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voir un résultat de la négligence plutôt qu'autre chose. La forme de la couronne offre d'assez grandes variations: Au quinzième siècle elle est généralement fleuronnée de feuilles d'ache ou persil, cette forme, qui est la forme normale, a été d'un usage général à toutes les époques; la couronne royale diadémée encore employée aujourd'hui, et dont un drapeau de la fin du dix-huitième siècle offre un exemple complet, sommé du globe et de la croix se rencontre fréquemment; la couronne antique ou à pointes est plus rare (1), et nous ne connaissons qu'un seul exemple du diadème impérial [pl. XIII, fig. 1]; en 1794 on trouve l'Aigle coiffée du bonnet de la liberté, et les drapeaux de la Réserve présentent une variante de la couronne de marquis, cette couronne est d'or; un drapeau de 1815 en présente une noire, mais le rouge est sa véritable couleur, c'est aussi, comme nous l'avons dit en commençant, la couleur du pied, de la jambe, du bec, de la langue et de l'œil de l'Aigle, toutefois il est peu de monuments où cela soit fidèlement observé, le plus généralement toutes ces parties de l'Aigle sont, par suite de l'oubli des monuments antérieurs, peintes au naturel.

Outre les variations dont nous venons de parler, on rencontre parfois de singulières figures d'Aigle, en rappelant celles de 1794, nous en signalerons trois autres, celle de l'ancien sceau [pl. XII, fig. 1], et celle de la clef de voûte de la salle des Archives; la première, curieuse par sa forme bizarre, et la seconde par sa pose benoite, qui lui donne plutôt l'apparence d'une colombe que d'un aigle, mais de toutes les anomalies, la plus singulière est celle qui présente l'Aigle avec une queue de cheval

ster, 1544, 50 et 68, et dans l'Histoire de Genève de Léti, 1686. Les publications affichées de 1794 à 98 offrent également, de même que quelques écussons actuels, l'Aigle découronnée.

(1) Tableau de l'Escalade; drapeau de 1728; carte de Genève, de Mallet, 1776. Le nombre des pointes varie de trois à huit ou dix..

PL. XVII.

comme on le voit sur une pierre sculptée conservée à l'Hôtel-deVille.

3. Formes de la Clef.

Sur les plus anciens écussons de Genève, l'anneau de la Clef est plein, il en est encore ainsi sur le tableau de l'Escalade; l'un des premiers monuments qui offrent l'anneau évidé est le manuscrit des édits dont nous avons parlé, et qui date de la fin du seizième siècle [pl. XIII, fig. 1].

Quant à la forme de cet anneau, celle en losange (1) est sans contredit fort ancienne [voy. pl. IX, X et XVIII], celle en quatrefeuilles lui est peut-être antérieure, puisqu'on la trouve dès 1449 [pl. VIII], son usage fut peu fréquent, cependant une monnaie de 1536 [pl. XIII, fig. 5] l'offre encore; postérieurement au milieu du seizième siècle, l'anneau en losange fut très-rarement employé (2).

La forme en double S [pl. XX, fig. 21], qui se voit sur un sceau de 1539 (LE SEAV COMVN DE GENEVE) a persisté jusqu'à nos jours il en est de même de l'anneau ovale ou circulaire, que la Cosmographie de Münster présente avec le millésime 1544, et de celui en trèfle (3) qui, sur les monnaies, succéda immédiatement à l'anneau losangé; on remarque, relativement à ce dernier, qu'il est presque toujours coupé par la ligne de partition de l'écu.

(1) Les angles de ce losange sont toujours garnis de pommettes qui se retrouvent sur l'anneau circulaire de Münster, 1548.

(2) On ne retrouve guère cet anneau que sur LE SEAVLX. COMMVNG. DE. GENEVE. encore employé en 1587. Arch., Pièces hist., n° 2120.

(3) L'anneau en trèfle se voit sur l'écusson en tête de l'Ordonnance sur les hôtes, publiée en 1536. Arch., Pièces hist., no 1161.

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La tige de la Clef a subi des variations qui peuvent aussi se classer par ordre chronologique d'abord unie avec ou sans elle s'orne d'anneaux et bracelets; d'une embase, puis elle prend le bouton, et sur quelques exemples elle est entièrement ornée (1); plus tard (2) on trouve la tige en balustre [voy. fig. 24], enfin la tige unie aujourd'hui est assez généralement accompagnée d'une embase ou garniture au-dessus de l'anneau.

Quant au panneton, il est rare qu'il se présente sans être ajouré d'une croix, cependant on peut citer des exemples de cette disposition à toutes les époques (3). Un drapeau de la fin du dix-huitième siècle [Arsenal, no 32] présente l'exemple trèsrare du panneton à deux croix, et un ouvrage allemand de 1579 en a trois (4). Le panneton percé en losange se voit sur un sceau employé en 1540 et celui en ovale sur un écu de 1729 (5).

