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Les protestants, de leur côté, ne songèrent qu'à reconquérir le terrain qu'ils avaient perdu, au moyen de la confusion où le pays allait retomber. On les autorisa à se réunir à Saumur. Ils n'en furent pas mieux disposés.

Le comte de Soissons exigea le gouvernement de la Normandie, le plus importaut de tous par sa situation et sa richesse (1). Le prince y avait de nombreux partisans ; il comptait marier sa fille aînée au duc de Longueville, qui possédait, dans le Cotentin, d'immenses domaines. Il s'imaginait aussi que, maître de Quillebæuf et de Pont-del'Arche, il aurait Paris à sa discrétion (2).

Le nouveau gouverneur fit son entrée officielle dans sa ville capitale, le 10 décembre 1610, au milieu d'un grand concours de peuple (3); son ambition s'en accrut. Persuadé que la cour n'oserait lui rien refuser, il demanda que le maréchal de Fervaques lui remît, sur l'heure, la place de Quillebæuf. Le maréchal, déjà très-mécontent qu'on lui eût enlevé la lieutenance générale, s'y refusa.

Cette querelle troubla moins la Basse-Normandie que celle qui, l'année suivante, éclata en Bretagne entre le duc de Retz et le maréchal de Brissac. Il se fit des assemblées dans le Cotentin. Les gentilshommes convoquèrent leurs hommes ; ils se disposèrent à passer dans la province voisine, et à s'y mettre au service de l'un ou de l'autre des adversaires (4). Ce fut comme un prélude des troubles qui remplirent les premières années du règne de Louis XIII. Les populations du littoral saisirent cette occasion de revenir à la piraterie. Avec la connivence des

(1) Henri IV ne voulant pas donner le gouvernement de la province à l'un des princes, y avait nommé son fils le Dauphin, devenu Louis XIII, avec Fervaques pour lieutenant.

2) Mém. de Fontenay- Vareuil (élit. Michaud), p. 39. (3) Reg. sec., t. XVIII, pus 39, 40 et 44. (1) Mém. de Ponicharırain, p. 316.

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juges et des officiers de l'amirauté, « elles trafiquèrent du « produit des prises, déprédations et voleries sur mer au « préjudice de l'honneur de la province , et au mépris des règlements qui avaient été arrêtés par l'Angleterre, la Hollande et d'autres puissances maritimes. Le scandale ful si patent, que les députés des États provinciaux le dénoncèrent dans leur cahier (1).

La cour était un foyer d'intrigues et de rivalités aussi ardentes dans leurs manifestations que méprisables dans leur but. Le duc de Rohan, à la tête des huguenots, commença le mouvement dans la Guyenne et la Saintonge. Le comte de Soissons revint à la charge, et réclama impérieusement Quillebæus. On négocia. - Fervaques consen

tit à résigner son commandement; mais on le donna à M. de Fouques. Le prince eut un accès de colère ; il fut pris d'une fièvre violente qui l'emporla, en peu de jours, au mois de novembre 1612. Celle fois, la régente se momma elle-même gouvernante de la Normandie, avec Fervaques, en qualité de lieutenant-général (2).

Nous n'avons pas à entrer dans le récit des faits qui appartiennent à l'histoire générale. Bientôt, on le sait, le prince de Condé, le duc de Bouillon et le duc de Longueville se retirèrent de la cour et prirent les armes. Concini, dejà marquis d'Ancre, devint maréchal de France (1613). La reine espera que la déclaration de majorité de son fils, qui avait 13 ans, et la convocation des États généraux, lui aideraient à surmonter les difficultés du moment.

Au nombre des 461 députés qui s'assemblèrent, à Paris, le 14 octobre 1611, figuraient comme représentants du Colentin: l'évèque d'Avranches, François de Péricard ,

(1) Cahiers des É'ats de 1611, 1. I, p. 218.

(2) Wm. de Fontenay- Jr., p. 61. Fervaques niousut au mois d'octobre 4613 et fut rempla par le duc de Montbazon.

pour le clergé; Messire Henri Anquetil , chevalier de StVaast, pour la noblesse; et Jacques-Germain d'Arcanville, sieur de La Conté, avocal à Carentan, pour le liers-état1).

Ces États furent les derniers, si l'on ne compte pas ceux qui, 175 ans plus tard, conduisirent les funérailles de la monarchie. Ils furent tout aussi inutiles que les autres (2). Dans la longue analyse que nous a transmise Florimon de Rapine, il n'est mentionné, parmi les députés du Cotentin, que l'évêque d'Avranches, qui, le 31 octobre, vint, assisté de quatre ecclésiastiques, prononcer, devant le tiers-état, un sermon sur la préparation à la communion..... (3).

Le cahier présenté par la Normandie n'était que la reproduction des articles que les États provinciaux inséraient chaque année. Nous rappellerons, plus loin, ceux qui intéressaient le Cotentin (4).

