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été anéantie tout entière, si la forêt d'Arsur n'eût accueilli et protégé ses débris.

71. MARGUERITE DE FRANCE, SOEUR DE PHILIPPE-AUGUSTE ET REINE DE HONGRIE, MÈNE LES HONGROIS A LA CROISADE (1196).

Par M. PINGRET en 1839. Aile du Nord.

R.-de-chaussée.

A peine Richard Coeur-de-Lion eut-il quitté la Palestine Pavillon du Roi. que les établissements chrétiens y furent menacés de nouveaux périls. Cette fois ce fut l'Allemagne qui s'ébranla pour marcher au secours des saints lieux. Les peuples de Hongrie suivaient ce mouvement, et ce fut leur reine, Marguerite de France, qui les conduisit à la croisade. Cette princesse, après la mort du roi Béla son époux, avait fait le serment de ne vivre que pour Jésus-Christ, et de finir ses jours dans la terre sainte.

72. QUATRIÈME CROISADE (1201).

GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN DEMANDE Å venise des vaIS-
SEAUX POUR Transporter les CROISÉS EN PALESTINE.

Par M. RENOUx en 1839. Aile du Nord.
Pavillon du Roi.

Innocent III avait fait prêcher la quatrième croisade pour R.-de-chaussée, appeler sur la terre sainte un nouvel effort de la chrétienté. La voix de Foulques de Neuilly fut aussi puissante que l'avait été celle de l'ermite Pierre et de saint Bernard, et la noblesse de France, toujours plus ardente que celle des autres contrées, s'enrôla de toutes parts pour la croisade. On ne songeait plus alors à se rendre en Orient par terre: la Méditerranée, incessamment sillonnée depuis un siècle par les navires européens, offrait une route plus courte et plus sûre on se décida à demander des vaisseaux à Venise. Henri Dandolo était à la tête de cette république. Le vieux doge, devenu aveugle sur les champs de bataille, écouta les propositions des Croisés en soldat et en marchand; il était prêt à se jeter dans la guerre sainte, mais avec des bénéfices à en recueillir. Les députés de la croisade, à qui il ne fallait que des vents qui les conduisissent en Palestine, souscrivirent à toutes les conditions qu'il leur dicta. Mais ces conditions mêmes, pour être validées, durent être portées devant l'assemblée générale du peuple; car à cette époque la voix du peuple était encore comptée dans les conseils de Venise.

L'assemblée se réunit dans l'église de Saint-Marc, «<l'une

Partie centrale.

1er étage. Salle des EtatsGénéraux. No 129.

*

« des plus belles et des plus magnifiques qui se puissent « voir, » et l'on commença par y célébrer la messe du SaintEsprit; puis les députés furent introduits. « Alors Geoffroy «de Villehardouin, maréchal de Champagne, prenant la <«< parole pour ses compagnons et de leur consentement, dit = «Seigneurs, les plus grands et les plus puissants barons de << France nous ont envoyés vers vous pour vous prier au << nom de Dieu d'avoir compassion de Hiérusalem qui est << en servage des Turcs et de vouloir les accompagner en « cette occasion pour venger l'injure faite à notre Seigneur « Jésus-Christ, ayant jeté les yeux sur vous comme ceux « qu'ils savent être les plus puissants sur la mer. Et nous << ont chargés de nous prosterner à vos pieds, sans nous << relever que vous nous ayez octroyé d'avoir pitié de la << terre sainte d'outre-mer. »

« Là-dessus les six députés s'agenouillent à leurs pieds << pleurant à chaudes larmes, et le duc et tout le peuple s'é«< crièrent tous à une voix en tendant leurs mains en haut : << Nous l'octroyons, nous l'octroyons. » Puis s'éleva si grand << bruit et si grand noise qu'il sembla que terre fondist (1). › 73. PHILIPPE-AUGUSTE CITE LE ROI JEAN DEVANT LA COUR DES PAIRS (30 avril 1203).

Par M. Jean ALAUX en 1837.

