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raifon jetoit fes premieres étincelles, qu'on arrachoit les enfans de la patrie aux careffes de leurs parens, pour jeter en eux des femences de force & de vertu. La profeffion d'inftruire, fi avilie chez les peuples flétris par le luxe, n'étoit, dans la Grece, exercée que par des fages dont les exemples étoient les meilleures leçons. Avant d'éclairer l'efprit, on commençoit par former le corps qu'on accoutumoit par des exercices pénibles à fupporter les fatigues & les rigueurs de la foif & de la faim. La connoiffance des arts utiles précédoit celle des arts d'agrément, & comme tous étoient deftinés à être foldats & généraux, on leur apprenoit à obéir pour les rendre capables de commander. Des corps énervés par la molleffe auroient été autant de fardeaux pour la patrie, & quand on n'a que du courage, on peut bien ne rien craindre fans être en état d'exécuter quelque chofe de grand. Dès qu'un jeune homme entroit dans le Gymnafe, il fe foumettoit à une difcipline qui fembloit plutôt fe propofer de faire des foldats que des citoyens. Voici quels étoient leurs exercices, ou plutôt leur apprentiffage de guerre, qui confiftoient dans la courfe, le pugilat, le difque, le faut & la lutte. La courfe fe faifoit dans un espace de terrein appellé ftade, long de cent vingt-cinq pas géométriques. Il y en avoit de quatre efpeces. La courfe équeftre n'étoit pas ordinaire, parce qu'elle étoit périlleuse dans un temps où l'on montoit les chevaux fans étriers. Les coureurs à pieds étoient rangés fur une même ligne. Dès que la barriere étoit ouverte, & que le fignal étoit donné, tous les coureurs prenoient leur effor, & celui qui arrivoit le premier au but, étoit déclaré vainqueur. C'étoit là ce qu'on appelloit la fimple courfe. D'autres parcouroient deux fois la carriere, & d'autres jufqu'à fix fois : tous les coureurs recevoient une couronne de pommier, de pin, d'olivier ou de perfil; mais il n'y avoit que le vainqueur qui reçût une couronne de pommier chargée de fes fruits: on leur apprenoit auffi à conduire un char attelé de deux ou quatre chevaux, pour les mettre en état de difputer un jour le prix, aux combats de Pife ou d'Olimpie, où le fimple citoyen étoit l'émule & fouvent le vainqueur

des rois.

Le difque, dont on attribue l'invention aux Lacédémoniens, étoit une efpece de palet rond, à en juger par les ftatues de marbre des joueurs de palet. Il étoit pefant & épais de trois ou quatre doigts. Il y en avoit de pierre, d'afrain, de cuivre ou de fer. Il falloit qu'il eut un grand volume, puifqu'on affure que l'homme le plus robufte le portoir à peine avec fes deux mains. On le lançoit par le moyen d'une courroie paffée dans un trou creusé au milieu. La pofture de ceux qui le lançoient étoit de fe courber le corps fur un de leurs pieds avancé avec le difque fur le bras. Ils avoient une main appliquée fur la poitrine, tandis que l'autre, après avoir balancé quelque temps le difque, le jetoit avec un mouvement de rotation; celui qui le lançoit le plus loin étoit vainqueur. Le poid du dif que accoutumoit le corps à porter les fardeaux de la guerre,

On exerçoit auffi la jeuneffe à fauter un certain intervalle pour donner au corps plus d'agilité, le faut fe faifoit quelquefois les mains vuides, & quelquefois le fauteur s'élançoit avec un fardeau fur la tête ou fur les épaules

ou dans les mains.

Le pugilat, étoit un exercice de force & d'adreffe, où les Athletes combattoient à coups de poing. Dans la fuite, ils s'armerent de ceftes, especes. de gantelets garnis de plaques de fer, de plomb ou d'airain. Le grand art des combattans, étoit de défigurer le vifage de leurs adverfaires; il étoit glorieux de leur faire fortir un œil hors de la tête, ou de leur brifer la mâchoire. Plufieurs tomboient morts ou mourans fur l'arene. Celui qui cédoit la victoire, fe couchoit par terre, c'étoit un aveu de fa défaite.

