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voyageur a visité chemin faisant la ville de Kyombo, qui est la capitale des Warna, qu'il décrit « comme les plus grands coquins et les plus affreux drôles qui soient au monde », sans aucune notion du commerce et sans aucun respect pour les blancs, avides de tout ce qu'ils voient et ne se faisant nul scrupule de se l'approprier de force. Quant à Karema, l'Association internationale belge en a fait une de ses stations; mais c'est en vérité « un lieu choisi bien extraordinairement pour une pareille destination, car le terrain est tout à fait marécageux. Les bateaux n'ont point de havre pour s'établir, l'eau qu'on y boit est détestable, les indigènes sont hostiles aux Européens, et enfin le lieu est en dehors de toutes les routes commerciales. »

A la date du 19 juillet dernier, M. Thompson était de retour à Zanzibar, et annonçait de cette ville qu'il serait à Londres dans la première quinzaine de novembre. La Société de géographie n'aura pas eu à se plaindre de la façon dont il s'est acquitté de la mission qu'elle lui avait confiée, et la littérature géographique est destinée sans doute à s'enrichir d'un attachant volume de plus, par la relation de son voyage.

C'est encore de la grande Péninsule que le lieutenant Yvens a entretenu le congrès. On sait qu'il a été, au début, ainsi que le capitaine Cappello, le compagnon du major Serpa Pinto, dans sa grande traversée de l'Afrique australe, mais qu'à un moment ils s'en étaient séparés et avaient pris une autre route. Ces explorateurs, partis de Benguela, en 1879, n'y ont été de retour qu'en 1880, après 600 jours passés dans la région occidentale du centre de l'Afrique. Ils ont reconnu le cours du Congo jusqu'au sixième parallèle et découvert plusieurs de ses affiuents septentrionaux, ainsi que quelques petits lacs; on leur doit, enfin, d'importantes observations météorologiques. L'amiral sir Erasmus Ommaney a témoigné au capitaine Cappello, qui était aussi présent, et au lieutenant Yvens tout le plaisir que lui avaient fait éprouver leurs découvertes et le sentiment d'admiration qu'elles lui avaient inspiré. « On est très heureux de constater, » a-t-il dit, « que l'esprit des grands explorateurs portugais, qui au xvI° siècle découvrirent l'Afrique du Sud et furent les pionniers de la route de l'Inde, revit de nos jours chez leurs arrière petits-fils. Les découvertes du major Serpa Pinto, ainsi que celles du capitaine Cappello et du lieutenant Yvens sont d'une grande importance non seulement au point de vue géographique, mais encore sous le rapport commercial. Les rivières que ces deux derniers avaient découvertes jettent une vive lumière sur le système hydrographique du Congo et de ses affluents; elles démontrent que cet immense cours

d'eau avait au nord des ramifications importantes sur lesquelles le dernier mot n'était pas dit probablement.

Le sujet traité par sir Richard Temple The High Road from the Indus to Candahar—(la grande route de l'Indus à Candahar) est tout autant politique que géographique; sir Richard Temple n'a pas manqué d'en faire la remarque, et il a traité la question sous ses deux faces, quoiqu'il ait donné le premier rang à ses côtés technique et géographique. Cette grande route a déjà été construite en partie sous la forme du chemin de fer de la vallée de l'Indus, qui traverse dans son beau milieu le désert de Thurr ou grand désert indien. «C'était le seul parti que nous eussions à prendre, » dit sir Richard Temple, « car le désert nous offrait seul un terrain favorable à la construction de la voie; mais d'autre part, ce terrain avait le grand désavantage d'être totalement dépourvu d'eau. C'est un sol léger, friable, le plus beau champ de galop qu'un cavalier puisse souhaiter, mais dont il était bien difficile d'amener les natifs à braver les nombreux inconvénients pour ne rien dire de plus. Ils craignaient de mourir de soif, disaient-ils, et pour les rassurer un peu, il nous fallut creuser des puits dans le désert, puis organiser des trains qui suivaient les progrès de la construction du chemin et qui transportaient de l'eau en même temps que les ouvriers eux-mêmes sur chaque nouveau chantier. Or, nous avions 3,000 ouvriers avec 1,500 mules et chevaux, et afin d'abreuver gens et bêtes, il fallut, jour par jour, transporter l'eau à des distances de 50 à 60 milles. Cependant le chemin avançait sur le pied moyen de 2 milles par jour..... C'est le travail de ce genre le plus rapidement mené que l'on connaisse, les travaux du Pacific américain seuls exceptés; mais quoique j'eusse la direction et la surveillance des travaux, je n'en réclame pas l'honneur pour moi-même je l'attribuerais plus volontiers au colonel Lindsay, l'ingénieur en chef, et au personnel si zélé qu'il avait sous ses ordres. »

