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la ferme volonté des citoyens de la république de balayer des alentours les ennemis de leur indépendance; dans le haut de la bannière on avait tracé, sur des bandelettes, une inscription dont il ne reste plus aujourd'hui que les mots, PCVR LIBERte. Le capitaine Vandel, qui avait fait faire cette bannière et qui est l'un des derniers représentants des partisans de l'antique liberté genevoise, fut condamné en 1555, par la faction française qui, grâce aux efforts de son chef Calvin, était alors toute-puissante, à avoir la tête tranchée.

Le Soleil à huit rayons flamboyants se trouve sur les pièces d'or de 1581 et de 1638, ainsi que sur les monnaies obsidionales frappées en 1590.

Douze rayons entourent le disque du Soleil sur les écus d'or de 1570, sur les florins et les double-florins d'argent de 1635, sur les quadruples d'or de 1646 et sur un grand nombre de six-deniers frappés durant la dernière moitié du dix-huitième siècle. Un fronton et l'une des clefs de voûte de l'Hôtel-deVille offrent le Soleil à vingt-quatre rayons, et sur une maison de la rue du Rhône il est entouré d'un même nombre de flammes (1).

Vers la fin du dix-huitième siècle, les flammes et rais coniques furent généralement abandonnés pour le rayonnement en éventail. Ce changement se fait pressentir dans quelques monuments antérieurs, où les anciens rais sont entremêlés d'argrettes lumineuses (2). Comme exemple de la lumière émanant du disque d'une manière continue, l'on peut citer une gravure de 1707 (3), faite par allusion à l'alliance de 1584; dans cette

(1) On trouve neuf flammes sur l'écu pistolet de 1576 [voy. pl. II, fig. 6], et trois rayons seulement autour du Soleil sculpté sur la clef d'une arcade des halles du Molard (face septentrionale). [Fig. 12.]

(2) Inscription de 1584, douze sols de cuivre (obsidionale) de 1590, pistole de 1753 et 54. [Voy. fig. 8.]

(3) Cette gravure est en tête des Pièces concernant les assemblées générales de 1707; voici comment son auteur l'explique : « Les An

PL. III..

figure le Soleil, par sa disposition, sert à la fois de cimier aux écus de Zurich, Berne et Genève. Outre l'inscription TRIA PROTEGAT VNVs, qui rappelle celle de l'Hôtel-de-Ville, on lit dans le cercle extérieur, SIC INDIVULSA ÆTERNVM. Des bractéates, probablement frappées dans la première moitié du seizième siècle, et tellement rares que l'on n'en connaît aujourd'hui que deux à Genève, présentent aussi le Soleil à rayonnement continu [pl. II, fig. 7].

Les triples-pistoles de 1771 offrent le Soleil à douze gerbes; un six-deniers de 1785 en a sept (1), les quinze-sols de 1794 [pl. II, fig. 14] dix-huit, et les gros écus des années suivantes vingt-quatre; dans celles de ces dernières pièces, frappées en 1795, et dans les quinze-sols, l'indication de la valeur a remplacé le nom de Jésus, mais ce nom reparut sur le gros écu de 1796, dernière pièce frappée avec le Soleil sous l'ancienne République (2).

Le Soleil rayonné en croix [pl. II. fig. 4] ne se rencontre que sur les pièces de six-deniers. Cette figure, que l'on trouve

neaux, qui sont les Symboles de la Fidélité, et particulièrement de l'Alliance quand ils sont entrelassez, représentent la Confédération, et les étroites Liaisons et engagemens qu'il y a entre les 3 Etats dont ils renferment les Armoiries. Le Soleil, qui répand ses raions sur ces Anneaux, est l'Emblème de notre grand Dieu et Sauveur JésusChrist, l'Orient d'en haut, et le Soleil de Justice, qui éclaire ces Etats et qui les couvre de ses aîles. La légende, énoncée en forme de souhait, le prie Qu'il les protége tous trois; et l'autre, qui est autour, Qu'il les conserve ainsi inséparables pour jamais. »

(1) On trouve aussi sept gerbes sur le Soleil des boutons de l'uniforme des Volontaires [pl. II, fig. 13].

(2) Les boutons des jugulaires des schakos présentaient le Soleil à huit gerbes. Ce n'est guère que là et sur les plaques des mêmes schakos que l'on retrouve le Soleil depuis la Restauration; sur ces dernières il rayonnait de quatorze rayons alternant avec autant de gerbes, et portait en disque la Clef et l'Aigle surmontée du nom de Jésus.

dès le milieu du seizième siècle, cessa d'être employée dans la première moitié du dix-huitième.

Dans quelques monuments le disque offre le nom abrégé de Jésus en grec, IHΣ(ovg); cette disposition, dont on trouve de nombreux exemples aux dix-septième et dix-huitième siècles (1), est une nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons avancé touchant l'interprétation des lettres IHS.

Le monogramme de Jésus a quelquefois été employé sans rayonnement; c'est ainsi que le présente la hallebarde d'huissier que nous avons citée (2) et la marque dont on se servait pour poinçonner des monnaies étrangères dont la Seigneurie de Genève permettait le cours après en avoir vérifié le titre et le poids (3).