La lutte étoit un exercice qui fe faifoit dans le Xyfte, portique couvert, où deux Athletes employoient la force & l'adreffe pour fe terraffer l'un l'autre. L'origine de ce combat eft attribuée à Thefée, du moins ce fut lui qui en fit un exercice, où l'adreffe triomphoit fouvent de la force. Les lutteurs étoient nuds, oints d'huile & d'une pouffiere qu'on tenoit en réferve quand le lutteur terraffé entraînoit fon adverfaire dans fa chûte, on recommençoit le combat. Il falloit le terraffer trois fois fans tomber pour remporter la palme. Le vaincu élevoit le doigt, & ce mouvement étoit un aveu de fa honte. Il y avoit deux efpeces de lutte, l'une où les combattans luttoient debout, l'autre où ils fe rouloient à terre. C'étoit le plus ancien de tous les exercices du Gymnafe.

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Le pancrace ou pancration étoit le combat qui demandoit le plus de force; il étoit compofé du pugilat & de la lutte: les combattans pour vaincre, pouvoient employer le fecours de leurs pieds, de leurs dents & de leurs ongles; ainfi l'arene étoit souvent enfanglantée. Ces jeux inhumains où les vainqueurs obtenoient les applaudiffemens de toute la Grece, marquoient un fond de férocité. Il femble qu'on s'étoit propofé d'éloigner la jeuneffe de toutes les voluptés qui peuvent énerver la vigueur. L'eftime attachée à la force du corps étoit un frein contre les défordres qui l'épuifent. On pouvoit encore avoir pour but de faire l'expérience de toutes les reffources que l'homme a dans fon adreffe & fa force, fans avoir recours aux armes artificielles.

La chaffe étoit un exercice également utile & honorable. Mais c'étoit contre des bêtes féroces qu'il étoit beau d'effayer fon courage. Plus elle offroit de fatigues & de périls, plus elle procuroit de gloire. C'étoit une image de la guerre qui familiarifoit avec les dangers, & qui accoutumoit à des marches pénibles. Les Grecs, grands exagérateurs, ont raconté des prodiges de certains Athletes, & fur-tout de Milon de Crotone, dont la force étoit égale à la voracité. Ils débitent qu'il porta un bœuf fur fes épaules, la longueur d'un ftade &, qu'après l'avoir affommé d'un feul coup de poing, il le mangea tout entier en un jour. Quand on publie de pareilles fables devant un peuple éclairé, on doit fuppofer qu'elles étoient voifines de la vérité.

Quand le corps formé par tant d'exercices pénibles, étoit affez bien organisé pour recevoir les femences des arts libéraux, on donnoit à l'efprit une foigneufe culture. On commençoit par apprendre aux enfans la grammaire. C'étoit l'art dont les Grecs faifoient le plus de cas. Ce fut par les charmes qu'ils prêterent à leur langue, qu'ils devinrent les précepteurs des nations. La grammaire comprenoit l'hiftoire, la poéfie & l'éloquence. Il y avoit auffi des Gymnafes où l'op enfeignoit la philofophie. Athenes, Milet, Lampfaque, Rhodes & Corinthe, avoient leurs écoles publiques. La mufique affectoit vivement les organes des Grecs, & les prodiges attribués aux Amphions, aux Orphées, aux Linus, font autant de témoignages des effets que cet art produifoit chez ce peuple délicat & fenfible. C'est une erreur de croire que Pythagore fut l'inventeur de la mufique chez les Grecs, il fut en étendre les limites & la réduire en théorie, mais avant lui elle s'étoit introduite dans les temples & dans les armées. Les Grecs nés muficiens, chantoient en parlant. Et l'éducation qu'ils recevoient dans les Gymnafes, favorifoit encore leurs penchans. Ils avoient fept notes qui portoient le nom des fept planetes. Les tons ou les modes, foit graves ou aigus, étoient le Phrygien, le Dorique, le Lydien, l'Ionique & l'Eolique. Le Phrygien grave & religieux, étoit confacré à chanter les myfteres de la religion & les bienfaits des dieux. Le Lydien, trifte & plaintif, étoit d'ufage dans les calamités, les funérailles & le deuil : le Dorique bruyant ébranloit les organes par de vives fecouffes; on s'en fervoit dans les hymnes des combats & dans la mufique guerriere l'Ionique gracieux & fleuri étoit d'ufage dans les feftins & les fociétés. L'Eolique n'étoit qu'une inflexion harmonieufe de la voix; il étoit fi fimple, que plufieurs le retranchent du nombre des modes.

