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Ayant fort varié toutes ces expériences, fur-tout fur la limaille d'acier (1), voici les principaux résultats que j'ai obtenus. L'air inflammable, ainfi tiré par le feu, a une odeur empyreumatique fingulière; elle eft prefque auffi forte que celle des végétaux brûlés, qui eft également due à leur air inflammable. J'ai fait calciner la limaille d'acier dans des creufets, parce qu'elle ne l'eft qu'imparfaitement dans les matras : elle donne une légère flamme bleue comme l'air inflammable qu'on en retire, fe noircit & acquiert beaucoup de poids, fouvent un tiers en fus. Ainfi calcinée, elle rougit fimplement à la chandelle; au lieu que celle qui ne l'eft pas, brille & fcintille. La première, mife dans les acides, ne fait effervefcence avec aucun, quoiqu'il s'en diffolve une très-petite quantité, qui donne du bleu avec la liqueur teignante; l'eau l'attaque auffi très peu, tandis que l'autre l'eft beaucoup, comme l'on fait, dans la préparation de l'éthiops.

Je mis de la même limaille d'acier, choifie à l'aimant, dans un flacon à moitié plein d'eau : je le bouchai & l'agitai fouvent. L'éthiops fe forma; & on voyoit quelques bulles d'air fe dégager. En débouchant le flacon une vive odeur d'air inflammable fe fit fentir. Je fis paffer cet air dans un bocal, & y plongeai une bougie qui s'éteignit, & l'air ne put s'enflammer; mais, ce qui eft fingulier, c'eft qu'il parut que l'air extérieur fe précipita dans le flacon, lorfque je le débouchai. Pour m'affurer du fait, je pris un autre flacon, auquel j'ajuftai un tube, & une veffie dans laquelle je laiffai un peu d'air. Je ne pus diftinguer s'il y avoit eu absorption ou non s'il y en eut, elle a été peu confidérable. M. Priestley avoit déjà remarqué que l'air inflammable qui avoit été long-temps agité dans l'eau, étoit abforbé en partie, & éteignoit les lumières fans s'enflammer. L'éthiops fut attirable à l'aimant, comme il a coutume d'être : fa couleur étoit noire lorfque le bocal étoit plein d'eau ;-& un peu fafranée, lorfqu'il ne l'étoit pas entièrement. L'eau filtrée avoit un petit goût ftiptique & ferrugineux, mais n'altéra pas fenfiblement ni le fuc de tournefol, ni l'eau de chaux, ni la teinture de noix de galle. Voilà donc ma façon d'obtenir l'air inflammable des métaux, qui ne peut laiffer aucun doute.

Il paroît, par toutes ces expériences, que l'air inflammable est dans les fubftances métalliques ce qu'eft l'air fixe dans les corps & pierres calcaires :

(1) La partie verte de la ferpentine, & de la plupart des autres pierres, eft attirable à l'aimant. Mifes dans les acides, elles ne font aucune effervefcence, ne donnent aucun gaz cependant elles donnent du bleu avec la liqueur teignante; ce qui prouve que le fer y eft dépouillé de fon gaz inflammable, comme dans tous les minéraux, dont plufieurs fort cependant fenfibles à l'aimant. Il eft peu de pierres & de terres ou ce métal ne fe trouve, & les acides l'attaquent, quoique non fenfibles à l'aimant; tels que dans le mica, le fchorl, la molybdène, l'argille elle-même, lorfqu'elle n'eft prs coloxée, &c. Mis dans les acides, ils donnent du bleu avec l'alkali phlogistiqué.

l'un & l'autre leur donnent de la confiftance, & les font cryftallifer. Les fubftances métalliques, fans air inflammable, ne cryftallifent point. On l'a toujours confondu avec le fimple phlogistique: peut-être même le phlogistique de Stalh n'eft-il que l'air inflammabie'; car c'étoit, felon lui, le principe qui revivifioit la chaux métallique, & formoit le foufre. Or, il ne peut point y avoit de revivification de ces chaux fans air inflammable. Le foufre contient également cet air; & dans l'hépar, il fe dégage en quantité, & s'enflamme. On voit donc qu'il doit être le même principe que Stalh appelloit phlogistique; & effectivement l'air inflammable fe trouve dans les corps où ce grand Chymifte prenoit fon phlogistique, favoir, le charbon & toutes les fubftances animales & végétales.

Mais nous n'appellerons phlogistique, que le feu pur, le feu élémentaire combiné dans les corps. Le fer, dépouillé de fon air inflammable, contient encore du phlogistique, & eft attirable à l'aimant, la feule qualité métallique qu'il ait confervée. Seroit-ce ce principe qui lui donneroit cet excès de poids lorfqu'on le calcine? car ce ne fauroit être l'air fixe comme dans les chaux métalliques : d'où viendroit cet air fixe dans le petit matras? & d'ailleurs ici, il n'eft pas en état de chaux; l'étain ne fe calcine également pas dans le matras. Ne feroit-ce pas plutôt une furabondance du feu principe, qui fe combine avec le fer, & empêche qu'il ne foit attaqué par l'eau & les acides? J'ai dit précédemment que le feu combiné paroît jouer le rôle des acides. L'alkali furchargé de phlogiftique eft infoluble dans les acides: peut-être eft-ce encore le inême principe qui, dans le verre, rend les alkalis & la terre calcaire inattaquables aux acides & à l'eau; celle-ci n'a aucune affinité ni avec le feu, ni avec la terre, & ne s'y unit que par le moyen de l'air.

