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Les habitans du pays font polis, doux & d'une fociété agréable, adroits de leur corps & très-propres pour les armes. Quoiqu'ils ayent beaucoup dégénéré de l'application & de la vigilance de leurs peres, ils font pourtant les plus laborieux des parties méridionales de l'Espagne; ils font fobres & aiment affez le commerce & l'agriculture.

Le grand nombre de petits fleuves qui arrofent ce pays, ont leur embouchure dans la mer Méditerranée. Le fleuve de Xenil ou Guenil y prend fa fource, & traverse les royaumes de Cordoue. Pour garantir les côtes contre les corfaires Afriquains, elles font garnies depuis le détroit de Gibraltar, jufqu'au fleuve de Rio-frio, de quantité de tours, à l'aide def quelles on peut découvrir au loin les vaiffeaux qui font en mer.

Cette province ne devint un royaume particulier qu'au XIIIe fiecle, après que le roi des Maures, Abenhud, qui faifoit fa réfidence à Cordoue eut perdu la couronne & la vie dans une bataille que les chrétiens gagnerent fur lui en 1236. Après cet échec, fes fujets & adhérens s'enfuirent à Grenade, & élirent un nouveau roi qui choifit pour fa demeure la ville de Grenade. A ce nouvel & dernier royaume des Maures en Espagne appartenoient 33 villes & environ 100 bourgs, & il dura deux cents cinquante fix ans, favoir depuis 1236 jufqu'en 1492, que Ferdinaud-le-catholique s'en rendit maître, & l'incorpora à la couronne de Caftille. La dignité d'Adelantado Mayor de ce royaume eft poffédée par la maison ducale de Maqueda.

GRENADE, capitale du royaume de même nom, eft une des plus grandes villes d'Espagne, fon circuit étant eftimé à-peu-près à 12000 pas. Elle eft bâtie en partie fur des montagnes, & en partie dans une plaine, & eft ceinte de murailles & de tours; la petite riviere de Duro fe jette tout près de-là dans le Xeni!, après avoir traverfé une partie de la ville. L'archevêque de Grenade, qui jouit d'un revenu annuel de 50,000 ducats, a pour fuffragans les évêques de Guadix & d'Almeria. La ville eft pourvue d'une chancellerie royale compofée d'un préfident, de 15 confeillers, de 4 juges criminels, de 4 juges nobles & de deux fifcaux; il y a de plus une univerfité fondée en 1531, & un tribunal d'inquifition. Les habitans font un commerce confidérable avec de la foie qui eft d'une excellente qualité. Grenade a l'honneur d'être placée dans les titres du roi avant toutes les autres villes du royaume. Elle renferme 24 églifes paroiffiales, 20 couvents de moines; 18 couvents de religieufes, & 13 hôpitaux. Elle eft divifée en quatre parties. Lorfque Ferdinand V. fe rendit maître de cette ville, en 1492. le cardinal Ximenes força les maures de fe convertir à la religion chrétienne, en leur difant qu'ils avoient ou à fe faire baptifer ou à mourir. Ces infortunés l'avoient fondées dans le dixieme fiecle, & c'étoit le dernier domaine qui leur reftoit dans cette partie de l'Europe. Ferdinand V. furnommé le Catholique, ne fe fit point de fcrupule d'attaquer fon ancien allié Boabdilla, qui en étoit alors le maître. Le fiege dura huit mois, au bout defquels

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Boabdilla fut obligé de la rendre. Les contemporains ont écrit qu'il verfa des larmes en fe retournant vers les murs de cette ville fi peuplée, fi riche, ornée du vafte palais des rois Maures fes ayeux, dans lequel fe trouvoient les plus beaux bains du monde, & dont plufieurs falles voûtées étoient foutenues fur cent colonnes d'albâtre. Quoique cette ville ait beaucoup perdu de fa fplendeur, cependant les édifices publics y font encore magnifiques.

Grenade eft dans une fituation très-riante & très-avantageufe, où l'on refpire un air auffi falubre qu'agréable, à 50 lieues, fud-oueft, de Murcie, 25 nord-eft, de Malaga, 45 lud-eft, de Séville, 90 fud-eft, de Madrid. Long. 18. 19. lat. 37. 30.

GRENAD E. (La nouvelle)

C'EST

'EST une contrée de l'Amérique méridionale dans la Terre ferme, d'environ 130 lieues de longueur, fur 30 dans fa plus grande largeur.

L'intérieur de cette grande partie de l'Amérique méridionale, eft en général, rempli de montagnes, couvert d'épaiffes forêts, & eft le plus communément stérile. Les Espagnols le trouverent habité par une infinité de nacions peu nombreuses, la plupart errantes, prefque toutes féroces & pareffeufes. Les hommes y étoient plus agiles, & les femmes plus belles & plus blanches que dans les climats voifins. Loin des grandes rivieres, on faifoit quelquefois vingt, trente & même quarante lieues fans trouver une cabane. Depuis la conquête, cette foible population n'a guere diminué, parce qu'il ne s'y eft point établi de culture meurtriere, & que les peuples foumis n'ont pas été condamnés aux travaux des mines. On exige rarement autre chofe d'eux que le tribut qu'on leur a impofé. Les uns le payent en denrées; les autres, avec l'or qu'ils trouvent dans les torrens, ou fur les rivieres; il y en a même qui rempliffent cette efpece d'obligation avec les bénéfices qu'ils font fur quelques marchandises d'Europe, qu'ils vendent aux Indiens qui n'ont pas été affujettis.