L'an 1203 Philippe-Auguste convoqua à Paris la cour des pairs, pour juger son vassal felon, Jean d'Angleterre, que la voix publique accusait d'avoir fait périr par trahison son jeune neveu, Arthur, duc de Bretagne. Le roi Jean, sommé de comparaître dans le délai de deux mois, ne déclina point la juridiction de son suzerain; il chercha seulement à s'assurer un sauf-conduit, et, n'ayant pu l'obtenir pour le retour, au cas où la sentence de ses pairs lui serait contraire, il refusa de se rendre à la citation."

La cour féodale ne s'en rassembla pas moins à l'époque fixée, dans la tour du Louvre. Les grands vassaux de la couronne, tels que le duc de Bourgogne et le comte de Champagne, étaient venus y prendre place à côté des vassaux directs du domaine royal, comme les sires de Concy, de Montmorency, de Nanterre, etc. Jamais le Parlement du Roi (la cour des Pairs portait également ce nom) n'avait été plus nombreux et plus éclatant. Pendant que les nobles

(1) De la conquête de Constantinople, par Geoffroy de Villehardouin, ch. xv et XVII,

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juges y siégeaient pompeusement sous l'hermine, des hérauts d'armes parcouraient les places publiques, sommant à baute voix le roi Jean de venir répondre pour cause de felonie. L'accusé n'ayant pas comparu, on procéda contre lui par défaut, et un arrêt de confiscation le dépouilla de tous les fiefs qu'il tenait en France. La Normandie, le Poitou et l'Anjou étaient ainsi adjugés à la couronne : les armes de Philippe-Auguste ne tardèrent point à exécuter cette sentence.

74. PRISE DE CONSTANTINOPLE PAR LES CROISÉS (1204). 1 Par M. Eugène DELACROIX en 1841.

Aile du Nord Pavillon du Rei

Le pieux enthousiasme qui avait enlevé le peuple vénitien R. de-chausse à lui-même ne se soutint pas, et quand les Croisés furent réunis dans les lagunes pour faire voile vers l'Orient, Venise oublia les malheurs de la terre sainte pour ne plus se souvenir que du prix auquel elle avait mis ses vaisseaux. Il fallut que les chevaliers de France et d'Italie payassent de leur sang ce qu'ils ne pouvaient payer de leur or, et qu'ils servissent les projets ambitieux de la république contre la ville de Zara en Dalmatie. Cette ville prise, une ambassade grecque y vint invoquer la médiation armée des Croisés dans les affaires de l'empire d'Orient. Ils l'accordèrent, croyant s'ouvrir par là une route plus sûre vers les saints lieux. Mais témoins de la faiblesse du vieil empire qui, au milieu de ses perpétuelles révolutions de palais, semblait près d'expirer, sous leurs yeux, irrités d'ailleurs contre les perfidies de l'esprit grec, d'auxiliaires ils devinrent conquérants.

Toute l'armée se transporta sur la flotte, et, le 12 avril 1204, Constantinople fut attaquée avec un merveilleux concert d'habileté et de courage par les Français et les Venitiens. Deux vaisseaux, que montaient les évêques de Soissons et de Troyes, poussés par le vent du nord vers les murs de la ville, furent les premiers qui abattirent leur pont-levis, et un moment après on vit la bannière des deux prélats se déployer sur une des tours. Bientôt trois des portes de la ville s'écroulent sous les coups du bélier; les Cavaliers sortent des navires avec leurs chevaux, et l'armée des Croisés s'élance tout entière dans Constantinople, qui devient leur proie. La flamme accompagne leurs pas : peuple et soldats fuient devant eux, et cependant, étonnés de leur victoire, ils s'arrêtent et craignent de s'engager à la

poursuite des vaincus dans l'immense capitale. Mais la nuit, au lieu de rendre aux Grecs le courage, augmente leur frayeur à la vue de l'incendie qui a dévore une grande partie de la ville, ils ne parlent plus que de se rendre. En vain un nouvel empereur, plus résolu que celui qui vient de les abandonner, leur montre le petit nombre des Croisés, et s'efforce de les ramener au combat. Ils ne savent aborder l'ennemi qu'avec des gémissements et des voix suppliantes. Ce sont des femmes, des enfants, des vieillards précédés du clergé, avec la croix et les images des saints, qui viennent en procession implorer la pitié du vainqueur. Constantinople, reçue à merci, n'en eut pas moins à subir pendant plusieurs jours toutes les horreurs du massacre et du pillage.