La mufique étoit ou vocale ou inftrumentale. Les inftrumens étoient à cordes ou à vent. On en remarquoit trois principaux, la cythare, la flûte & le chalumeau. La cythare tenoit le premier rang parmi les inftrumens à cordes. Elle fut annoblie par Hercule & Alexandre, qui apprirent à la toucher. Quelques-uns la confondent avec la lyre, qui avoit toujours une partie creufe pour renvoyer le fon, au lieu que la cythare étoit garnie de deux barres de fer tranfverfales & de deux anfes. C'étoit avec cet inftrument qu'on célébroit les actions des héros, les plaifirs & les peines de l'amour. On en touchoit les cordes ou avec un archet ou avec les doigts feuls. La cythare dans fon origine n'avoit que trois cordes de fil de lin, ou de cordes de boyaux; dans la fuite, on la perfectionna & elle en eut fept.

La flûte étoit faite d'os de cerfs, de mulets, d'ânes ou d'éléphans. On en faifoit auffi avec du rofeau & de différens bois. Les Grecs en attribuent l'invention à Hyagnès Phrygien & contemporain de Jofué. C'étoit l'inftrument qu'on employoit dans les facrifices des dieux, dans les cérémonies. religieufes, dans les fêtes & dans les funérailles. Les joueurs de flûtes qui

fe diftinguerent le plus, furent Marfyas, Olympus, Timothée & Ifménias. Ses fons étoient pleins & graves, au lieu que le chalumeau, qui avoit une grande conformité avec elle, rendoit des fons maigres & aigus.

Il y avoit dans les Gymnafes des maîtres qui enfeignoient à leurs difciples l'art de la peinture, qui fut tellement accueillie, dès fon origine, qu'on lui donna une place diftinguée parmi les arts libéraux. Les Grecs la firent entrer dans l'éducation. C'étoit des Egyptiens qu'ils avoient emprunté cet art qui fubftitue la figure à la réalité. Mais dans fon origine, elle étoit fort imparfaite, puifqu'on ne fe fervoit que d'une feule couleur; enfuite on employa le mélange de cinq, & fucceffivement un plus grand nombre; les peintres étoient fi mauvais imitateurs, qu'ils étoient obligés de mettre, au bas de leur tableau, le nom de la perfonne ou de la chofe représentée, pour éviter la honte de la méprise: la danse faifoit auffi partie de la Gymnastique. Mais c'étoit un art mâle & guerrier qu'on ne proftituoit point au triomphe des paffions. Admise dans les cérémonies religieufes, elle exprimoit par fes mouvemens la reconnoiffance des bienfaits de la divinité. Tantôt c'étoit la représentation d'une chaffe, tantôt celle d'un combat ou d'une évolution de guerre, & jamais elle n'offroit le fpectacle aviliffant de ces furieux, qui fautent & bondiffent fans objet & fans décence, comme s'ils étoient agités des vapeurs de l'ivreffe. Tels étoient à peu près les moyens employés par les Grecs pour former des foldats & des citoyens.

TABLEAU des différentes parties qui compofoient l'ancienne GRECE.

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POUR Pour donner une idée fuffifante de la Grece, nous allons former comme un tableau des différentes parties qui la compofoient. Nous les diviferons en fix principales; nous indiquerons les villes célébres que chacun de ces pays renfermoit, ainfi que quelques rivieres & montagnes un peu confidérables.

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LE PELOPONNESE, aujourd'hui la Morée. Il eft entouré de la mer, & ne tient au refte de la Grece que par de Corinthe.

Villes.

Parties.

Parties.
L'ACHAIE.

LA LACONIE.

L'ARGOLIDE.

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Corinthe.

Sicyone.
Patras.

Olympie, ou
Pife.

Chalcis.
Calydon.

Rivieres.
Montagnes.
Le Cap..

Pharfale.

Magnefie.
Methone.

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LA GREC E, proprement dite.

Villes.

Parties.
L'ATTIQUE.

LA LOCRIDE.
Montagnes.

LA THESSALIE.

Villes.

Montagnes.

Dont les ports
étoient,

Gomphi.

Thebes, de Thef- Riviere.

falie.

Lariffe.

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Villes.

Mégalopolis.
Lacédemone

Sparte.

Argos.

Nemée.

Mycenes.

Nauplie.

Epidaure.

L'Eurotas.

L

Taygete.

Tenare.

Villes.

Athenes.
Le Pirée.

Munichie.

Phalere.

Mégare.
Marathon,

Eleufis.

Decélie.

l'Ifthme

Villes.
Démétriade.
Olympe.
Pelion.

Offa.

Le Penée.

593

Le Parnaffe.

L'Hélicon au

deffus de Delphes. Cytheron, dans la Béotie.

·

Le vallon de Tempé.

Le fameux défilé des Thermopyles.

Ffff

ou

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