Les naturels du pays fe nourriffent de maïs ou de caffave, au lieu de froment. Ils ont quantité de fel, dont ils font un grand commerce. Le gibier у eft fort commun, auffi bien que le poiffon. Il fe trouve dans ce pays, beaucoup de mines d'or, de cuivre & d'acier. Il y a beaucoup de chevaux & de mulets; on en mene plufieurs au Perou. Il abonde en paturages, en différens grains, & en fruits. Il appartient aux Espagnols. Santa-Fe-deBogota en eft la capitale, que Ximenès a fait bâtir.

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GRENADE, (La) ifle de l'Amérique Septentrionale dans la mer du Nord, & l'une des Antilles.

LA

A longueur de cette ifle du nord au fud, eft de dix lieues; fa plus grande largeur de fept, & fa circonférence d'environ vingt-deux. Elle eft très-fertile en fucre, qui eft beaucoup plus blanc que dans les autres ifles; en café, tabac, indigo, coton, riz, gingembre, miel, manioc. L'air y eft très-fain, & elle eft bien peuplée. Ses plaines font coupées par quelques montagnes peu élevées & par un nombre prodigieux de ruiffeaux affez confidérables. Elle a fous le vent un port fi vafte que foixante vaiffeaux de guerre y feroient au large, & fi fûr qu'ils pourroient fe difpenfer de jeter l'ancre.

Quoique les Francois, inftruits de la fertilité de la Grenade, euffent formé dès l'an 1638, le projet de s'y établir, ils ne l'exécuterent cependant qu'en 1651 En y arrivant, ils donnerent quelques haches, quelques couteaux, un baril d'eau de vie au chef des fauvages; & croyant à ce prix avoir acheté l'ifle, ils trancherent du fouverain; bientôt ils agirent en tyrans. Les Caraïbes ne pouvant les combattre, à force ouverte, prirent le parti que la foibleffe inspire toujours contre l'oppreffion, de maffacrer tous ceux qu'ils trouvoient à l'écart & fans défense. Les troupes qu'on envoya pour foutenir la colonie au berceau, ne virent rien de plus fûr, de plus expéditif que de détruire tous les naturels du pays. Le refte des malheureux qu'ils avoient exterminés; fe refugia fur une roche escarpée; aimant mieux fe précipiter tous vivans de ce fommet, que de tomber entre les mains d'un implacable ennemi. Les François nommerent légérement ce roc, le morne des fauteurs, nom qu'il conferve encore.

Un gouverneur avide, violent, inflexible, les paya juftement de tant de cruautés. La plupart des colons revoltés de fa tyrannie, fe refugierent à la Martinique qui en eft éloignée de 7 lieues; & ceux qui étoient reftés fous fon obéiffance, le condamnerent au dernier fupplice. La plupart des juges du crime & des témoins du fupplice, craignant fans doute que la cour de France ne ratifiât pas un jugement fi extraordinaire, & réduit à des formalités inouïes, quoique dictées par le bon fens, difparurent de la Grenade, & il n'y demeura que ceux qui par leur obfcurité devoient fe dérober à la perquifition des loix. La colonie fe vit alors réduite à la culture de trois fucreries, & de cinquante-deux indigoteries; & fuivant le dénombrement de 1700, il n'y avoit dans l'ifle que 251 blancs, 53 fauvages ou mulâtres libres, & 525 efclaves. Les animaux utiles fe réduifoient à 64 chevaux, & 569 bêtes à cornes.

Mais peu à peu les chofes changerent de face; l'on vit bientôt la Grenade fe peupler; les reffources, les travaux, la culture & les différentes Tome XX. Gggg

productions augmenter; tellement qu'en 1748. feize mille efclaves tirerent de fon fol & du fang de leurs veines, près de quatre millions pesant de café, & douze millions de fucre terré. Ces deux cultures pouvoient encore être augmentées d'un tiers, & la valeur en auroit été portée avec le temps & le travail qui dompte le temps, à treize millions de livres tournois. Les fievres opiniâtres & les hydropifies qui depuis trente ans confumoient les hommes à proportion qu'ils abattoient des bois, auroient ceffé fans doute avec les défrichemens, où le colon trouvoit la mort en y cherchant la vie. Mais la France fembloit avoir perdu ses espérances avec fes biens, & la Grenade avec toutes fes richeffes étoit paffée entre les mains des Anglois. Ils poffédoient paifiblement cette conquête depuis 1763. Elle vient de leur être enlevée par ces mêmes François qui avoient été forcés de la leur céder.

GREP A.