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Ce fera encore l'air inflammable qui rend les métaux folubles dans les acides, & les fait brûler. C'eft peut-être ce que quelques Anciens enrendoient par huile ou foufre des métaux. Peut-être feroit-ce mieux de l'ap peller acide, puifque c'eft par fon moyen que les métaux font attaqués. l'eau. M. de la Garaie a fait voir que l'or lui-même, long-temps agité dans l'eau, fe divife au point de paffer par un filtre. Tous ces phénomènes rapprochent plus ou moins l'air inflammable de la nature des acides. Peutêtre fon acidité eft-elle réellement plus forte dans les métaux, qu'elle ne nous paroît elle peut être diminuée par l'eau qui, comme l'on fait, dénature ce gaz, ou par le feu qui certainement l'attire également. M. l'Abbé Fontana dit avoit rougi le fuc de tournefol & précipité l'eau de chaux, avec l'air inflammable tiré du fer & de l'huile de vitriol; mais, dans ce cas, l'acide vitriolique donne un gaz. J'ai répété l'expérience, en faisant paffer l'air inflammable tiré par le feu directement dans un flacon plein d'eau de chaux, qui a été précipitée auffi-tôt : du fuc de tournefol, contenu dans un autre flacon, n'a pas été altéré fenfiblement. M. Bertholet a prouvé

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que l'acide acéteux contient de l'air inflammable, & nous allons voir qu'il entre dans l'acide nitreux.

Ces différentes expériences fur l'air inflammable m'ont conduit à l'analyfe de l'air nitreux. Les métaux donnent de l'air inflammable diffous par tous les acides, excepté le nitreux, avec lequel ils ne donnent qu'un gaz particulier, qu'on a appelé nitreux. Les fubftances animales & végétales qui contiennent beaucoup d'air inflammable, traitées par cet acide, donnent auffi de l'air nitreux : celles au contraire qui ne contiennent point d'air inflammable, telles que les métaux qui en ont été dépouillés par le feu, les terres & les pierres calcaires, les alkalis fixes aërés diffous dans le même acide, ne donnent point d'air nitreux : mais tous ces airs qu'on retire par les acides, ne font point les mêmes, parce que chaque acide fournit auffi un gaz, comme l'a fait voir M. Prieftley. On peut donc conclure que l'air inflammable eft néceffaire à la formation de l'air nitreux, & que ne pouvant être détruit par ces diffolutions, il faut qu'il fe trouve dans celui-ci mais il eft altéré par le gaz que fournit l'acide nitreax, comme tous les autres acides: ce doit être le gaz déphlogistiqué fi abondant dans cet acide, comme l'a prouvé M. Lavoifier. La détonnation d'un mêlange d'air inflammable & d'air déplogiftiqué, femblable à celle de l'acide nitreux, eft une nouvelle raifon qui ne permet pas de douter que ce foient les vrais principes de l'acide nitreux.

Je pourrois dire, avec le célèbre Académicien que je viens de citer, que fi toutes ces expériences ne font pas neuves, on ne fauroit me difputer les conféquences: elles peuvent concourir aux vues du Gouvernement fur la formation de l'acide nitreux & l'établissement des Nitrières. Il fuffit de produire l'air inflammable, ce que fait la putréfaction des matières animales & végétales, & de favorifer dans ces matières la circulation de l'air commun, pour y porter l'air déphlogistiqué (1).

(1) MM. Stalh & Voulfe difent avoir inverti l'acide marin en acide nitreux, & le nitreux en marin. Quoi qu'il en foit de ces expériences, le travail des Salpêtriers nous apprend qu'il y a toujours de l'acide marin & de l'alkali minéral produit avec l'acide nitreux, puifqu'ils trouvent du fel marin tout formé; c'eft une chofe qui mérite bien l'attention des Chymiftes. Qu'on ne dife pas que ce fel marin eft contenu dans les urines. On peut avoir des Nitrières fans urine; & en Espagne & dans les Indes, où on retire le falpêtre des terres des champs, on trouve depuis 20 jufqu'à 40 livres de fel marin quintal de terre, dit M. Bowle,

par

EXTRAIT

Des Differtations de Phyfique animale & végétale de M. l'Abbé SPALLAN ZAN1 (1).

SUR LA DIGESTIO N.

