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OBSERVATIONS

E T

MÉMOIRES

SUR

LA PHYSIQUE,

SUR L'HISTOIRE NATURELLE, ET SUR LES ARTS ET MÉTIERS.

L ET TRE

De M. Robert DE PAUL DE LA MANON à M. MONGEZ, Auteur du Journal de Phyfique :

Relative à des Observations météorologiques faites à Sallon - de - Crau en Provence, & à la manière de corriger l'effet de la chaleur & du froid dans le Baromètre.

MONSIEUR,

ÉTANT à Sallon-de-Crau, petite Ville de la baffe-Provence, j'entrepris, en 1778, de faire des obfervations météorologiques étendues & fuivies ; je les ai continuées jufqu'au mois de Février 1780. Mais avant de vous faire part de quelques-uns de mes réfultats, je crois devoir vous donner une courte defcription du local.

La Ville de Sallon, ou du moins la tour la plus feptentrionale du Château, bâtie par les Empereurs, eft à 22 degrés 39 minutes 18 fecondes de longi tude, & à 43 degrés 38 minutes 20 fecondes de latitude.

Elle eft prefque adoffée au levant à une chaîne de montagnes coquillières, fur la plus haute pointe defquelles le baromètre se tient à 12 lignes plus bas qu'à la porte de l'Hôtel-de- Ville; cette chaîne eft une des plus élevées du Diocèfè d'Arles.

On voit, au couchant, la vafte plaine de la Crau, dont Sallon eft regardé comme la Capitale.

Au nord de Sallon, & à une bonne lieue de la Ville, il y a une chaîne de montagnes qui fépare la plaine de la Crau de celles de Senas & d'Orgon. Au commencement de cette chaîne, & près du Village de Lamanon, eft une gorge par où paffent & fe renforcent les vents du nord; elle a été formée autrefois par la Durance. Le canal de Craponne ( ainfi appellé du nom de fon Auteur natif de Sallon) traverfe cette gorge; d'où il fe répand dans plufieurs territoires qu'il arrofe & fertilife.

La mer eft à deux lieues de Sallon au midi, & il n'y a entre deux qu'une petite chaîne de collines calcaires.

Le fol de Sallon doit être diftingué en fol des hauteurs & fol de la plaine. Le fol des hauteurs, formé par les alluvions, n'eft qu'un détriment des montagnes fupérieures qui font calcaires; le fol de la plaine eft en général de trois qualités, felon les rivières & les torrens qui y paffent ou y ont paffé.

La Crau, formée anciennement par les eaux de la Durance, eft caillouteufe.

Le quartier du Grefc, formé par le torrent de Talagard, eft couvert de pierres calcaires femblables à celles des montagnes voilines, d'où ce torrent Te précipite.

Le quartier des Plans, formé par la Toudoubre, eft rempli d'une terre fine & limoneufe, femblable à celle que les eaux de cette petite rivière dépofent encore aujourd'hui.

Plufieurs autres quartiers doivent leur formation aux anciens dépôts du torrent de Laval-de-Cuech. Ce torrent, & celui de Talagard (1), fe jettoient autrefois dans la Durance lorfqu'elle paffoit dans la Crau; ils viennent, dans le temps des orages, inender & ravager nos campagnes.

Les hautes Alpes font au nord-eft de Sallon; le mont Ventoux au nord

(1) Les Provençaux ont confervé beaucoup de mots Celtiques, fur-tout pour la dénomination des lieux. Talagard, nom d'un torrent furieux auquel j'ai vu creufer dans un jour des trous de 15 à 20 pieds de profondeur, fignifie en Celtique eau qui creuse. La Crau vient du mot Celtique craig, qui fignifie pierre. Laval- de - Cuech, d'une vallée d'où defcend un torrent, fignifie en Celtique vallée des eaux. Les connoiffances locales, en Hiftoire Naturelle, font d'un très-grand fecours pour trouver les étymologies.

nom

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pord-eft; les montagnes du Vivarais au nord; les montagnes des Cévennes au nord-oueft; les Pyrénées à l'oueft-fud-oueft, & la mer au midi.

I. Obfervations du Baromètre.

Pour obferver avec précifion les variations dans la pefanteur de l'atmofphère, j'imaginai un baromètre différent de ceux que je connoiffois ; je l'obfervai plufieurs fois le jour, & je comparai fa marche aux différens points lunaires, felon la méthode de M. Toaldo, décrite dans votre Journal.