Partie centrale.
1er étage.
Salle
des Croisades.
No 128.

75. BAUDOUIN, COMTE DE FLANDRE, COURONNÉ EMPEREUR DE CONSTANTINOPLE (16 mai 1204).

Par M. SAINT-EVRE en 1839.

Les provinces de l'empire grec suivirent pour la plupart le sort de la capitale; et fidèles alors aux règlements qu'ils avaient établis à l'avance, les chefs croisés procédèrent au partage de leur conquête. Dans ce partage un des grands vassaux du roi de France, Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, eut pour lot la couronne impériale.

L'évêque de Soissons, un des douze personnages désignés pour nommer le nouvel empereur, annonça ainsi aux Croisés le choix qu'ils venaient de faire. «Nous vous le nom<< merons, à cette heure de minuit que Jésus-Christ fut né. « C'est le comte Baudouin de Flandre et de Hainaut. Là<< dessus se leva un grand cri.........., et, ajoute Villehardouin, << le jour du couronnement fut pris à trois semaines après « Pasques....

...... »

En ce jour, Baudouin se rendit à Sainte-Sophie, accompagné des barons et du clergé. « Là, pendant qu'on célé«brait le service divin, l'empereur fut élevé sur un trône « d'or, et reçut la pourpre des mains du légat du pape, << qui remplissait les fonctions de patriarche. Deux cheva«liers portaient devant lui le laticlave des consuls romains, wet l'épée impériale, qu'on revoyait enfin dans la main « des guerriers et des héros. Le chef du clergé, debout de<< vant l'autel, prononça dans la langue grecque ces paroles. « Il est digne de régner; et tous les assistants répétérent en « chœur: Il en est digne, il en est digne. Les croisés faisant

◄ entendre leurs bruyantes acclamations, les chevaliers « couverts de leurs armes, la foule misérable des Grecs, le sanctuaire dépouillé de ses antiques ornements et rempli d'une pompe étrangère, présentaient à la fois un a spectacle solennel et lugubre, et montraient tous les « malheurs de la guerre au milieu des trophées de la vica toire (1). »

76. BATAILLE DE BOUVINES (27 juillet 1214).

Par M. Horace VERNET en 1820.

77. ENTRÉE TRIOMPHALE DE PHILIPPE-AUGUSTE A PARIS APRÈS LA BATAILLE DE BOUVINES.

Par M. Ary SCHEFFER en .... Philippe-Auguste, par une suite d'efforts heureux, avait brise l'equilibre de la confédération féodale, et fait plier toutes les seigneuries sous l'ascendant de la royauté. L'arrêt rendu par la cour des pairs contre le roi ean sans Terre, et la confiscation de la Normandie avaient, plus que tout le reste, relevé l'éclat de la couronne, et agrandi sa puissance. Mais les seigneurs, naguère les rivaux de l'autorité royale, supportaient avec peine une aussi impérieuse suzeraineté. D'un bout à l'autre du royaume ils s'agitaient sourdement, et, décidés à tenter un grand effort pour ressaisir leur in. dépendance, ils cherchaient au dehors des auxiliaires. Ferrand ou Fernand, comte de Flandre, menacé dans ses domaines par Philippe-Auguste, était l'âme de cette vaste conspiration. Il eut peu de peine à y faire entrer Jean sans Terre, impatient de recouvrer ses provinces; mais le coup le plus habile fut d'y attirer l'empereur Othon IV, avec toutes les forces de l'empire. L'anéantissement de la puissance des rois capétiens, la suzeraineté impériale substituée à la leur, et leurs riches provinces partagées entre Othon et Jean sans Terre, le comte de Flandre et le comte de Boulogne; la couronne de France désormais élective, les dépouilles du clergé distribuées aux barons, enfin l'abolition des nouvelles lois qui avaient placé si haut la royauté, et le retour à l'égalité primitive de la république féodale, telles étaient les clauses de la redoutable association qui se forma alors contre Philippe-Auguste.

Philippe fit vaillamment tête à l'orage: le ban et l'arrière

(1) Histoire des Croisades, par Michaud, t. III.

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