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apperçoit de foibles éclairs lancés des bords -de ces nuées, dont la beauté, les différentes figures & les diverfes directions forment. un spectacle très-curieux.

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A mefure que le tems des pluies approche, on voit un brouillard épais & noir s'élever peu-à-peu au- deflus de l'horizon méridional, & les verts de mer exercer toute leur fureur. Peu de jours après, le déluge arrive, la violence des vents femble redoubler, & l'on entend par intervalles le tonnerre. gronder fourdement; d'épaifles vapcurs terceptent, pendant plufieurs jours, les rayons. du foleil; mais enfin, la pluie diminue, & finit le plus fouvent comme elle a commencé, c'eft à-dire, au bruit du tonnerre; les. vents réglés reprennent leur cours ordinaire; l'air purifié, devenu élaftique, eft des plus agréables; l'aftre du jour recouvre fon premier éclat, & toute la nature paroit jouir d'une nouvelle vie. Lorsque le foleil se cache fous l'horizon, l'azur des cieux, le feur des étoiles, la douce lumiere de la lune offrent le fpectacle le plus enchanteur; &. fi cet aftre ne paroit point, on eft dédommagé par l'éclat de la voie lactée & celui de Vénus, dont les rayons, dans ces contrées, font affez brillans pour produire des ombres très fenfibles; enforte qu'à la Jamaïque la nuit force rarement les voyageurs de s'arrê

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L'hiftorien parle enfuite des tortues qui,

à des époques fixes, viennent en foule offrir de la fubfiftance aux habitans des Caymanes, 3 petites ifles éloignées de 30 ou 40 lieues de la Jamaïque. « La plupart de ces animaux, dit il, s'y rendent du golphe de Honduras, fitué à 150 lieues environ des Caymanes. Rien n'approche de l'exactitude avec laquelle ils font ce trajet au tems marqué par la ivine providence: on affure que des vaiffeaux qui, dans un gros tems, avoient perdu la latitude, ont fuivi ces tortues, au bruit qu'elles font en nageant, & qu'ils font arrivés avec elles aux ifles dont on vient de parler. Les femelles de ces animaux pondent, dit-on, 900 œufs, & au-delà: fi cette affertion eft vraie, on ne doit plus être étonné de leur prodigieufe multiplication dans ces mers. Lorfque le tems de l'incubation eft écoulé, elles vont aux côtes de Cuba & des autres grandes ifles voifines, où, dans l'espace d'environ un mois, elles acquierent cette graiffe délicieufe qui les fait rechercher avec tant d'empreffement ».

La grande Caymane eft la feule des trois ifles de ce nom, qui foit toujours habitée : elle eft fi baffe qu'à 4 ou 5 lieues de diftance on ne peut la voir du tillac. Cette ifle a un mille & demi environ de longueur fur un mille de largeur: elle n'a point de port, mais un affez bon ancrage au fud. oueft. Du côté du nord-eft regne une lon gue chaîne de rochers qui renferment l'ifle

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de l'Eau-Douce, où fe fait la pêche des tortues. On dit que les infulaires actuels defcendent des Alibuftiers anglois, & qu'ils font en tout au nombre de 160. Quoique cette ille foit un apanage de la Jamaïque, fes habitans n'ont jamais été foumis aux loix de cette derniere colonie. Ils font eux-mêmes leurs légiflateurs : ils ont un chef & un gouverneur qu'ils choififfent, & quelques juges de paix, nommés par le gouverneur de la Jamaïque. Ils font heureux, malgré leur pauvreté, parce qu'ils ont des mœurs & de la vertu. Ceux d'entr'eux qui veulent se marier, fe rendent ordinairement à la Jamaïque, dont l'ille de l'Eau-Douce n'eft trèsque peu éloignée; & après la célébration de leur mariage & la vente de leurs tortues, ils re- tournent chez eux. L'air de ce pays est trèspur & très-fain: auffi les habitans parviennent ils à un âge fort avancé, & font-ils la plûpart robuftes & vigoureux. Le fol eft très-fertile en grains & en plufieurs autres végétaux; de forte que les infulaires peuvent nourrir beaucoup plus de porcs & de volaille qu'il ne leur en faut pour leur fubfif

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tance.

En parlant des avantages que l'Angleterre retire de fon commerce avec la Jamaïque, & des encouragemens qu'elle devroit donner aux habitans de cette ifle, l'auteur rend juftice à la France, qui, toujours zélée pour le bonheur de fes fujets, ne perd ja

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mais de vue les moyens de faire profpérer le commerce, & de l'étendre ju ques dans fes colonies. Ce qu'il dit enfuite fur le Cac-. tus, ou le figuier d'Inde, mérite d'être cité..

On fçait que cet arbriffeau porte à l'extrémité de fes feuilles, des baies remplies d'un fuc très-rouge, & fort agréable au goût. Ce fuc eft la nourriture ordinaire de l'infecte qui donne la cochenille, & qui acquiert ainfi la propriété de teindre en écarlate. Les parties inutiles à cette teinture, mais effentielles à l'infecte telles que les os, les aîles &c., ne peuvent être féparées des autres, à caufe de leur petiteffe; ce qui diminue la vivacité de la couleur, dont l'éclat feroit bien plus grand, fi on la tiroit du fruit même il faudroit, pour cela, prendre le fuc des baies, qui contient le principe colorant, & lui donner la confistance néceffaire pour le conferver & le tranfporter. M. David Riz, de Kingston, ville de la Jamaïque, découvrit, après plufieurs expériences, trois procédés fort utiles : le premier étoit relatif à cette derniere opération; par le ze. on pouvoit donner à la foie & à la laine une couleur rouge fupérieure à toutes celles. qu'on obtient au moyen de la cochenille; enfin, le 3e. étoit analogue à une nouvelle méthode pour teindre en écarlate & en pourpre, & les teinturiers auroient pu l'employer, en faitant quelques changemens dans leur manipulation. Quoiqu'on eut reconnu par

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plufieurs épreuves, qu'en fuivant ces procédés, la couleur tirée des baies de Cactus faifoit autant d'effet qu'une quantité triple de cochenille, on ne donna point à M. R.. les encouragemens néceffaires, & le fecret de fes différentes méthodes mourut avec lui. L'Angleterre eût pu fe paffer entierement de cochenille pour les manufactures; mais, par une politique difficile à comprendre, elle voulut continuer d'en faire venird'Espagne, chaque année, à très - grands frais.

Il réfulte de cet ouvrage une propofition générale; c'eft que les Anglois, faute d'entretenir, comme il conviendroit, parmi les habitans de la Jamaïque, une émulation de travail & d'induftrie, ne retirent pas, à beaucoup près, de cette colonie tous les avantages qu'elle pourroit leur procurer.

An effay on genius. C'eft-à-dire, Effai fur le génie.

DERNIER EXTRAIT.

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Ans fes recherches fur l'influence des paffions & fur l'affociation des idées M. Gerard parle non-feulement des paffions proprement dites, mais encore de toutes les affections, des émotions, du tempétament habituel de l'ame & des fenfations

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