La voie a été conduite de cette façon de Jacodabad à Sibi, et maintenant, elle est sur le point d'entrer dans cette zone du territoire afghan que le traité de Gaudamak a cédée à la Grande-Bretagne. Son tracé doit suivre la rivière Nari, pour franchir ensuite une ou deux rangées de faibles hauteurs, et débouche ensuite dans la vallée d'Harnaï, au pied du mont Maliput. La voie traverse alors une fertile vallée jusqu'à ce qu'elle ait franchi les montagnes de Chapar et atteint Gwal, point situé sur le bord du plateau de Pishin; de ce plateau l'on aperçoit, dans le lointain, les basses collines de Candahar et, tout à fait à l'extrême horizon, les hauteurs de l'Afghanistan septentrional ou Haut-Afghanistan, ainsi que sur la

gauches le désert de l'Afghanistan méridional. Sir Richard Temple a fait passer sous les yeux de ses auditeurs une vue panoramique de ce tracé et de la ville même de Candahar. Elle se dresse au milieu d'une plaine élevée de 3,000 pieds environ au-dessus du niveau de la mer, légèrement ondulée, arrosée par de nombreux cours d'eau et si fertile qu'on y lève plusieurs récoltes par an. A gauche de la ville moderne, qui ne date pas de plus de cent cinquante ans, se trouvent les magnifiques ruines de la vieille ville et de sa citadelle; le tout forme une vue qui captive l'attention au plus haut point, et quand on a contemplé ce spectacle soi-même, on se rend compte de l'étonnement mêlé d'admiration qu'il a inspiré à des hommes tels qu'Alexandre-le-Grand, Tamerlan, Shah Abbas, Nadir Shah et tant d'autres.

* * *

L'assemblée s'est séparée le 1er septembre, en se donnant rendezvous à York, pour la session de 1881; elle a d'une voix unanime élu sir John Lubbock pour la présider dans cette ville. Trois villes avaient émis le désir de recevoir le congrès en 1882: c'étaient Nottingham, Southampton et Southport. Un premier vote ayant écarté les prétentions de Nottingham, le choix s'est trouvé concentré entre Southampton et Southport, et finalement, à la majorité de 27 voix contre 22, c'est la première qui l'a emporté.

HENRY TAChé.

LE VOTE

DU TARIF GÉNÉRAL DES DOUANES

PAR LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

SOMMAIRE: Caractères généraux de la discussion sur les produits fabriqués. I. Garantie du prix de revient par l'Etat. II. Liberté du travail et luttes entre les diverses transformations de la matière première. — III. Le travail mécanique et le travail à la main. IV. L'intérêt fiscal et la production. Vote des tarifs applicables à chaque industrie. Majoration extraordinaire de 20 0/0. - Surtaxes d'entrepôt. Progrès des opinions libre-échangistes dans la Chambre des députés. Préliminaires du renouvellement du traité de commerce avec l'Angleterre.

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CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA DISCUSSION SUR LES PRODUITS

FABRIQUÉS.

La Chambre des députés a conduit à bonne fin l'œuvre importante qu'elle avait entreprise en 1878; après avoir consacré les mois de février et de mars à la discussion générale du tarif des douanes

et au vote de la section agricole, elle a procédé pendant le nois d'avril et le mois de mai à la discussion et au vote des taxes s'appliquant aux produits fabriqués.

