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DES

ÉCONOMISTES

L'ÉCONOMIE POLITIQUE

INTRODUITE

DANS LA PHILOSOPHIE DES LYCÉES ET DES COLLÈGES

Développement du programme. Nombre des leçons nécessaires.

d'apprendre l'économie politique.

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Les lecteurs de ce recueil savent que nous nous sommes empressé de donner cette bonne nouvelle à la Société d'économie politique dans la séance de juillet dernier. Nous disons cette bonne, nous dirions plus volontiers cette importante nouvelle, bien qu'elle ait passé inaperçue dans la presse; car il y a là pour l'enseignement universitaire de la jeunesse un très grand progrès, qui complète celui tout récemment obtenu pour les écoles de droit. De l'heureuse rencontre de l'un des présidents de la Société d'économie politique avec M. Jules Simon, un de ses plus illustres membres, est résultée la proposition de ce dernier au Conseil supérieur de l'instruction publique, où il allait se rendre, d'introduire des « notions élémentaires d'économie politique » dans le cours de philosophie. La proposition, chose à remarquer, fut accueillie sans objection 1. Il en eût été bien autrement avec le dernier conseil et avec les conseils antérieurs qui, pour des motifs divers (préjugés classiques, industriels, politiques, protectionnistes, socialistes, juristes, administratifs), ne voulaient pas entendre parler de cet enseignement, même dans les écoles supérieures. Le cours de l'école de droit, institué en 1864 par un ministre réformateur, M. Duruy, après une démarche faite auprès de lui par le bureau de

M. Jules Simon nous écrivait à la date du 15 juin : « Mon cher confrère, je viens de faire voter par le Conseil supérieur l'introduction dans le programme de philosophie de ces mots : « Notions élémentaires d'économie politique ». II n'y a pas eu d'objection.

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la Société d'économie politique 1, ne put être rendu obligatoire par suite de l'opposition du Conseil et de la Faculté de droit de Paris, et ce n'est que quinze ans plus tard que des cours réguliers ont pu être installés définitivement, mais non sans peine, dans toutes les écoles de droit.

Nous voici dans un bien meilleur courant d'idées, nous le constatons avec joie. Après le vote de la proposition de M. J. Simon, il a fallu formuler un programme, et ce soin est incombé à la com. mission de philosophie présidée par M. Janet, lequel avait déjà eu occasion de s'occuper d'un programme analogue, demandé par M. J. Simon, qui, pendant qu'il était ministre de l'instruction publique, en avait fait l'objet d'une circulaire aux recteurs.

Voici le programme émané de cette commission, tel qu'il est inséré dans le Plan d'études adopté par M. Jules Ferry, ministre actuel de l'instruction publique, dans l'arrêté du 2 août 1880, publié à l'Officiel du 22 août dernier.

Notions d'économie politique.

Production de la richesse. Les agents de la production : la matière, le travail, l'épargne, le capital, la propriété.

Circulation et distribution des richesses.

le crédit, le salaire et l'intérêt.

L'échange, la monnaie,

Consommation de la richesse: consommations productives et improductives. La question du luxe. Dépenses de l'État. L'impôt, le budget, l'emprunt.

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Ce programme tient deux fois moins de place que celui de la morale, moins que celui de la métaphysique et de la théodicée. (Voyez le programme de la classe de philosophie que nous publions au Bulletin.)

Cet énoncé est très incomplet; il est fort écourté, si on le compare aux autres parties du cours de philosophie et si l'on tient compte de l'importance du sujet et de l'utilité des Notions. A première vue, on pourrait presque croire qu'on a cherché à amoindrir cette nouvelle partie du cours de philosophie; mais néanmoins, tel

4 Faisaient partie de cette députation MM. H. Passy et Ch. Renouard, présidents de la Société d'économie politique, M. Joseph Garnier, secrétaire perpétuel, M. Guillaumin, questeur, M. Jules Simon, M. Javal, député au Corps législatif, M. Lamé-Fleury, professeur d'économie politique à l'Ecole des mines, membres de la Société. En 1845, les quatre premiers faisaient aussi partie du bureau qui se rendit pour une démarche analogue auprès de M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique, dans le but de demander une amélioration qui n'a été réalisée que 35 ans plus tard.

qu'il est, il présente aux professeurs un cadre à peu près suffisant. Ce programme se trouve plus détaillé et plus explicite dans le sommaire suivant que, sur sa demande, nous avions remis à M. Jules Simon, et qui n'est pas, paraît-il, arrivé à son adresse, M. J. Simon ayant été désigné par le ministre pour faire partie d'une autre commission; nous le reproduisons ici pour faciliter la besogne des professeurs, auxquels nous adressons ces réflexions, autorisées par une assez longue expérience.

I. Notions préliminaires; nomenclature. Les Besoins physiques, inL'harmonie tellectuels et moraux, et la Richesse qu'ils suscitent. des intérêts. L'étude des phases de la Richesse et celle de l'organisation sociale.

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II. La Production de la richesse par l'action des trois instruments: le Travail, le Capital, la Terre et les agents naturels.

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Conditions fondamentales pour la production: la Propriété, la Liberté du travail, la Sécurité, l'Instruction et les bonnes Habitudes morales, la Division du travail, l'Association, les Machines, etc.

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III. La Circulation de la richesse par l'Echange et les Débouchés.
La Valeur et le Prix qui en résultent.

L'Echange facilité par la Monnaie, le Prêt, le Crédit, etc.

Les Echanges et la Circulation entravés par les Systèmes fiscal, mercantile et protecteur. - Réformes douanières. Traités de commerce. L'Echange international, moyen de civilisation.

