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les divers actes de sa souveraineté ! Nous répondrions encore: avec les formes et les conditions dont, ce qui s'appelle proprement Loi, sera entouré, ne croyez pas que les mandataires fassent un si grand nombre de lois dans une année. On se guérira peu-à-peu de cette manie de législation qui écrase la législation au lieu de la relever; et, dans tous les cas, il vaut mieux attendre, et se passer même d'une bonne loi, que de se voir exposé à la multiplicité des mauvaises.

Il faut maintenant vous parler de l'établissement du conseil exécutif. Conséquemment à notre opinion de ne faire nommer directement et immédiatement par le peuple, que ses députés et le juré national, et non pas les agens de ses volontés, nous n'avons point voulu que le conseil reçût sa mission au premier degré de la base populaire. Il nous a paru que l'assemblée électorale de chaque dé

partement devoit nommer un candidat pour former le conseil, et que les ministres de l'exécution, nommés agens en chef, devoient être choisis hors du conseil; car ce n'est point à eux à en faire partie. Le conseil est un corps intermédiaire entre la représentation et les ministres, pour la garantie du peuple: cette garantie n'existe plus, si les ministres et le conseil ne sont séparés.

On ne représente point le peuple dans l'exécution de sa volonté. Le conseil ne porte donc aucun caractère de représentation: s'il étoit élu par la volonté générale, son autorité deviendroit dangereuse, pouvant être érigée en représentation par une des méprises si faciles en politique. Nous en avons conclu qu'il devoit être élu par les assemblées électoralest, sauf ensuite à faire diminuer par un autre mode l'existence d'un trop grand nombre des membres d'où il suit que la dignité

n'étant plus que dans l'établissement, et non pas dans les hommes qui se mettent toujours à la place des établissemens, le conseil ainsi subordonné, et désormais gardien sans péril des lois fondamenrales, concourt à l'unité de la République par la concentration du gouvernement, tandis que cette même unité ne peut être garantie à son tour, que par l'exercice de la volonté générale, et par l'unité de la représentation. Heureux si, de cette manière très-simple, nous sommes parvenus à résoudre le problême de J. J. Rousseau dans le contrat social, lorsqu'il proposoit de trouver un gouvernement qui se resserrât à mesure que l'état s'ag◄ grandit, et dont le tout subalterne fût tellement ordonné, qu'en affermissant sa constitution, il n'altérât point la constitution générale.

Pouvions-nous ne pas conserver les municipalités, quelque nombreuses qu'el

les soient? Ce seroit une ingratitude envers la révolution, et un crime contre la liberté que dis-je ? ce seroit vraiment anéantir le gouvernement populaire. Quel malheur pour les citoyens, si dans quelques-unes de leurs communes (et pour peu qu'on réduise, la réduction ne peut pas aller à moins de quatorze mille) ils étoient privés de la consolation de s'administrer fraternellement ! L'efpèce humaine est un composé de familles dispersées çà et là, et plus ou moins nombreuses, mais qui toutes ont les mêmes droits à la police et au bonheur. L'écharpe qui couvre des lambeaux est tout aussi auguste que l'écharpe des cités les plus populeufes. L'homme qui la porte ne consentiroit pas plus à l'abandonner, qu'à se dessaisir de son vote ou de son fusil. Et, d'ailleurs, quel peut être l'inconvénient? Non, l'idée de retrancher des municipalités, n'a pu naître que dans

la tête des aristocrates, d'où elle est tombée dans la tête des modérés.

Telles sont les principales combinaisons sur lesquelles il étoit de notre devoir de vous présenter des détails, avant de vous lire le projet de l'acte constitutionnel. Puissent nos foibles travaux avoir applani quelques-unes des difficultés du grand ouvrage que vous allez entreprendre! puisse cet ouvrage, si nécessaire à la prospérité commune, être bien- tôt terminé! puissiez-vous mériter la gloire d'avoir donné une consistance Immortelle à votre patrie! puisse la postérité vous bénir comme les fondateurs de la République française! il n'existe point sur la terre une plus haute destinée. Puisse sur-tout la chartre que vous allez consacrer à la sagesse humaine, ramener tous nos frères, amortir les haines locales, éteindre et les flambeaux de la discorde et les feux de la guerre, épouvanter les

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