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et, jusqu'en 1553 (1), l'on fit usage des sceaux où elle se

trouvait.

Les premières monnaies émises ensuite des résolutions prises en 1535 furent des deniers qui, d'un côté, présentent les mots, devs Noster PVGNAT PRO NOBIS (2), et de l'autre le nom de la ville, la date et la devise, POST TENEBRAS LVCEM. Une certaine quantité du métal de ces deniers provient des vases sacrés des anciennes églises de Genève, car Flournois nous apprend (3) que l'on remit à Claude Savoie, maître de la monnaie, et pour être employés à sa fabrication: une croix d'argent en manière d'offertoire, un calice et un pié de calice bas d'argent avec une patène, un petit coffre d'argent propre à tenir des reliques, un baise-main de Saint-Jean et un bâton garni d'argent.

La Clef et l'Aigle qui se trouve sur les premières monnaies est l'une des dernières qui présentent l'aigle au vol abaissé. Dès lors elle fut toujours essorante, quelquefois entièrement déployée.

Une ordonnance publiée le dernier février 1536, Sur ce que les hostes ou hostesses obserueront et feront obseruer chez eux (4), porte en tête un bel écu de Genève dans une couronne; disposition dont nous avons vu un analogue dans le Missel. Sur cet exemple, l'aigle n'est pas languée, ce qu'on remarque fréquemment tant à la fin du quinzième siècle qu'au commencement de celui-ci (5). Cet écu se retrouve, en 1545, en tête d'un tarif réglant le prix des diverses qualités du pain (6). Le même motif, mais avec un ruban enroulé autour de la couronne et

(1) Arch., Pièces hist., n° 1542 (12 décembre 1553). (2) Notre Dieu combat pour nous.

(3) Extrait des Reg., du 26 novembre et 10 décembre 1535. Arch. (4) Arch., Pièces hist., n° 1161. Cette ordonnance est imprimée. (5) Cette absence de lampassure est un défaut grave, la langue des animaux étant, en blason, un des caractères les plus honorables; on sait que, pour punir un noble qui avait insulté sa mère, saint Louis diffama ses armoiries en ôtant la langue du lion qui s'y trouvait. (6) Arch., Pièces hist., no 1369.

portant la devise, post tenebras LVCEM, se voit sur l'armoirie jointe à la vue de Genève, gravée en 1548 et probablement envoyée par Bonivard à Münster, pour sa Cosmographie (1).

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Les portefeuilles historiques des Archives présentent, en 1538 et 1539, trois nouveaux sceaux : LE. SEAVLX. COMMVNG. DE. GENEVE., qui est tantôt pendant (2), tantôt en applique (3), et dont l'armoirie rappelle les formes anciennes, fut en usage jusqu'en 1587 (4); une pièce, en date du 20 août 1541 (5), le qualifie de sceau de la Seigneurie de Genève (6); un autre sceau, ayant la même légende (7) et employé de la même manière (8), se trouve de 1539 (9) à 1688. L'aile de l'Aigle est plus dépliée que sur l'exemple précédent; la Clef offre une tige à bouton et embase, et un anneau en double S [pl. XX, fig. 21]; enfin, LE. s. (sceau) DE . LA . IVSTICE. de. Geneve, dont on se servit de 1538 (10) à 1553 (11), offre une gracieuse variante dans la forme de l'écusson (12).

(1) Cette gravure se trouve dans l'édition latine de 1550, p. 98, et dans celle française de 1568, p. 122. L'édition allemande de 1544 ne présente pas cette planche.

(2) Cire rouge sur lemnisque de parchemin de 1538 à 1548, sur cordelettes de soie grise et noire, 1544.

(3) 1538 à 1587. Il est en cachet en 1557.

(4) Arch., Pièces hist., nos 1185 à 2120.

(5) Arch., Pièces hist., n° 1267.

*

(6) Une réduction du seaulx commung est gravée dans l'Histoire de Genève par Spon, in-4°. Voy. t. II, fig. XLVIII, et p. 285 du texte. (7) L'orthographe est différente, LE. SEAV. COMVN. de. Geneve (8) Appliqué de 1539 à 1688. Pendant sur cire rouge dans une boîte de bois, liée par deux rubans, l'un gris, l'autre noir, à l'acte d'inclusion du canton de Zurich au traité de Soleure, acte datant du 28 août 1605. Une lettre du 6 août 1641, par laquelle la Seigneurie sollicite l'admission de Genève dans le sein de l'Alliance Helvétique, a pour cachet un grand sceau brisé, qui est probablement le même.

(9) Arch., Pièces hist., n° 1217.
(10) Arch., Pièces hist., no 1193.
(11) Arch., Pièces hist., n° 1528.

(12) Ce sceau, employé en applique, a treize lignes environ de dia

En 1536 (1), on détermina les limites respectives du territoire de Berne et Genève, en plaçant sur les frontières des bornes qui portaient sur leurs faces les écussons des deux États (2).

Les armoiries exécutées au seizième siècle sont généralement d'un beau dessin, bien disposées, et groupées pour la plupart, dans un ancien écu placé tantôt en cœur de l'aigle impériale, comme nous l'avons vu sur les ducats, tantôt dans le disque du soleil (3), ou bien sur un trèfle ou triolet (4). Ces dispositions se rencontrent particulièrement sur les monnaies de cette époque, où presque toujours l'écu parti a l'aigle impériale pour ci

mier.