COMME

OM ME cet Ouvrage, écrit en Italien, n'eft pas encore traduit, & qu'il eft rempli de recherches curieufes & de faits intéreffans, on croit faire plaifir au Public d'en imprimer ici l'extrait. M. Spallanzani eft un des meilleurs Obfervateurs de nos jours; c'eft à lui qu'on doit la belle découverte de la reproduction de la tête du limaçon, de la queue & des jambes des falamandres aquatiques. Il s'eft fait connoître encore par fes Opufcules de Phyfique animale & végétale, imprimés il y a quelques années, & traduits en François par M. Senebier, dans lefquels il expofe avec beaucoup d'exactitude l'origine & l'hiftoire des animalcules des infufions.

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Le premier volume des Differtations que nous annonçons aujourd'hui traite uniquement de la digeftion. Pour mettre de l'ordre dans fa narration, l'Auteur examine ce qui fe paffe dans l'eftomac des différens anifuivant la divifion qu'en ont faite les Phyfiologiftes d'animaux à ventricule mufculeux, à ventricule moyen, & à ventricule membraneux.

La première Differtation eft confacrée aux phénomènes de la digeftion dans les ventricules mufculeux. Quoique l'eftomac de tous les animaux. foit garni de mufcles, on appelle particulièrement mufculeux ceux qui font garnis de mufcles extrêmement forts, comme le ventricule des canards, des oies, des pigeons, des perdrix, de tous les gallinacées, &c.

M. de Réaumur s'étoit déjà beaucoup occupé de la digeftion de ces oiseaux; il avoit imaginé de leur faire avaler des tubes de métal remplis de grains d'orge & de froment, pour voir quelle altération ces femences végétales recevroient dans leur eftomac: mais elles n'en reçurent aucune; elles reftèrent intactes dans leur enveloppe métallique ; & comme les tubes employés avoient été percés de plufieurs petits trous pour donner accès aux fucs gaftriques, & que, malgré cette précaution, les alimens

(1) Differtazioni di Fifica animale e vegetabile dell'Abbate Spallanzani, Regio Profeffore di Storia Naturale nell'Univerfitate di Pavia, Socio delle Academie di Londra, di Pruffia, &c., &c., 2 tom. in-8°. In Aíodena, 1780.

ne s'étoient point digérés, il en réfultoit que ces fucs ne fuffifent point à la digeftion, qu'il faut quelqu'autre agent préliminaire, & cet agent ne pouvoit être autre chofe que l'action des mufcles de l'eftomac ou la trituration. On pouvoit donc conclure que dans les oifeaux à ventricule musculeux, la trituration des alimens eft une condition abfolument néceffaire à leur digeftion.

Ceci conduifoit à une autre expérience. Il falloit voir fi en employant des tubes de métal moins épais, ils garantiroient moins les alimens de la forte action des muscles, & s'il pourroit s'établir quelque commencement de trituration. M. de Réaumur le tenta, & vit que non- feulement les alimens furent broyés dans l'intérieur du tube, mais que ces tubes euxmêmes fe rompirent, fe tordirent, fe contournèrent bizarrement, s'applatirent en quelques endroits, comme s'ils avoient été battus avec un marteau. Ce résultat confirmoit celui de la première expérience fur l'utilité de la trituration, & donnoit de plus une idée de la force étonnante des muscles du ventricule des gallinacées. M. de Réaumur en fut fi frappé, qu'il crut que la digeftion ne s'opéroit dans ces oifeaux que par la trituration. Les grains, dont ils font leur nourriture ordinaire, étoient, fuivant lui, dépouillés, en quelques inftans, de leur enveloppe naturelle, de leur écorce; & la fubftance farineufe qu'ils contiennent fe trouvant expofée immédiatement aux chocs violens des mufcles, devoit bientôt fe réduire en une efpèce de pulpe, laquelle, mêlée à l'humidité naturelle qui abreuve les organes de la digeftion, devient un véritable chyle: en forte qu'il n'étoit point néceffaire de recourir à une diffolution opérée. par les fucs gaftriques, il affirmoir même qu'il n'y a dans le ventricule des gallinacées aucun menftrue capable de décompofer & de diffoudre les

alimens.

M. Spallanzani a répété les expériences de M. de Réaumur, & a obtenu les mêmes réfultats. Quand il a employé des tubes de métal épais, les alimens n'ont point été altérés ; & quand il s'eft fervi de tubes minces, il a vu ces tubes fouffrir étrangement. Il s'eft donc convaincu, par fes propres yeux, que la trituration étoit une préparation néceffaire; mais il a été plus loin que M. de Réaumur dans fes recherches fur la force des muscles du ventricule des gallinacées.

MM. Redi & Magalotti avoient fait avaler à des poules des petites fphères vuides de cryftal d'une telle épaiffeur, qu'en les jetant à terre avec force, elles ne fe rompoient point; &, à leur grand étonnement, elles s'étoient brifées dans l'eftomac de ces oifeaux. Notre Auteur a voulu revoir ce fait, & l'a trouvé parfaitement vrai. Ce qu'il y a de fingulier, c'est que les fractures de verre n'étoient point aiguës & coupantes, comme le deviendroient celles qu'on produiroit en caffant ces fphères avec un marteau mais elles étoient émouffées, comme fi leurs angles euffent été rabattus fur le tour; en un mot, elles s'étoient tellement arrondies,

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