IV. La Répartition de la richesse le Salaire (coalitions); - l'Intérêt ou Loyer (usure); - la Rente foncière et le Fermage;

le Bénéfice.

V. La Consommation de la richesse : Dépenses privées (Economie, Luxe); Dépenses publiques (l'Impôt et l'Emprunt).

VI. Accroissement de la Population, Bien-être, Misère. Liberté, Egalité, Fraternité.

Socialisme.

II

Ce second programme ne contredit pas le précédent; il le complète; il le rend plus intelligible; il motive le nombre des leçons que nous conseillons et que les professeurs seront certainement amenés à faire après la première année.

D'après le plan officiel d'études (voyez au Bulletin), le professeur devra consacrer 8 leçons par semaine à la philosophie; or, 8 leçons pendant 40 semaines environ que comprend l'année

classique, font un total de 320 sur lesquelles il sera très facile de prendre les 25 à 30 leçons que nous croyons nécessaires, sinon indispensables.

Il faut une ou deux leçons pour établir qu'en étudiant les phases de la Richesse on étudie l'organisation sociale par rapport aux individus, aux familles, aux divers groupes sociaux. La richesse étant suscitée par les Besoins individuels et collectifs, il faut se rendre compte de ces besoins à la fois physiques, intellectuels et moraux, progressant avec la civilisation. Dès le début, on doit donner une idée de la place que la science économique occupe à côté des autres sciences morales et politiques; on doit signaler la synonymie des divers noms qu'on lui a donnés. Dès le début encore; il y a nécessité d'expliquer sommairement des notions qui seront plus tard mieux étudiées et de définir une dizaine de mots de la langue économique qui reviennent sans cesse dans le discours, savoir: la richesse matérielle et immatérielle satisfaisant les besoins; l'utilité et la valeur qualités économiques de la richesse; le travail à l'aide duquel on se la procure; la propriété à laquelle elle donne lieu par suite de l'intérêt individuel et social; l'échange qui est la production indirecte et qui est facilité par la monnaie, d'où la notion de prix, sur laquelle il faut avoir tout d'abord une idée nette et exacte.

A propos de l'Intérêt, qui est le moteur général et universel de l'espèce humaine, le professeur doit en quelques mots montrer l'analogie de l'idée morale et de l'idée économique et proclamer la loi de l'harmonie des intérêts légitimes, qui se trouve établie par l'ensemble des propositions constituant la science économique.

La 3e leçon se trouve consacrée à l'étude de la PRODUCTION de la richesse par le travail et l'industrie utilisant les ressources de la nature. Ici, analyse de l'action productive des instruments généraux; classification des différentes manières de produire la richesse matérielle et la richesse immatérielle; rôle de l'homme libre, selon ses aptitudes et sa situation; frais de production; nature du progrès économique.

Il faut s'arrêter au moins pendant deux leçons sur les trois instruments de production: le Travail ou l'action des facultés de l'homme; la Terre et les agents naturels; le Capital qui féconde leur action. En étudiant la notion de travail, on constate l'inéga lité des aptitudes et l'avantage naturel et légitime qui en résulte pour ceux qui sont mieux doués. En étudiant l'action économique du Sol, on fait des constatations analogues à l'égard des possesseurs. En étudiant le capital et sa formation par l'épargne, on aperçoit les premières grosses raisons qui militent contre la série. des dangereux sophismes répandus sur ce sujet fondamental.

L'étude des instruments de production complète la notion exacte de la richesse.

Trois autres leçons au moins sont nécessaires pour se rendre compte des conditions fondamentales pour que la société vive et se développe : la garantie de la propriété, de la liberté du travail, de la sécurité (tranquillité intérieure et extérieure, ordre, justice, respect des contrats, etc.). A propos de Sécurité on se rend compte de l'action du gouvernement dans le mécanisme social et on est amené à préciser les limites de son intervention rationnelle dans les diverses branches de l'activité hunaine.

Après l'étude des conditions fondamentales vient celle des conditions favorables à la production, parmi lesquelles il suffit d'énoncer l'Instruction; il faut insister sur les bonnes Habitudes morales qui sont une force productive; il y a à signaler les curieux effets de la Division du travail, la puissance des Machines et des procédés de la science qui ont transformé l'industrie, la puissance aussi de l'Association, vue dans ses limites naturelles et dégagée des illusions qui se sont produites. Voilà encore bien la matière de trois autres leçons.

La Circulation et la Répartition de la richesse, que le programme universitaire veut fusionner, sont choses très différentes, comme les questions qui se rangent sous ces deux rubriques générales. La distribution de la richesse dans le monde par la circulation est autre chose que la répartition entre les ayants droit. Les auteurs du programme n'ont pas pris garde aux deux sens différents du mot distribution: l'un voulant dire changement de lieu, de possesseur ou de propriétaire et l'autre voulant dire: partage.

La circulation par le déplacement fait partie de la production; elle comprend la série des travaux constituant l'industrie voiturière et l'industrie commerciale productives d'utilité et de valeur comme les autres industries, ainsi que cela aura dû être bien clairement démontré dans les premières leçons.

Dans la phase de la CIRCULATION de la richesse proprement dite, on considère l'Echange et le Prêt:- le premier conduisant à l'étude de la Valeur et du Prix, et de l'étude du Prix à celle de la Monnaie et du rôle des métaux précieux; le second conduisant aux signes représentatifs et aux opérations de crédit, dont le professeur doit essayer de faire comprendre la nature, et dont l'étude comporterait des développements techniques, qui ne sont pas d'un cours élémentaire.

Les échanges ont été entravés en vertu de trois doctrines ou systèmes (fiscal, mercantile, protecteur), aboutissant à la douane; de là la nécessité de se rendre un compte sommaire des idées de

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