4. Du Cordon et de la Légende.

La place assignée à la Légende genevoise a fréquemment varié; on peut cependant admettre qu'en général, et contrairement aux règles héraldiques, elle a été placée au-dessus de l'écu au lieu de l'être au-dessous, ce qui s'explique très-bien d'ailleurs, soit par la corrélation qui existe entre le soleil et la légende: Après les ténèbres la lumière, légende qui constitue avec cet astre une devise complète, ayant ce que l'on appelle en termes de blason un corps et une âme, soit parce que ces pa

(1) Macchabées, 1682. Écusson déplacé, conservé aux Archives. (2) 1780 et suivantes, Congé militaire pour la Garnison de Genève. (3) Sceau de 1483. Nouveau Testament, 1538, ce dernier offre lo panneton à rateau. Münster, 1544, 50 et 68. Chouet, Vue de Genève, 1655. Léti, 1686. Einleitung zu der Wapen-Kunst, 1729. Publications affichées de la fin du siècle. Timbre de la Société Economique, etc. (4) Wapen desz heiligen Römischen Reichs, voy. 55° bannière, et planche XV de ce volume.

(5) Einleitung zu der Wapen-Kunst.

PL. XVIII.

roles accompagnaient primitivement le Soleil et non la Clef et l'Aigle (1).

Dans le sceau de 1530, la Légende est écrite en rond autour des armoiries; en 1561 elle est sur un cartouche placé au-dessous de l'écu (2); le manuscrit des édits de 1584 [pl.XIII, fig. 1] est peut-être le plus ancien exemple du Cordon régulièrement placé. Au milieu du seizième siècle, en 1548 (3), il est enroulé autour de la couronne qui entoure l'écusson, disposition qui fut en usage jusqu'à la fin du dix-huitième siècle [pl. XIX, fig. 1]. On retrouve quelquefois le Cordon au-dessous de l'écu, il en est ainsi sur les masses du sautier en 1687 et 1720, sur certaines publications affichées de 1778 (4) et 1794 (5); dans quelques écus de cette dernière époque le Cordon et la Légende manquent entièrement (6). Dans les Extraits du Registre unique de tous les citoyens, les mots POST TENEBRAS LUX sont écrits audessous de l'armoirie, le Cordon qui enroule la couronne portant les mots, LIBERTÉ, Indépendance, ÉGALITÉ. Depuis la Restauration, on remarque des variations analogues pour la place qu'occupe la Légende, elle est très-généralement au-dessus de l'écu, mais les drapeaux de la Réserve la présentent à sa véritable place.

On trouve le mot LUX écrit avec l'ancien V jusqu'à la fin du dix-huitième siècle (7), l'U carré employé presque exclusive

(1) Voy. p. 8. Voy. aussi le soleil placé à la fin de l'Avis au lecteur du Genevois Jubilant, par Jacob Lavrent, 1635.

(2) Collége de Genève, écusson du logement du principal. (3) Cosmographie de Münster.

(4) Publications affichées. Ordonnances contre les jeux de hasard. (5) Ibid., Etablissement du Bureau de dépôt de l'industrie gene

voise.

(6) Ibid., Tribunal Révolutionnaire, et 11 juillet 1796.

(7) Publications affichées de 1793. Le mot Lvx du Plan topographique et historique de Genève, fait en 1825, est une imitation de l'ancienne orthographe, dont on pourrait citer d'autres exemples récents.

ment de nos jours, lui fut généralement substitué dès le commencement du même siècle (1).

Nous avons vu que la Légende primitive était, POST TENEBRAS SPERO LUCEM; il paraît que ce fut vers 1543, et après la composition de la ballade de Bonivard sur l'ancienne et nouvelle devise de Genève (2), qu'on commença à lui substituer POST teneBRAS LUX; nous voyons du moins la plupart des monnaies, frappées jusqu'alors (3), porter POST TENEBRAS LUCEM; le mot SPERO Sous-entendu.

La couleur du Cordon et des lettres de la Légende a été trèsdiverse, aucune règle n'étant fixée à cet égard; le plus ancien exemple offre un Cordon verdâtre avec les lettres noires (4), plus tard on trouve le Cordon blanc (5) avec la Légende tantôt en noir (6) tantôt en or (7); d'azur (8) avec les lettres d'or (9), et de gueules avec des lettres noires ou d'or (10). L'azur pour le Cordon et l'or pour la Légende sont les couleurs qui paraissaient les plus convenables.

Quelques légendes employées à certaines époques font allu

(1) Comme variante dans l'orthographe de la Légende, nous citerons l'écusson de la tour méridionale de l'Hôtel de-ville portant, POST

TENEBRAS : LVX.

(2) Reg. du Conseil, du 11 juillet 1543.

(3) Voy. le thaler et les sols de 1540. On retrouve Lucem sur la vue de Genève donnée par Münster en 1548, et nous avons vu (p. 49) qu'en 1553 les sceaux à l'ancienne Légende étaient encore en usage. (4) Edits manuscrits de 1584. (Archives de Genève.)

(5) Drapeaux de 1783. Le Cordon blanc est presque toujours doublé et bordé d'azur.

(6) Tableau de l'escalade. (Bibliothèque publique.)

(7) Drapeau de 1713. (Arsenal de Genève, no 23.) (8) Drapeau de l'ancienne Garde soldée.

quelquefois bordé de pourpre.

-Le Cordon d'azur est

(9) Même drapeau; id. de 1794. (Arsenal de Genève, no 27 et 24.) (10) Drapeaux des bataillons de la Réserve.

PL. XIX.

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