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étoit barbare. Les académies naquirent, & l'éclat de leurs succès attira, sur-tout dans Paris, cette foule d'étrangers qu'on y voit. L'académie des belles-lettres nous devient plus nécessaire que jamais, pour recueillir ces dépôts renfermés dans les communautés aujourd'hui détruites. L'académie françoise a moins de titres que les autres à l'utilité publique; mais il nous faut des historiens. pour cette époque-ci ; & c'est-là que vous en

trouverez.

"

Les académies & tous les corps littéraires a répondu M. Lanjuinais, doivent être libres & non privilégiés. C'est à l'académie privilégiée & pensionnée des sciences que nous devons la suppression de la société des arts qui donnoit tant d'espérances. Les académies sont des foyers d'aristocratie littéraire. L'éloquence ne consiste plus à lier des mots & des phrases, d'une maniere correcte, mais à donner des choses. Richelieu a fondé l'académie françoise; & depuis elle n'a été que trop fidelle à se conformer à l'esprit & au vœu de son fondateur. En Angleterre, en Allemagne, le gouvernement ne paie pas les académies, & il y en a beaucoup en France, il ne paie pas les sociétés patriotiques, & nous en avons plusieurs; le régime de la liberté, voilà le génie créateur, & non des jurandes. Les lettres, les sciences sont une passion & non pas un métier. Je demande qu'à compter du premier janvier prochain, il ne soit plus rien compté aux académies permis à tous littérateurs & savans de former telles sociétés qu'ils voudront si un' particulier avoit une expérience trop dispendieuse à faire, le département pourroit venir à son

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secours. Enfin je demande que le traitement des académiciens actuels leur soit conservé jusqu'à trois mille livres, toutes pensions comprises.

que

M. l'abbé Grégoire a observé l'académie françoise avoit déja adopté un systême de liberté en établissant l'égalité parmi ses membres, & que les autres académies travailloient à une meilleure organisation. Sur sa motion amendée par M. Camus, l'assemblée a décrété que les fonds proposés par le comité des finances pour les académies & le jardin du roi leur seront accordés provisoirement cette année, & que toutes les académies & corps littéraires seront tenus de présenter, sous un mois, à l'assemblée un projet de réglement sur leur constitusion particuliere.

Les fonds proposés par le comité sont 25,217 liv. pour l'académie françoise; 43,908 1. pour celle des belles-lettres; 93,458 liv. pour celle des sciences; 36,200 liv. pour la société royale de médecine; & pour le jardin du roi, 89,522 liv., y compris 4 mille livres pour les appointemens de MM. de la Marck & Faujas, ajoutées sur la motion de M. Regnault.

Pendant le cours de la discussion, M. le président a fait lire une adresse des officiers du jardin du roi, qui se plaignent de l'inégalité de leurs traitemens, & prient l'assemblée d'examiner un plan qu'ils se proposent de lui envoyer inces

samment.

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M. Malouet au nom des trois comités réunis de la marine, des recherches & des rapports, a rendu compte de la sinistre affaire de M. de Castellet, d'après les pieces lues dans la derniere

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séance, & dont je viens de donner le détail. Le rapporteur a continué :

De tous ces exemples fréquens de la frenésie populaire, qu'en devons nous conclure? qu'il faut arrêter la licence & déchirer le bandeau qui a couvert les yeux d'un peuple bon, mais facile à égarer. Au reste, le peuple de Toulon n'a pris aucune part à cette funeste affaire, il n'a pas dépendu ni de la municipalité, ni de la garde nationale, ni de la garnison de sauver M. de Castellet. Tout atteste qu'ils ont fait en cette occasion ce que le patriotisme & l'humanité leur commandoient; mais la licence l'a emporté. C'est à en arrêter les effets, plus terribles dans un port de mer, que dans tout autre lieu, qu'il faut que l'assemblée s'attache spécialement. L'opinant a proposé, & l'assemblée a adopté le décret suivant:

