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L'origine de la Clef et l'Aigle (1), comme armoiries de Genève, est enveloppée de ténèbres. Suivant De la Corbière, ce serait au pape Martin qu'il faudrait en attribuer la concession, qui aurait eu lieu en 1418 (2). Suivant d'autres auteurs, elle serait bien plus ancienne (3), et son existence remonterait jusqu'à l'année

(1) Quoique d'une construction peu exacte, nous avons tenu à conserver cette expression, fort usitée chez nous, où l'on en fait un seul mot féminin.

(2) Antiquités de Genève, msc., Supplément, cité par Picot, Hist. de Genève, t. I, p. 116. De la Corbière n'indique point à quelle source il a puisé ce renseignement.

(3) Les liens jaune et rouge, soutenant les sceaux appendus à d'an

1033; mais cette hypothèse, ne s'appuyant sur aucun monument ni sur aucun fait connu, est purement gratuite; il en est de même de celle de Gautier qui, errant dans l'examen d'une pièce de monnaie portant l'écusson moderne et faussement attribuée aux évêques de Genève, dit que l'on ne saurait douter que la Clef et l'Aigle ne fût depuis un temps immémorial les armoiries de cette ville (1).

Le plus ancien monument connu sur lequel on trouve la Clef et l'Aigle est le parchemin de l'année 1449, que nous avons cité à l'occasion de l'Aigle impériale [voy. pl. VIII]. Plusieurs monuments de cette époque concourent à prouver que la Clef et l'Aigle était alors une chose toute nouvelle: sur le même manuscrit où nous avons trouvé la Croix de Genève, on voit la Clef et l'Aigle, soutenue par des anges, suivre immédiatement les mots, Benedictus qui uenit in nomine domini osanna in excelsis (2).

Une peinture (3) de 1451 [pl. IX], placée en tête d'un ancien cartulaire écrit en 1423 (4) est plus explicite encore : un

ciens actes épiscopaux, ne sauraient être cités à l'appui de l'antiquité de l'écusson actuel, puisque ces liens, semblables à ceux de plusieurs bulles impériales et pontificales, sont aux couleurs de l'ancien écu aussi bien qu'à celles des dernières armoiries de Genève. D'ailleurs l'emploi de ces deux couleurs n'était pas particulier aux chancelleries de Rome et de l'Empire. Plusieurs pièces des rois de France sont scel lées du grand sceau en cire jaune et sur le repli de celui en cire rouge. (Richelet, Dictionnaire, au mot Seeau.)

(1) Histoire manuscrite de Genève, liv. V, p. 152.

(2) Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna dans les hauts lieux.

(3) Du temps de la Réformation, la haine des iconoclastes s'est portée jusque sur cette peinture; les inscriptions sont bâtonnées, et l'on a fait disparaître les têtes des figures en mouillant et râclant le parchemin; l'on s'est servi du même procédé pour détruire une miniature qui se trouvait au commencement du volume et qui paraît avoir représenté l'Annonciation.

(4) Voy. Mémoires de la Soc. d'Hist. et d'Archéol. de Genève, t. V,

PL. VIII.

ange y est représenté apportant du ciel, et remettant le nouvel écusson à saint Pierre et à saint Paul, patrons de la ville de Genève (1). Quelques vers sont inscrits près de ces figures; l'ange s'adressant à Pierre lui dit :

Pierre pour moy Dieu si te mande

et expressement toy comande
que geneue ceste cité
tu gardes de neccessité

ne ne seuffre en nulle saison
que lon y fasse trayson

garde la de malx et de blames
tien en voy Cy les belles armes.

A quoi l'apôtre répond:

Trés reluysant haute lumiere.
Diuine puissance entiere
sans comencement et sans fin
je te mercy de cuer enclin
puis quil plest a la mageste
ainsy que Langel a recite

p. 254. Dans le plus ancien inventaire des titres de la ville, fait en 1428, on mentionne les Franchises comme étant copiées in quodam libro pergameneo dicte civitatis, à la fin duquel sunt depicta arma dicte communitatis. Cette mention conviendrait parfaitement à notre cartulaire, si la peinture de la fin ne représentait un acte accompli seulement au milieu du siècle, l'adoption du bâton syndical par les chefs du gouvernement. On ne peut en conséquence pas établir, relativement à l'antiquité de la Clef et l'Aigle, plus de fondement sur cette indication que sur toutes celles antérieures où il est parlé des armes de la ville ou de la communauté.

(1) Les deux apôtres pris comme protecteurs de Genève, parce que, suivant la légende, ils ont évangélisé dans nos contrées, sont représentés en cette qualité sur plusieurs monuments; nous citerons, en particulier, les restes d'une peinture sur vélin, cousue contre l'un des feuillets du cartulaire, et la première lettre du texte des Franchises de Genève sur l'édition de 1507.

de moy faire chief sauf et garde
de geneue et salvegarde

et moyen de ta pourveance (1)
la garderay de ma puissance.

L'écusson genevois, tel que nous le connaissons aujourd'hui, fut peut-être non un don du pape, mais bien une .concession impériale. En 1442, l'empereur Frédéric III vint à Genève, où la Communauté le reçut de la manière la plus brillante (2). Il est possible que, comme marque de gratitude, l'empereur ait alors changé les armoiries des bourgeois, leur donnant un écusson qui rappelait à la fois les droits suzerains de l'Empire et de l'Église (3). Cependant il est aussi très-possible que ces armes aient été prises sans concession, et au moment où l'on commença à tenir des registres publics d'une manière régulière, c'est-à-dire en 1442 (4).

(1) Pourveance, l'action de pourvoir.

(2) Fragments historiques de M. le baron de Grenus, du 23 octobre 1442, p. 20.

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(3) Nos pères, dit S. Goulard, ont pris ces armes pour montrer que leur ville était Impériale, et qu'elle avait une dévotion particulière à saint Pierre, qui en était le Patron; car cette Clef ne vient point du Pape, comme Overie le voudrait faire croire en ce distique :

« Clavem Aquilamque gerit, duplex insigne, Geneva,

Illud Papatus, hoc debet Imperij.

D

Voici l'épigramme d'Owen, à laquelle Goulard fait allusion; elle a été publiée dans le Journal Helvétique de mai 1745:

« Clavem Aquilamque gerit duplex insigne Geneva :

Illud Papatus, hoc habet Imperii

Hoc insigne tuum quo jure, Geneva, tenebis

Si repetat Clavem Roma, Rodolphus avem?

< Où en seras-tu, pauvre Genève, et que te restera-t-il de tes armoiries, si l'empereur reprend son aigle et le pape sa clef? »

Owen, membre du collège d'Oxford, naquit à la fin du seizième siècle et mourut en 1623.

(4) Les Extraits du Registre de 1442, qui prouvent qu'il est le pre

PL. IX.

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