'Athènes, homme de bien, généralement estimé, mort pour sa patrie. Et après

[ocr errors]
[ocr errors]

Tellus? Solon répondit: Cléobis et Biton, deux frères qui aimoient tant leur mère, qu'un jour de fête solemnelle, comme elle vouloit aller au temple de Junon, ses bœufs, tardant trop à venir, ils s'attelèrent eux-mêmes et traînèrent le char de cette mère ravie, dont tout le monde vantoit la félicité. Elle supplia les dieux d'accorder à ses enfans ce qu'il y a de meilleur sur la terre. Cléobis et Biton ne se relevèrent point le lendemain ; une mort douce et tranquille termina leur vie honorée : comme si les dieux avoient voulu faire connoître, ajoute Hérodote, qu'il n'y a pas de plus grand bien dans la vie que d'en sortir après une action glorieuse.

sur-tout la considération accordée, dans une république, à la piété filiale, ainsi qu'à l'agriculture, et les hommages rendus par une nation libre et souveraine à la vieillesse de ceux qui la nourrissent. Au milieu de cette multitude d'images des arts, des métiers, des travaux utiles de vertus simples et réelles, s'élevoit une enseigne sur laquelle on lisoit ces mots: Voilà les services que le peuple infatigable rend à la société humaine.

Dans ces honneurs décernés à ceux qui vivent pour la société, vous n'étiez pas oubliés, ô vous qui êtes morts pour la cause de la République ! Huit chevaux blancs, ornés de panaches rouges, traînoient dans un char de triomphe l'urne où on avoit déposé leurs cendres révérées. Le sombre cyprès ne faisoit point pencher autour de l'urne ses branches mélancoliques. Une douleur même pieuse auroit profané cette apothéose: des guir

[ocr errors]

landes et des couronnes, les parfums d'un encens brûlé dans des cassolettes, un cortége de parens le front orné de fleurs, une musique où dominoient les sons guerriers de la trompette : tout dans cette marche triomphale ôtoit à la mort ce qu'elle a de funèbre, et ranimoit, pour participer à l'alégresse publique, les manes sacrés des citoyens devenus immortels dans les combats.

A une certaine distance de tous ces objets, au milieu d'une force armée, rouloit avec un fracas importun, chargé des attributs proscrits de la royauté et de l'aristocratie, un tombereau semblable à ceux qui conduisent les criminels au lieu de leur supplice. Une inscription gravée sur le tombereau portoit : Voilà ce qui a toujours fait le malheur de la société humaine. A cette vue le peuple paroissoit frémir d'horreur, et les dépouilles de la victoire indignoient encore les vainqueurs.

Cinq fois dans l'espace qu'elle devoit parcourir, cette pompe auguste s'est arrêtée, et chaque station a présenté des monumens qui rappeloient les plus beaux actes de la révolution, ou des cérémonies qui la consacroient et qui l'ache voient.

Vers le milieu de la longueur des bou levards, s'élevoit un arc de triomphe, ouvrage du génie de l'architecture et de celui de la peinture, associées par le patriotisme. Rome antique, et Athènes la cité des arts, ont exécuté en ce genre peu de dessins plus beaux. L'arc de triomphe étoit érigé pour représenter la gloirė de ce moment de la révolution de 1789, où l'on vit des femmes, devenues intrépides par le sentiment de la liberté, traîner des canons, et, portées sur les affûts, diriger en quelque sorte les hommes où il falloit attaquer la tyrannie; combatttre elles-mêmes à Versailles les satellites des

:

[ocr errors]

despotes, et mettre en fuite ceux qui échappoient à leurs coups. Les quatre côtés de l'arc triomphal rappeloient, par de simples inscriptions, les résultats de ce mémorable évènement. Sur une des faces on lisoit : Comme une vile proie elles ont chassé les tyrans devant elles; sur l'autre Le peuple, comme un torrent inonda leurs portiques; ils disparurent. Sur la troisième, en parlant du peuple : Sa justice est terrible; sur la face opposée: Sa clémence est extrême. Tandis que l'architecture, la peinture et la sculpture se réunissoient ainsi pour transmettre à la postérité le souvenir des héroïnes des 5 et 6 octobre, ces femmes courageuses figuroient elles-mêmes au milieu des monumens de leur gloire, et, comme au chemin de Versailles, on les voyoit assises sur les affûts des canons. Toute la marche s'est arrêtée devant elles : le peuple les contemploit, et le président

« PreviousContinue »