<< L'assemblée nationale, sur la dénonciation qui lui a été faite par le ministre de la marine d'un attentat commis à Toulon le ro de ce mois contre la personne du sieur de Castellet, commandant en second de la marine, & après avoir ouï le rapport de ses comité réunis, décrete que son président se retirera incessamment par devers le roi pour prier sa majesté de donner les ordres les plus prompts, à l'effet de poursuivre par-devant la sénéchaussée de Toulon qui jugera en dernier ressort les auteurs, complices & adhérens de l'attentat qui lui a été dénoncé, & à faire particuliérement informer sur les ordres donnés pour faire sortir des prisons du palais cinq des assassins qui y avoient été conduits..

L'assemblée nationale charge son président d'écrire aux maire & officiers municipaux de

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Toulon pour leur témoigner sa satisfaction da zele & du patriotisme qu'ils ont montré en défendant la personne du sieur de Castellet, & les charge de faire connoître aux gardes nationales, à la garnison, & notamment aux grenadiers de Barrois, qui en cette occasion ont donné des preuves particulieres de dévouement, la satisfaction que l'assemblée éprouve de leur conduite. >>

M de Mirabeau: La maladie est générale, & le remede qu'on vous présente n'y peut convenir. parce qu'il n'attaque qu'une partie du mal. Le tout porte à croire que les insurrections fréquentes & mutipliées des régimens, sont des insurrections systématiques suggérées par des menées sourdes & la haine de l'ordre actuel des choses; puisque tout le corps est malade, il ne faut il ne faut pas penser à guérir plaie à plaie, ulcere à ulcere ; il faut qu'on fasse une transfusion de sang nouveau. Un mémoire que M. Dubois de Crancé vient de communiquer sur ce qui est arrivé à Hesdin vous convaincra comme moi que le mal vient d'une action & d'une réaction, en sens contraire, & de la part des soldats qui, pleins de leurs droits, ne connoissent pas assez leurs devoirs, & de la part des officiers qui devroient connoître & leurs droits & leurs devoirs, & semblent vouloir ne rien relâcher de leurs antiques prétentions.

Votre position est telle que vous ne pouvez mollir sans danger, ni punir qu'avec toutes les mesures de la prudence: il faut vous garder surtout de persuader à des soldats, qui ne se croient pas en état d'insurrection, qu'ils y sont réelle

ment.

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M. de Mirabeau a été interrompu par des applaudissemens & des murmures. Je ne mérite ni l'un ni l'autre, s'est-il écrié si je déplais, c'est que j'ai trouvé le juste milieu qu'il faut adopter & suivre ; il a proposé le projet de décret suivant:

;

L'assemblée nationale, instruite par les différens rapports qui lui ont été faits du mécontentement & de l'insubordination des soldats considérant que la paix publique ne peut subsister avec une armée insubordonnée; qu'une armée ne peut exister sans l'observation la plus exacte de la discipline militaire; que son relâchement actuel provient de ce que l'organisation de la liberté publique n'est point encore complette; que l'ordre sera bientôt rétabli dans l'armée, Lorsque les soldats auront appris à ne pas séparer leurs droits de leurs devoirs,

Décrete que son président se retirera vers le

roi

, pour le supplier d'envoyer des commissaires dans les différentes garnisons du royaume, à l'effet de licencier l'armée, le 10 du mois prochain, de la recomposer sur le champ des mêmes individus, d'après l'organisation décrétée par l'assemblée nationale, acceptée & sanctionpar le roi, & ne recevant soit pour soldats, soit pour chefs , que les citoyens qui prêteront le serment de remplir leurs devoirs attachés à leur état, tels qu'ils auront été statués par l'assemblée nationale.

née

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Décrete en outre qu'il sera envoyé incessamment une lettre à l'armée pour développer le nouveau serment qui va la régénérer, enseigner aux soldats leurs rapports avec les autres ci

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