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» libre entre Paris et Versailles, et dans tous les >> temps une communication libre et immédiate >>> entre elle et Votre Majesté. Elle sollicite avec >> instance l'approbation de Votre Majesté pour

sur

une députation qu'elle désire envoyer à Paris, » dans la vue et dans l'espérance qu'elle contri>> buera beaucoup à ramener l'ordre et le calme » dans votre capitale. Enfin, elle renouvelle ses >> représentations auprès de Votre Majesté >> les changemens survenus dans la composition >> de votre conseil. Ces changemens sont une >> des principales causes des troubles funestes qui >> nous affligent, et qui ont déchiré le cœur de >> Votre Majesté.

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Le roi a répondu que, sur la députation de

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l'Assemblée nationale à Paris, on connaissait ses intentions et ses désirs et qu'il ne refuserait jamais de communiquer avec l'Assemblée nationale, toutes les fois qu'elle le jugerait nécessaire. Le roi s'est retiré, et suivant les expressions mêmes du procès-verbal, « l'Assemblée ne se lassant point d'exprimer au roi ses sentimens, s'est, par un mouvement de reconnaissance et d'amour, portée tout entière sur les pas de Sa Majesté, et l'a conduite au château où le roi s'est rendu à pied, ayant l'amour de la nation pour garde, et ses représentans pour cortége. »

Il est certain qu'en un instant le plus grand bien avait succédé rapidement au plus grand mal. De eet instant, si on avait encore à redouter les suites

de la révolution, on pouvait la regarder comme faite. Le roi avait reconnu la constitution de l'Assemblée nationale, et par conséquent tous les arrêtés qui, comme celui du 17, avaient été annulés dans la séance royale. Il reconnaissait au moins tacitement le vote par tête la confusion des ordres; les qualités, les droits commençaient à être connus, il ne s'agissait plus que de fixer les pouvoirs par la constitution.

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J'étais dans le fond de la salle quand le roi partit; je vis que je serais tout le dernier en le suivant, je fis le tour par la rue des Chantiers, et j'arrivai dans l'avenue assez tôt pour me trouver au premier rang de la bordure; quand les princes passèrent, M. le comte d'Artois s'avança vers moi, me prit la main, et me dit : « Eh bien, Monsieur Bailly, vous voyez qu'on a rempli une partie de vos intentions. » Je lui répondis : « Monseigneur, si vous avez contribué à cet événement, c'est le plus beau jour de votre vie. » Monsieur me dit quelques mots sur le bonheur de cette journée. Mais je vis par ce que me dit M. le comte d'Artois que mon député avait été très-exact dans ce qu'il m'a dit (1). Je suis bien fâché de ne pas me souvenir de son nom pour lui en faire honneur. Mais il faut convenir aussi que, si M. le comte d'Artois a contribué à amener le roi à l'Assemblée, on était

(1) Voyez Tome I, pages 393 et 394.

loin de s'en douter à Paris, où l'on avait quitté la couleur verte, parce que c'était la sienne.

Le roi marchait à pied et sans garde; nous étions une vingtaine de députés qui formions une chaîne autour de lui, pour qu'il ne ne fût pas pressé par la foule nous étions partout entourés d'un peuple immense; les arbres, les grilles, les statues étaient chargés de spectateurs; la marche dura une heure et demie. Le temps était superbe, la paix revenue dans les cœurs, la joie sur tous les visages, le roi recueillait cette joie avec les bénédictions du peuple; il n'y a eu qu'un cri de vive le roi ! jusqu'au château où la reine s'est montrée à un balcon, tenant le dauphin, et le présentant au peuple attendri. Jamais fête ne fut plus belle, plus grande et plus touchante; la foule disait : Il ne lui faut pas d'autres gardes. M. de Villeroi : « Je puis cesser mes fonctions, la nation les remplit. » M. de Vienne observait au roi que le chemin était long et pénible, et le roi, en montrant sa brillante et sensible escorte : « Il n'est pas fatigant. >> On lui disait que ces acclamations rendaient hommage à son caractère; et il disait: << Comment a-t-il pu être méconnu?»> On assure encore, mais je ne l'ai point vu, qu'une femme du peuple s'est jetée au cou du roi, et qu'il a voulu en être embrassé, et qu'il a dit à ceux qui voulaient la faire retirer : « Laissez-la venir. » La musique des Suisses joua, à son arrivée dans la cour du château, l'air : Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? et cet heureux à-propos a été mille

fois imité depuis. J'avais conduit le roi jusqu'au château; je revins à la salle, extrêmement fatigué, et mes habits trempés par les efforts continus pour soutenir la foule et l'empêcher de presser le roi. Mais j'oubliai tout, enivré d'un bonheur inattendu et qui terminait les inquiétudes les plus cruelles. Les gardes-du-corps ont fait prier l'Assemblée de permettre qu'un de leurs détachemens accompagnât, comme garde d'honneur, la députation à Paris. L'Assemblée pensa que les représentans du peuple, des messagers de paix, ne devaient point paraître, au milieu de leurs commettans et du peuple, avec un appareil de forces militaires; elle fit remercier les gardes du roi de leur offre, et chargea son président de leur écrire pour les féliciter sur cet acte de patriotisnre, et les assurer des sentimens de l'Assemblée nationale. Les choses ont bien changé depuis; mais ce que je puis et ce que je dois dire, c'est que, pendant toute ma présidence (d'avril à juillet), je n'ai éprouvé personnellement de la part du guet que des marques d'honnêteté et de considération. L'Assemblée se sépara; les esprits agités avaient besoin de se reposer. Elle s'ajourna à huit heures du soir, en cas que l'état des choses à Paris exigeât d'y envoyer des courriers. Je ne me donnai pas le temps dîner, et je me disposai à partir : madame Bailly ne se souciait pas que j'y allasse; mais elle ne me dissuada pas. J'étais curieux du spectacle de cette ville, si tourmentée et si changée en deux jours;

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peut-être aussi, et il faut dire tout, qu'après une présidence qui avait été applaudie, je n'étais pas fàché de me montrer à mes concitoyens. Je nc rougis point d'un motif trop naturel pour être blâmé; ma destinée encore voulait que j'y fusse, et peut-être que si tout l'avenir avait été ouvert devant moi, je n'y aurais pas été. Je demandai à M. le duc d'Orléans pourquoi, député de Paris, il n'était pas de la députation; il me répondit vaguement, et, sur ce que j'insistai, il ajouta : « Il n'est pas convenable que j'y paraisse, on n'y verrait que moi. »

Le rendez-vous était chez M. de Montesquiou, aux écuries de Monsieur. Nous partîmes tous de là avec un grand nombre de voitures précédées des gardes à cheval de la prévôté de l'hôtel, et au milieu de tout Versailles assemblé pour ce départ qui était une fête publique. Nous partîmes par le plus beau temps, et notre voyage fut continuellement un triomphe. Nous rencontrâmes à plusieurs endroits des troupes qui se retiraient, la route était couverte de monde, et partout les cris de vive la nation! s'élevaient à notre passage. Nous arrivâmes ainsi à la place Louis XV, où nous mîmes pied à terre pour traverser les Tuileries.

Avant de parler de notre entrée à Paris, il faut que je dise ce qui s'était passé dans la journée, Le comité permanent avait décidé de se partager en bureaux pour veiller plus soigneusement et avec plus de suite aux différentes parties de l'adminis590438

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