GREPA fut un de ces monftres dont on n'écrit l'hiftoire que pour frap

per d'horreur ceux qui pourroient leur reffembler. 11 étoit fils de Wetsmar, l'un des régens du royaume de Danemarc, pendant la minorité de Frothon III, né avec des paffions vives, ne craignant ni le frein des loix, ni le poignard du remord, il eut tous les vices, & les eut impunément. Après avoir infulté, féduit, ou violé les plus belles femmes de la cour, il ofa prétendre à la main de la belle Hunnara, fœur du roi; il crut lui infpirer de l'amour, & ne lui infpira que de l'horreur la princeffe pour échapper aux pourfuites odieufes de ce courtifan, conjura le roi de lui donner un époux digne d'elle; il y confentit. Grepa en fut informé. Il invita à un feftin fplendide, tous ceux qui par leur haute naiffance, leurs exploits, leurs vertus pouvoient efpérer de fixer les regards de la princeffe. Au milieu du repas il les fit égorger, coupa leurs têtes, & les fit planter toutes fanglantes à la porte d'une efpece de fortereffe où Hunnara s'étoit retirée, pour fe défendre contre fes audacieufes entreprises. Car dans ces temps de défordre & d'ignorance, foit qu'il n'y eut point de loix, foit qu'elles fuffent fans vigueur, la pudeur n'avoit d'autre afile que des châteaux flanqués de tours, entourés de foffés, & dont les avenues étoient gardées par des foldats. C'eft dans ces efpeces de cachots que les grands étoient obligés d'enfevelir leurs filles, jufqu'à ce qu'un époux intéreffé à défendre leur vertu vint les tirer de la folitude où elles gémiffoient.

Cependant Grepa & les autres courtifans vendoient publiquement les audiences du jeune roi, & exigeoient des fommes énormes de tous les riches qui vouloient marier leurs filles. Enfin Eric-le-Sage parut à la cour de Danemarc, & s'empara par degrés de la confiance du prince. Grepa eur l'art de le peindre aux yeux de Frothon comme un ennemi fecret de

l'Etat & du roi; il confeilla à ce prince de le faire affaffiner, & lui offrit de porter les premiers coups. Frothon rejeta ce confeil; mais il n'eut pas le courage de punir le fcélérat qui l'avoit méprifé affez pour le croire femblable à lui-même. Eric à fon tour accufa Grepa d'entrenir un commerce criminel avec la reine. Le favori offit de fe juftifier par le duel. Cet ufage exécrable régnoit alors. L'Athlete, le plus robufte le plus adroit gladiateur, étoit le plus jufte des hommes. Mais Grepa fut le plus foible; il reçut de la main d'Eric un châtiment trop léger pour fes crimes. Et le fort des armes s'accorsa du moins cette fois avec l'équité.

"

GROENLAND, Pays foumis à la domination du Roi de Danemarc.

LE

E Groenland n'eft qu'à quarante milles de l'Ifland. Quelques Géographes l'ont regardé jufqu'à préfent comme une grande Ifle; mais d'autres croient avec plus de vraisemblance, qu'il forme une peninfule dont le commencement eft au 59 degré 50 minutes de latitude, & dont la partie méridionale eft connue au delà du 78 degré. La partie orientale s'étend vers le nord, & les navigateurs font parvenus de ce côté-là jufqu'au 82 degré. Celle-là a été abordée pour la premiere fois par Jean Davis en 1585, & c'eft de lui que le bras de mer qui eft entre les terres feptentrionales de P'Amérique & le Groenland, a été nommé le détroit de Davis. On trouve continuellement dans les parties orientale & méridionnale de ces pays des glaçons, qui viennent des montagnes appellées Spitzbergen, & qu'un torrent impétueux jette vers le midi. On en attribue la caufe à deux détroits formés par deux Ifles, qui doivent fe trouver à la pointe méridionale du Groenland, & dont l'un qui eft placé fous le 63 degré de latitude, eft appellé détroit de Frobisher, & l'autre, qui eft fous le 62, ou fuivant d'autres, fous le 60 ou 61, eft appellé le Barnfund. Mais Jean Egede, qui, dans l'intention de faire de nouvelles découvertes, avança en 1723 jufqu'au 60 degré de latitude en tirant vers le fud, n'a rencontré ni ifles ni détroits; de maniere qu'on eft encore dans l'incertitude par rapport à leur existence. Les anciennes relations du Groenland n'en font aucune mention: elles difent feulement, que les premieres colonies du nord ont commencé à occuper la partie orientale du Groenland, fituée vis-à-vis de l'Islande, & qu'enfuite elles fe font fucceffivement avancées & étendues vers l'intérieur du pays jufqu'à la partie occidentale : qu'elles fe font vraisemblablement arrêtées. dans la contrée appellée Baalsrevier (contrée de Baal), où l'on trouve encore beaucoup de terres arables, d'habitations ruinées, & vers le fud des reftes des maifons bâties de pierres. Si jamais le détroit de Frobisher a exifté, il faut de toute néceffité qu'il foit aujourd'hui tellement comblé par

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