La session était à peine close (24 mars 1615), que l'agitation recommença : - à Paris, par les remontrances du

à parlement; - et, en province, par une seconde prise d'armes, que les princes provoquèrent, après avoir, au mois de mai, de nouveau quitté la cour.

On vit alors reparaître ces bandes de prélendus hommes de guerre, qui ne vivaient que de vols et de maraude, et

(1) Le bailliage de Caen fut représenté par l'évêque de Bayeux, messire Jacques d'Angennes; Jean de Longaunay, seigneur de Damigny, gouverneur de Carentan; Guill. Vauquelin de La Fresnaye, président au siège présidial, et Me Abel Olivier, sieur de La Fontaine, l'un des syndics de Falaise (Masse. ville, t. VI, p. 78).

(2) Des États gén., etc., t. XVI, p. 107. Le jour de la réunion générale (27 octobre), il y eut une si grande confusion, que les députés mécontents disaient : « que la France étoit incapable d'ordre » (id. Ibid., p. 99).

(3) Des États, l. XVI et XVII.

(4) Recueil de pièces concernant l'llist. de Louis XII, par Le Cointe, t. I, p. 136 el suis. (Paris, 1716 ).

qui trouvaient facilement, parmi les gentilshommes campagnards, des chefs et des complices. Les levées assez importantes faites, au nom du roi, en Basse-Nornandie, n'en diminuèrent pas sensiblement le nombre (1). On ne put convoquer les États de la province. Le parlement s'en émut. Vers la fin du mois d'août 1615, il rendit un arrêt qui enjoignait aux officiers du parquet d'empêcher les enrôlements non autorisés par commission royale ; de signaler les noms et prénoms des hommes qui auraient pris les armes malgré cette défense, et d'indiquer les capitaines sous lesquels ces hommes se seraient engagés (2). Le duc de Montbazon se rendit au palais ; le premier président lui communiqua les plaintes qui lui étaient arrivées de toutes parts sur les excès commis par ces perturbateurs de la paix publique. Le duc répondit que le roi lui ayant donné pleins pouvoirs, il avait, depuis plus de trois semaines, pris les mesures convenables et qu'il priait la cour de ne pas « entrer en délibération sur « ce qui dépendoit de ses attributions (3). ”

Il n'était que trop évident que le lieutenant-général, même avec l'aide du grand prévôt et de ses archers, avait été impuissant à réprimer les esactions et les meurtres qui se commettaient sur presque tous les points de la province. C'était du côté de la Bretagne que les habitants avaient le plus à souffrir.

Un mémoire, adressé du comté de Mortain au parle

(1) Un seul capitaine, nommé des Portes, usant de l'influence de sa sæur, abbesse de Sle-Trinité de Caen, avait pu lever dans le pays douze cents hommes « fort lestes », qu'il eminena en Picardie (Mém. de Fontenay, p. 90). Trois compagnies de gendarmes appartenant à MM. de Bellefonds, fils du gouverneur de Caen, d'Escoville et du Ponl-Hérouville, parlirent aussi au mois de septembre 1615 (Journ. de Simon Lemarchand, ms., f 53 ).

(2) Reg. sec., l. XVIII, fos 272. (3) Ibid., ibid., fos 282 et suiv.

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ment, entrait dans les détails les plus précis. Un sieur de La Selle, capitaine de cent carabins, s'était associé avec de Pierrepont, Le Cygne, le baron de Larchamp, La Vayrie et plusieurs autres. Ils avaient formé une troupe de quatre à cinq cents bandits, avec lesquels ils exploitaient le Tilleul , Husson et St-Cyr. Ils se moquaient des sauvegardes, disant que le roi avait assez de peine à se défendre lui-même, et s'avouant de M. de Vendôme, qui leur avait donné département, c'est à dire licence de traiter le Cotentin en pays conquis. La direction paraissait leur venir d'un capitaine de La Forest, qui résidait à Pontorson. Mongommery protestait de ses sentiments de fidélité ; mais ces hobereaux, huguenots pour la plupart, n'y croyaient guère, et se vantaient d'appartenir à un seigneur dont le bras était plus long que le sien. Il était facile de deviner qu'ils entendaient parler du prince de Condé (1).

L'Avranchin n'était pas plus épargné que le comté. A Cuves, un capitaine Vimont Bras-de-Fer s'était établi avec cent vingt hommes : il prétendait aussi appartenir au comte de Montgommery. De Pierrepont était revenu à . St-Georges-de-Livoye, avec ses quatre compagnons, et confisquait, partout où il passait, l'argent du roi et les biens des particuliers (2).

On attribuait à Montgommery le dessein de s'emparer du château de Mortain; dessein qui se rattachait probablement aux projets du duc de Vendôme sur la Bretagne. Le baron de Poiley, quoique fils du bailli du lieu, n'agissait pas mieux que les autres. On le soupconnait d'être en parfait accord avec le seigneur de Ducey. Un mémoire

(1) Arch. de la Manche, Invent, som., série A, n° 597. – Anu, 1615 et 1616.

(2) Ibid., ibid., no 597.

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