Jusqu'au dernier jour, dans des matières difficiles et souvent arides, les discussions sont demeurées animées et pleines d'intérêt. La Chambre n'a pas montré d'impatience pour les abréger ou les raccourcir; elles ont conservé la même ampleur à la fin qu'au début. Entre les doctrines, les idées, les intérêts en présence la lutte est demeurée aussi ardente, presque aussi acharnée, la commission d'enquête, dont nous avons suivi les travaux depuis plus de deux ans, n'a pas cédé un pouce de terrrain; les échecs multiplés qu'elle a subis ne l'ont jamais ébranlée; elle a maintenu jusqu'au dernier instant ses conclusions, toutes ses conclusions, même les plus déraisonnables. A cet égard on pourrait croire que quatre mois de discussion sont demeurés sans résultats, on se tromperait étrangement; coalisés, retranchés dans la commission les chefs du parti protecteur n'avaient ni éducation à complèter ni concessions à faire. Ils n'avaient qu'une bataille à livrer et à gagner s'il était possible. Il n'en était pas de même de la Chambre. Beaucoup de députés avaient à achever ou à parfaire leur éducation, sinon économique du moins douanière; d'autres avaient à fixer leurs idées, leurs préférences. C'est ce qui explique comment, il y a deux ans, la majorité avait nommé une commission d'enquête prohibitionniste en grande majorité, et comment, en 1880, elle a rejeté, démoli, détruit toute l'œuvre de cette même commission.

Aussi est-il arrivé que si, dans les premiers jours de ces longs débats, le gouvernement a dû exercer toute son influence pour imprimer à la majorité une certaine direction, il s'est souvent trouvé obligé, dans les derniers jours, de l'employer à retenir le courant qu'il avait lui-même créé.

1° Garanties du prix de revient. Il semble que plus la discussion a mis en présence les doctrines, les intérêts opposés, plus la Chambre, d'accord au surplus avec l'opinion publique, a reconnu l'impossibilité de revenir sur l'œuvre économique accomplie en 1860 par les traités de commerce. A cet égard, les partisans du système protecteur paraissent avoir entretenu des illusions qui seules permettent d'expliquer leur persistance à renouveler des plaintes ou des attaques dont il n'a été tenu aucun compte.

Dans un article précédent 1, nous avons indiqué les arguments principaux que les défenseurs du système protecteur avaient mis en avant pendant le cours de la discussion générale.

1 Journal des Economistes, avril 1880.

1° Compensation des inégalités naturelles ;

2o Réciprocité des tarifs de douane;

3° Surélévations des tarifs étrangers;

4o Charges de la guerre;

5° Balance du commerce, excès des importations;

6o Diminution de la production et de la richesse nationales. Ces arguments ont naturellement été reproduits pendant la discussion relative aux fabrications; mais ils ont été présentés et réunis sous une nouvelle forme afin de les rendre plus saisissants et d'en augmenter la puissance en les concentrant. Cette forme, c'est le prix de revient.

La théorie des inégalités naturelles, dans une époque aussi démocratique que la nôtre, fatigue beaucoup d'esprits; les souvenirs de la guerre s'éloignent, on allège les charges qui en sont résultées; la balance du commerce est une arme de guerre bien rouillée; comment soutenir sérieusement que la richesse de la France a diminué?

Tout au contraire, chaque industriel, chaque fabricant connaît, comprend fort bien ce qu'il faut entendre par son prix de revient. Et si on lui explique que l'Etat est obligé à lui garantir ce prix de revient, il y a bien des chances pour qu'il trouve la chose fort naturelle; n'a-t-il pas, lui aussi, un loyer industriel à payer, des impôts fort lourds à acquitter, des salaires à compter? Puisqu'il remplit dans la production une fonction si efficace, puisqu'il contribue, d'une façon si effective, à soutenir l'Etat et à entretenir le travail national, comment lui refuser la garantie que ses avances et même. ses profits ne seront pas anéantis par la concurrence de l'étranger? Cette idée est nette, elle est claire; tout le monde peut la saisir. Il ne s'agit plus ici de doctrine systématique, de théorie scientifique. Il s'agit de choses pratiques, de faits de chaque jour. Les armateurs des ports maritimes demandent et paraissent devoir obtenir de l'État la garantie de leur industrie; non seulement l'État interviendrait pour concourir dans la confection des instruments qu'ils emploient mais encore dans la façon dont ils s'en serviront. Ils deviennent des pensionnaires de l'État. L'État leur garantit leurs prix de revient par un forfait qui se traduit en primes.

Pourquoi les autres industries qui sont, au surplus, bien moins exigeantes, puisqu'elles ne sollicitent pas de primes directes, n'obtiendraient-elles pas, tout au moins par des taxes de douanes, de faire garantir par l'État, leur prix de revient ? Ont-elles moins de droit que les armateurs à la protection de l'État ? Producteurs de houille, propriétaires de hauts-fourneaux, filateurs de coton et de lin, fabricants de draps, producteurs de produits chimiques, sans 4° SÉRIE, T. XI. 15 septembre 1880,

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