Un favant Académicien, qui paffa en Provence en 1778, m'engagea à faire connoître ce baromètre ; &, le 29 Juillet 1780, j'en lus la defcription en présence de Meffieurs de l'Académie des Sciences. Ils m'apprirent qu'il n'étoit pas neuf, & que M. de la Grange avoit eu, long-temps avant moi, la même idée. Elle a fourni à M. Cigna la matière d'un Mémoire inféré dans les Mêlanges philofopho - mathématiques de l'Académie de Turin, imprimés en 1759. Il n'eft pas étonnant que je n'en aie pas eu connoiffance dans le fond de ma Province, puifque M. de Luc, favant Phyficien de Genève (Ville peu éloignée de Turin), ayant traité ex profeffo du baromètre, n'en a rien dit, & n'a pas même foupçonné cette méthode. Il paroît auffi que les Météorologiftes François & Anglois ignoroient affez généralement la découverte de M. de la Grange, & que les baromètres que j'ai fait conftruire (1) font les premiers de ce genre qu'on ait vus en France. Comme cette manière eft très-peu connue, je vais vous faire part de mon Mémoire tel qu'il a été lu à l'Académie. Ceux qui le compareront avec celui de M. de la Grange (qui doit avoir tout le mérite de la découverte) verront jufqu'à quel point nous nous fommes rencontrés. Il peut y avoir d'ailleurs quelques détails que les Météorologiftes liront avec plaifir.

Homberg apperçut le premier que le mercure fe raréfioit dans le » baromètre, & que cette raréfaction trompoit l'Obfervateur, qui attribuoit

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à une plus grande pefanteur de l'air une élévation quelquefois confidérable, dont la feule caufe étoit la dilatation occafionnée dans la liqueur par ane température plus chaude.

» Amontons crut parvenir, par des expériences très - ingénieufes, à » distinguer dans le baromètre l'effet de la chaleur de celui du poids de » l'atmosphère. Il fe fervoit pour cela d'un thermomètre, dans l'idée où

l'on étoit & où l'on eft encore que la dilatation dans le baromètte suic » la même marche que dans le thermomètre. Il vouloit d'ailleurs que

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(1) J'en ai fait conftruire à Aix en Provence par M. Salomon, & à Paris par M. Moffy, Conftructeur d'inftrumens de Phyfique en verre de l'Académie des Sciences &

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l'on conftruisît fon baromètre double, d'après des rapports très-difficiles » à faifir. On a abandonné depuis long-temps fa méthode, & les baro» mètres fimples font prefque les feuls dont les Phyficiens faffent ufage. » Le moyen qu'il indiquoit pour corriger dans le baromètre l'erreur pro» duite par la chaleur, en fe fervant pour cela du thermomètre, a été > renouvellé par plufieurs Météorologiftes, & entr'autres par M. de

» Luc.

» Il n'eft pas inutile de remarquer qu'on a cru long-temps, à Londres » & à Paris, que dans les baromètres fimples le mercure n'augmente » pas fenfiblement de volume pendant les plus grandes chaleurs de l'été, >> même en expofant le baromètre au foleil. Un pareil phénomène feroit » contraire aux loix les plus connues de la Phyfique; &, pour fe con» vaincre du contraire, 'on n'a qu'à laiffer un baromètre bien purgé d'air pendant quatre minutes au foleil on verra le mercure s'y dilater, pour reprendre fon état naturel dès qu'on le tranfportera à l'ombre. A la » vérité, s'il y a de l'air dans le haut du tube, le mercure ne s'élevera point; il baiffera même, étant repouffé par l'air renfermé qui fe dilate: mais dans un baromètre à deux branches, l'augmentation de volume fe » fera fentir dans la petite.

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» M. de Luc, perfuadé avec raifon que la dilatation du mercure avoit lieu dans le baromètre, en plaça plufieurs dans une chambre avec des >> thermomètres; échauffant enfuite l'appartement le plus qu'il lui fut » poffible, il obferva de combien de degrés les thermomètres étoient » montés, & quelle avoit été la dilatation du mercure dans les baro» mètres. En partant de cette expérience, qu'il n'a pas répétée, il a établi une

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thermo

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proportion, de laquelle il réfulte, felon lui, que le thermomètre montant » du point qui marque la glace à celui qui répond à la chaleur de l'eau » bouillante, le mercure du baromètre doit fe dilater de fix lignes. M. de » Luc propofe enfuite de conftruire un thermomètre, où 96 marque la chaleur de feau bouillante, & dit qu'alors chaque degré de mètre défignera qu'il y a de ligne de dilatation dans le baromètre. Mais comme dans l'expérience qui fert de bafe à fa méthode, la » hauteur de la colonne que l'air tient en équilibre eft fuppofée être de 27 pouces, il eft clair que la dilatation fera plus grande ou plus petite, felon la plus grande ou plus petite élévation du baromètre. Le thermomètre de correction ne pourra donc fervir que pour le cas où la lon»gueur de cette colonne fera de 27 pouces. L'Auteur a prévu cet incon» vénient, & il veut qu'on change les degrés du thermomètre en raison » inverse de la hauteur du baromètre, pour qu'ils indiquent toujours des » 16mes de lignes à retrancher fur cette hauteur.

» Le feul moyen qu'on ait donc trouvé jufqu'à préfent pour diftinguer » dans le baromètre l'effet de la chaleur de celui de la pefanteur de l'air, → est de confulter un thermomètre fait exprès, & de faire enfuite les ré

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