Le dernier emploi officiel du Soleil isolé comme insignes de Genève eut lieu pour l'uniforme des soldats de l'ancienne République. Le Règlement pour celui des Volontaires porte que les boutons seront jaunes et chargés d'un Soleil en relief, et il prescrit encore que l'ornement du retroussis sera en forme de Soleil, et que le hausse-col des officiers sera chargé d'un Soleil d'argent (4); les soldats de la Garde Nationale, création de 1796, portaient encore le Soleil sur le retroussis.

La rareté des représentations peintes du Soleil isolé ne per

(1) Halles de l'Hôtel-de-Ville; — Pistoles de la dernière moitié du dix-huitième siècle.

(2) Sur cette hallebarde le nom de Jésus est entouré des mots POST TENEBRA LVS.

(3) Le médailler de M. Marin renferme un blanc de Henri III de 1585; celui de M. le docteur Coindet des pièces du cardinal de Bourbon, créé roi par la Ligue, à la mort d'Henri (1589), sous le nom de Charles X, et celui de M. Revilliod-Fæsch des pièces d'argent de Lucerne, à l'effigie de saint Léger, frappées en 1614 et 1616, et qui of frent le poinçon de Genève sur leurs empreintes.

(4) Ces Soleils sont à face humaine, image que l'on retrouve sur un drapeau de l'Exercice de l'Arquebuse et de la Carabine, fait en 1822.

met pas de déterminer d'une manière absolue sa couleur, mais tout porte à croire qu'il était d'or: on voit, par exemple, que celui qui fut représenté dans les bassins d'argent offerts par la ville à la duchesse de Savoie, en 1523 (1), était doré, et comme cela se fit à une époque où l'on appliquait toutes les couleurs sur l'orfévrerie, il est permis d'en conclure que la couleur choisie était bien celle du Soleil de Genève (2). Quant au champ, il était probablement rouge ou de gueules, car les vêtements sacrés de la cathédrale, qui portaient cette ancienne armoirie, étaient de velours rouge (3).

Le nom de Jésus, placé, comme dans l'ancienne armoirie de Genève, au milieu d'un Soleil ou d'une auréole lumineuse, a été pris comme symbole non-seulement par l'ordre des Jésuites, mais encore par quelques autres sociétés, soit religieuses, soit civiles et même militaires. A la fin du quinzième siècle, les Volontaires qui se destinaient à combattre les Turcs, formèrent une association connue dans l'histoire sous le nom de Compagnie de Jésus, et qui avait pour sceau les lettres Ins, placées au centre d'un soleil à vingt-deux rayons. On voit l'empreinte de ce sceau sur quelques lettres de Gérard Des Champs, capitaine de cette compagnie, et par lesquelles il se plaint d'avoir reçu certains outrages à Genève. Ces lettres sont de 1464. Le différent fut terminé par l'empereur Frédéric IV, qui écrivit au Conseil de Genève à ce sujet (4).

Le sceau de la Vénérable Compagnie des Pasteurs de l'E

(1) Voy. Fragments historiques de M. le baron de Grenus, au 7 juillet.

(2) Voy., au chapitre des Ornements de la Clef et l'Aigle, quelques détails sur la couleur du Soleil cimier.

(3) Voy. l'inventaire imprimé dans le tome VI des Mémoires de la Soc. d'Hist. et d'Archéol., p. 129 et suiv.

(4) Les lettres de Des Champs se trouvent dans les Portefeuilles historiques des Archives de Genève, sous le n° 651, et la lettre de l'empereur sous le n° 653.

glise Nationale de Genève porte aussi le nom divin de Jésus, rayonnant ou placé dans un Soleil à seize rais, alternativement étoilés ou flamboyants avec cette légende, SOL ET SCVTVM ECCLESIÆ GENEVENSIS. Une gravure, figurant une réduction de ce sceau, se trouve à la fin d'une lettre des pasteurs et professeurs de l'Eglise de Genève, datée du 7 des calendes d'octobre 1706, et imprimée à Oxford l'année suivante. Dans quelques timbres la devise ordinaire est remplacée par les mots, VENERABLE COMPAGNIE DES PASTEURS DE GENEVE (1).

Le timbre de l'Auditoire de Théologie porte aussi le nom de Jésus dans un Soleil à seize rais, entouré des mots, STUD: THEOL. ACAD: GENEV. Ce timbre date de 1817.

En parlant des Exercices ou Sociétés militaires nous verrons que l'une des plus anciennes, celle de l'Arc, portait le Soleil pour devise.

CHAPITRE II.

DE L'AIGLE, Armoiries de genÈVE VILLE IMPÉRIALE.

Genève ayant adopté l'Aigle de l'Empire, cet insigne ne dut pas être placé seulement sur la cathédrale, les autres édifices publics en furent aussi très-probablement décorés; mais, la

(1) En avril 1713, la Compagnie des pasteurs arrêta qu'à l'avenir ses membres feraient une ou deux fois par année un repas fraternel. A cette occasion le pasteur Viollier composa une médaille où se lit une inscription commémorative, et où l'on voit les pasteurs à table, célébrant les agapes de l'Église de Genève; dans le fond de la salle est un Soleil, dans le disque duquel est placé le nom de Jéhovah, avec ces mots autour: SOL ET CLYPEUS.

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