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produit de vingt années de travail, ce programme qui était, il y a sept ans, à la veille de son exécution, ce programme, je le sens, n'est plus, en 1888, qu'une fantasmagorie, et je ne le sortirais peut-être pas des cartons où il moisit dans l'exil avec moi, si je n'avais, pour le faire,

deux motifs valables.

D'abord, je veux dire aux malheureux qui, en décembre 1881, ont apporté à l'Union générale quatre-vingts millions, ce que nous comptions faire avec ce capital, afin qu'ils jugent euxmêmes la valeur des entreprises auxquelles il était destiné, afin que tous sachent bien que, si, à la fin de 1881, nous avons fait un si large appel à leur confiance, nous ne l'avons pas fait à la légère, mais bien en face de combinaisons mûrement étudiées et assurées d'une réalisation prochaine.

Et puis, je ne peux m'empêcher de penser que, si la plupart des projets qui vont être exposés n'ont plus de valeur actuelle, il en est cependant un ou deux qui pourraient encore être avantageusement repris. Il se trouverait des hommes disposés à le tenter, pour le

plus grand bien des intérêts français, que je serais heureux de mettre à leur disposition les documents qui me sont restés.

Le programme général, étudié à la fin de 1881, comprenait :

Une affaire en France;

Quelques affaires en Russie;

Quelques affaires en Autriche-Hongrie; L'entreprise des chemins de fer d'Orient avec toutes ses annexes (programme d'Orient);

Enfin deux projets d'ordre complètement différent, qui auraient pu, je le crois, mériter à l'Union générale la reconnaissance des catholiques.

Je vais exposer sommairement toutes ces études.

II

AFFAIRE DE FRANCE

UTILISATION DES FORCES ÉLECTRIQUES

Je voulais entreprendre, sur une très vaste échelle, l'étude et l'utilisation de la force électrique; j'étais depuis longtemps convaincu que l'époque approche rapidement où cette force, encore si peu connue, doit arriver à jouer un des premiers rôles dans la vie organique de notre monde. Quels progrès depuis dix ans! Et n'en reste-t-il pas bien plus encore à faire ? Je m'étais dit que, si un centre d'action très puissant était créé pour s'occuper de cette question, toutes les idées qui pourraient se produire, toutes les découvertes qui pourraient être faites, viendraient à ce centre pour se faire étudier et y être vivifiées, s'il y avait lieu. Il se serait produit une action analogue à celle qu'exerce une grosse goutte de mercure sur les gouttelettes de cet étrange métal, qu'elle attire et absorbe.

Il y aurait eu, dans l'œuvre que je projetais, et qui est morte avant d'avoir donné un premier signe de vie, deux parts bien distinctes : la part de la science et celle de la pratique industrielle. J'avais étudié, autant que mes autres occupations m'en laissaient le loisir, tout ce qui se faisait alors dans le champ d'action de l'énergie électrique. Je m'étais assuré le concours de MM. Deprez, Cabanellas et de nombreuses capacités techniques. Déjà même des entreprises, alors en fonctionnement, étaient venues offrir une entente avec l'œuvre nouvelle, et il en serait venu bien d'autres.

Je croyais, et rien de ce que j'ai pu entendre depuis n'est venu modifier cette opinion, je croyais M. Deprez un vrai savant; je tenais sa coopération, au point de vue scientifique, comme très importante. En cette matière, le rôle de la science est et sera longtemps un des premiers, mais non pas le seul dont il importe de s'occuper. La science opérant isolément peut faire de très belles choses... pour l'Académie des sciences. Mais, quand il s'agit d'utiliser, dans le domaine de l'industrie, les

données fournies par la science, la question est tout autre, et je dirai franchement que, à côté du cabinet d'études et du laboratoire du savant M. Deprez, il devait y avoir un organe plus spé cialement pratique.

M. Deprez m'a rappelé l'astronome Leverrier, que j'avais connu au temps heureux de l'École polytechnique. M. Leverrier a demandé à la science quelle pouvait être la cause d'une perturbation planétaire dûment constatée, et la science lui a répondu : C'est une petite planète inconnue qui dérange sa grande voisine; tel jour, à telle heure, elle sera là. Et là, on l'a

trouvée.

M. Deprez a posé à la science plusieurs problèmes sur les phénomènes électriques, sur le mode d'action de ces courants dont la force vive ne connaît pas de limites; la science lui a déjà quelquefois répondu par des révélations d'un très haut intérêt, et elle aurait pu lui en apporter de plus nombreuses, que, à côté de lui, les praticiens auraient utilisées.

Si la société projetée à la fin de 1881 avait vécu, je crois que l'utilisation à distance des

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