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fatiguez par les formes de la démocratie, au lieu de lui faire aimer la liberté.

La méthode que nous indiquons renferme le plus précieux des avantages: elle brise toutes les séparations de territoire, en fondant et en rendant plus compacte que jamais l'ensemble départemental; en sorte que la patrie n'auroit plus, pour ainsi dire, qu'un seul et même

mouvement.

Qu'on ne nous reproche pas d'un autre côté, d'avoir conservé des assemblées électorales. Après avoir rendu un hommage si entier à la souveraineté du peuple et à son droit d'élection, nous avons cru essentiel d'établir une forte différence entre la représentation d'où dépendent les loix et les décrets, en un mot, la desinée de la République, et la nomination de ce grand nombre de fonctionnaires publics, à qui, d'une part, il est indispensable de faire sentir leur dépendance

dans leur origine et dans leurs fonctions, tandis que, de l'autre, le Peuple luimême doit reconnoître que la plupart du temps il n'est pas en état de les choisir, soit parce que dans les cantons, on ne connoît pas un assez grand nombre d'individus capables, soit parce que leurs fonctions ne sont pas d'un genre simple et unique; soit enfin, parce que le recensement de leurs scrutins consumeroit trop de peines et de délais. Voilà quelle a été notre intention, en laissant aux; assemblées électorales le choix de toutes les fonctions qui ne seroient pas celles des représentans, ou du grand juré national.

C'est ici le moment de vous entretenir de ce juré national, de cette grande institution, dont la majesté du souverain a besoin, et qui, sans doute, désormais sera placée à côté de la représentation elle-même. Qui de nous, en effet, n'a

pas été frappé d'une des plus coupables réticences de cette constitution, dont nous allons enfin nous affranchir? Les fonctionnaires publics sont responsables; et les premiers mandataires du Peuple ne le sont pas encore! Comme si un représentant pouvoit être distingué autrement que par les devoirs, et par une dette plus rigoureuse envers la patrie, nulle réclamation, nul jugement ne peuvent l'atteindre. On eût rougi de dire qu'il seroit impuni, on l'a appelé inviolable. Ainsi les anciens consacroient un empereur pour le légitimer! La plus profonde des injustices, la plus écrasante des tyrannies nous a saisis d'effroi. Nous en avons cherché le remède dans la formation d'un grand juré destiné à venger le citoyen opprimé dans sa personne, des vexations (s'il pouvoit en survenir) du corps législatif et du conseil; tribunal imposant et consolateur, créé par le Peuple, à la

même heure, et dans les mêmes formes qu'il crée ses représentans; auguste asyle de la liberté, où nulle vexation ne seroit pardonnée, et où le mandataire coupable n'échapperoit pas plus à la justice qu'à l'opinion. Mais ce ne seroit pas encore assez d'établir ce juré, de lui donner une existence parallèle à la vôtre; il nous a paru grand et moral de vous inviter à déposer dans le lieu de vos séancés l'urne qui contiendra les noms réparateurs de l'outrage, afin que chacun de nous craigne sans cesse de les voir sortir. Comparons la différence des siècles et des institutions même républicaines. Jadis le triomphateur sur son char se faisoit ressouvenir de l'humanité par un esclave. A des hommes libres, à des législateurs français, l'urne du juré national exposera tous leurs devoirs.

Nous pensons avoir rétabli sur la représentation nationale une grande vérité,

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connue sans doute, mais qui désormais ne restera probablement plus sans effet: c'est que la constitution française ne peut pas être exclusivement appellée représentative, parce qu'elle n'est pas moins démocratique que représentative. En effet, la loi n'est point le décret, comme il est facile de le démontrer; dès-lors le député sera revêtu d'un double caractère. Mandataire dans les lois qu'il devra proposer à la sanction du peuple, il ne sera représentant que dans les décrets d'où il résulte évidemment que le gouvernement français n'est représentatif que dans toutes les choses que le peuple ne peut pas faire lui-même.

On nous dira peut-être : pourquoi consulter le peuple sur toutes les lois? ne suf fit-il pas de lui déférer les lois constitutionnelles, et d'attendre ses réclamations sur les autres? Nous répondrions: c'est une offense au peuple, que de détailler

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