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De quoi nous accusent-ils? De leurs propres forfaits?

Ils nous accusent de rébellion ! Esclaves révoltés contre la souveraineté des peuples, ignorez-vous que ce blasphême ne peut être justifié que par la victoire! Mais voyez l'échafaud du dernier de nos tyrans; voyez le peuple français armé pour punir ses pareils, et voilà notre réponse.

Les rois accusent le peuple français d'immoralité! Peuples, prêtez une oreille attentive aux leçons de ces respectables précepteurs du genre humain! La morale des rois, juste ciel! et la vertu des courtisans! Peuples, célébrez la bonne-foi de Tibère et la candeur de Louis XVII admirez le bon sens de Claude et la sagesse de Georges! vantez la tempérance et la justice de Guillaume et de Léopold! exaltez la chasteté de Messaline, la fidélité conjugale de Catherine, et sa me

'destie! Louez l'invincible horreur de tous les despotes passés, présens et futurs, pour les usurpations et pour la tyrannie, leurs tendres égards pour l'innocence opprimée, leur respect religieux pour les droits de l'humanité!

İls nous accusent d'irréligion, ils publient que nous avons déclaré la guerre à la divinité. Quelle est édifiante la piété des tyrans! et combien doivent être agréables au ciel, les vertus qui brillent dans leurs cours, et les bienfaits qu'ils répandent sur la terre! De quel dieu nous parlent-ils ? en connoissent-ils d'autres que l'orgueil, que la débauche et tous les vices? Ils se disent les images de la divinité, est-ce pour forcer l'univers à déserter ses autels? Ils prétendent que leur autorité est son ouvrage : non, dieu a créé les tigres.... et les rois sont les chef-d'oeuvres de la corruption humaine. Ils invoquent le ciel, c'est pour

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usurper la terre. S'ils nous parlent de la divinité, c'est pour se mettre à sa place. Ils lui renvoient les prières des pauvres et les gémissemens des malheureux. Ils sont eux-mêmes les dieux des riches, des oppresseurs et des assassins du peuple. Honorer la divinité et punir les rois, c'est la même chose. Quel peuple rendit Jamais un culte plus pur que le nôtre, à l'Être suprême, sous les auspices duquel nous avons proclamé les principes immuables de toute société humaine! L'arrêt de mort des tyrans dormoit oublié dans les ames abattues et timides des mortels; nous l'avons mis à exécution. Le monde appartenoit à deux ou trois races de tyrans, comme les déserts de l'Afrique aux tigres et aux serpens; nous l'avons restitué au genre humain. Les lois de la justice éternelle étoient appelées dédaigneusement les lois des gens de bien; nous en avons fait d'imposantes

réalités,

réalités. La morale étoit dans les livres des philosophes; nous l'avons mise dans le gouvernement des nations.

Peuples, s'il ne vous est pas donné de faire valoir les titres que nous vous avons rendus, gardez-vous du moins de violer nos droits, ou de calomnier notre courage. Les français ne sont point atteints de la manie de rendre aucune nation heureuse et libre, malgré elle. Tous les rois auroient pu végéter ou mourir sur leurs trônes ensanglantés, s'ils avoient su respecter l'indépendance du peuple français. Nous ne voulons que vous éclairer sur leurs impudentes calomnies.

Vos maîtres vous disent que la nation française a proscrit toutes les religions, qu'elle a substitué le culte de quelques hommes à celui de la divinité. Ils nous peignent à vos yeux, comme un peuple idolâtre ou insensé. Ils mentent, le

peuple français et ses représentans res H

pectent la liberté de tous les cultes, et n'en proscrivent aucun; ils honorent la vertu des martyrs de l'humanité, sans engouement et sans idolâtrie; ils abhorrent l'intolérance et la persécution, de quelque prétexte qu'elles se couvrent. Ils condamnent les extravagances du philosophisme, comme les folies de la superstition, et comme les crimes du fanatisme. Vos tyrans nous imputent quelques irrégularités inséparables des mouvemens orageux d'une grande révolu tion; ils nous imputent les effets de leurs propres intrigues, et les atentats de leurs émissaires. Tout ce que la révolution française a produit de sage et de sublime, est l'ouvrage du peuple français; tout ce qui porte un caractère différent appartient à nos ennemis; les hommes raisonnables et magnanimes sont du parti de la république. Tous les êtres perfides et corrompus sont de la faction

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