En 1544 (5), on prit la résolution de faire un sceau particulier aux armes de la Ville, destiné à sceller les actes du lieutenant, et portant cette légende, SIGILLVM JURIS CIVITAtis geNEVÆ; cette décision fut incomplétement exécutée; le sceau, gravé en 1544, présente bien la Clef et l'Aigle, mais au lieu des mots ci-dessus, on lit la devise, post tenebras Lvx, employée

mètre. On en trouve un de onze lignes, avec une légende analogue, SEAV DE LA IVSTICE *, dès le commencement du dix-septième siècle jusqu'au milieu du dix-huitième.

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(1) Les 26 et 29 août. Flournois, Extrait des Reg. Archives.

(2) De nouvelles bornes furent placées en 1750 entre Genève et la France. Il résulte des Registres de la Chambre des Comptes que la sculpture de chaque écusson fut exécutée pour le prix d'un écu (10 florins 6 sols). (Reg., du 13 janvier au 30 décembre.) Les bornes actuelles datent de 1816.

(3) En 1590, le Conseil des Deux-Cents ordonna la frappe de monnaies de cuivre qui portent la Clef et l'Aigle dans un soleil flamboyant..

Postérieurement on retrouve la Clef et l'Aigle dans le Soleil, sur les drapeaux de Villmergen et sur plusieurs autres bannières. Les plaques des schakos ont porté, depuis la Restauration jusqu'en 1847, l'empreinte de la Clef et l'Aigle, placée au milieu d'un soleil à vingt-huit rayons.

(4) Parpaillots ou neuf-deniers du seizième siècle. (5) Reg. du Conseil, au 7 avril.

ainsi pour la première fois sur un sceau. Les armes de ce sceau, qui fut employé, tantôt en placard, tantôt comme cachet, de 1544 (1) à 1589 (2), sont bien exécutées et rappellent tout à fait celles que l'on voit sur une clef de voûte portant la même date et conservée parmi les pierres antiques du Musée. Cette pierre nous paraît avoir appartenu à la porte de la Monnaie ; la porte de ville qui était près de l'église de Saint-Gervais portait le même écusson avec la date de 1558 (3).

Un dessin à la plume de 1550 (4), représente la marque des draps vendus à la Halle de Genève sa face principale figure la Clef et l'Aigle dans un écu circulaire entouré des mots, LA. CITE. DE. GENEVE, et sur le revers on lit, ALE. VISITE; trèsantérieurement, en 1485, les draps qui se vendaient aux Halles devaient être munis d'une bulle en plomb portant les armes de la ville et celles de l'évêque (5). A l'époque de la Révolution, le sceau des Halles fut souvent employé, et pour des usages bien différents de sa destination primitive. On le trouve sur un ordre du Comité Révolutionnaire daté du 22 juillet, l'an 2 de l'Egalité, et en 1798 on s'en servait encore pour sceller dans le temple de Saint-Pierre l'urne des opérations électorales. Ce sceau, figuré sous le n° 2 de la planche XII, porte en légende ces mots, †s. ALLARVM. SIVITATIS. GEBNAR.

En 1558 (6) on commença la construction des bâtiments du College; à cette occasion on mit, au bas de la Vallée, une pierrė portant les armoiries de Genève, accompagnées, pour la première fois, du cimier et de la devise, cette dernière est écrite

(1) Arch., Pièces hist., n° 1555.

(2) Arch, Pièces hist., no 2136.

(3) Flournois, Extr. des Reg. des Conseils, msc. des Arch., p. 58. (4) Arch., Pièces hist., n° 1458.

(5) Fragments hist. de M. le baron de Grenus, p. 61.

(6) Voy. l'arrêt du Conseil, en date du 28 mai, portant que l'on doit bâtir un collége au jardin Bolomier et racoutrer les tours Bolomier et Floret pour y loger les régents.

sur un cordon plié en quatre-feuilles autour de l'écu, qu'enveloppe un manteau rectangulaire (1).

Un règlement publié en 1560 ordonne (2) qu'à l'avenir les publications affichées porteront dans le haut les panonceaux de la Seigneurie. Nous avons vu que bien antérieurement on plaçait la Clef et l'Aigle en tête des imprimés officiels, mais en suite du nouvel arrêté l'on fit graver des poinçons aux armes de Genève, destinés à être imprimés avec les textes; le type choisi fut celui de l'écusson enveloppé d'une couronne, et reproduit sous le no 1 de la planche XIX. Le plus ancien exemple de cet écusson se trouve au titre de l'opuscule intitulé: Les Ordonnances ecclésiastiques de l'Eglise de Geneve, item, l'ordre des Escoles de la dicte cite, et imprimé en 1561. Cet écusson fut longtemps en usage; l'on en fit des imitations jusqu'à la fin du dix-huitième siècle (3).

En 1561, la Clef et l'Aigle fut sculptée sur l'entrée du logis du Principal; l'écu y est timbré d'une couronne royale antique, deux figures, représentant la Science et l'Histoire, et accompagnées de trophées remarquables, lui tiennent lieu de tenants ou supports. Le 1er mai de l'année suivante, le Petit Conseil créa des prix pour le collége (4); l'on possède presque toutes les médailles qui, en divers temps, ont été frappées pour cet usage; le revers représente en général la figure de la Religion tenant une corne d'abondance, et recevant du ciel une couronne destinée aux enfants placés à ses pieds. Ce sujet, qui porte en exergue, SEN. GEN. PR.EM. D. (5), est entouré de la légende,

(1) Cette pierre est placée aujourd'hui au-dessous de l'horloge du Collége.

(2) Art. x, titre XXV.

(3) Le poinçon primitif était encore en usage en 1714. Voy. le titre des Edits imprimés à cette date.

(4) Le 4 mai 1625, le Petit Conseil arrêta que « tous les prix qui se baillent aux promotions soyent de la même marque et que le moindre vaille un teston. »

(5) Récompense décernée par le Sénat de Genève.

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