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FRANCFORT SUR LE MEIN, Ville libre & Impériale d'Allemagne.

ETTE ville eft fituée dans le cercle du haut Rhin, au centre d'un territoire qui confine aux Etats de Mayence, de Darmstadt, de Hanau de Solms, &c. fur un fol fertile en toutes fortes de bonnes productions naturelles, & fous un climat dont la température eft généralement reconnue pour très-agréable & très-faine.

à

Le Mein coupe cette ville en deux portions inégales, dont la plus grande fe nomme proprement Francfort, Francfurt, Frankenfurt; & la plus petite Saxenhaufen, & dont un pont de pierre de 14 arcades & de 400 pas de longueur, fait la communication: l'une & l'autre de ces portions font fortifices, & l'on compte près de 3000 maifons dans leur enceinte, avec un certain nombre de places publiques. Parmi ces maisons il en eft plufieurs qui foit à titre de palais, foit à titre d'hôtels, appartiennent à des comtes, des princes, à des électeurs du faint-empire, & qui portent leurs noms : tels font entr'autres ceux de Mayence, de Treves, de Cologne, de l'ordre teutonique, de Darmstadt, de la Tour & Taxis, &c. Et parmi ces places publiques il en eft trois que l'on remarque principalement ce font le Romerberg, la place de Notre-Dame, & le Roffmarkt: celle-ci, qui eft la plus riante & la plus fpacieuse, est toute plantée d'arbres dont les allignemens forment un très-beau lieu de promenade; fur la feconde eft la bourse, avec l'hôtel de Frauenftein ou Braunfels, qui jadis fervoit de logement aux empereurs, & qui fait encore porter le nom de quartier impérial à toutes les maifons placées entre cet hôtel & le Romerberg; & fur le Romerberg enfin, fe voit l'ancienne façade de l'hôtel-de-ville, ou Romer, grand édifice gothique, moins connu par l'ufage ordinaire qu'en font les magiftrats de Francfort & le cercle du haut Rhin, pour leurs affemblées refpectives, que par les deux deftinations périodiques auxquelles il eft confacré, deftinations très-différentes en elles-mêmes fans doute, mais cependant affez rapprochées dans leur principe, l'une étant de prêter les voûtes inférieures à l'étalage de tout ce dont le luxe & la frivolité peuvent faire emplette aux foires de la ville, & l'autre de devenir dans quelques-uns de fes appartemens fupérieurs, au temps de l'élection & du couronnement de l'empereur ou du roi des Romains, le fiege de toutes les formalités brillantes, de toutes les cérémonies d'étiquettes, attachées à cet événement folemnel; c'eft en effet dans l'une des chambres du Romer, qu'avant que de fe rendre faintement dans la chapelle d'élection, les électeurs d'Allemagne vont gravement conférer au préalable; & c'eft dans la grande falle de ce même bâtiment, qu'après fon facre ou fon couronnement religieux, l'empereur va feud à une table, & avec tout l'appareil d'un prince fervi

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par d'autres princes, prendre fon premier repas. La fameufe conftitution de Charles IV, appellée la bulle d'or, que l'on dit être envifagée par le peuple de Francfort & par les princes de l'empire comme une forte de palladium, eft dépofée en original dans les archives du Romer, Voyez BULLE D'OR; elle est écrite en latin, & en anciens caracteres de moines, & elle remplit un volume, in-4°. de 43 feuilles de parchemin : une boëte d'or renferme le fceau dont elle eft munie.

Peuplée à proportion de fa grandeur, autant qu'aucune autre ville de l'Allemagne, Francfort eft en même temps l'une des plus commerçantes & des plus riches de cet empire. D'entre les villes libres & impériales qui fiegent à la diete fur le banc du Rhin, c'est la fixieme, & fes contingens, réglés non pas fur l'étendue de fon territoire, qui n'eft que de quelques villages & de quelques forêts, mais fur fon opulence particuliere, font de 500 florins pour fes mois romains, & de 676 rixdallers 26 creutzers pour la chambre impériale. Cette ville, l'une des quatre de l'Allemagne où fe fait la recette générale des contributions du corps germanique, jouit d'ailleurs dans l'empire d'une célébrité qu'aucune autre ne lui contefte de tout temps elle appartint immédiatement à l'empereur & à l'empire c'étoit une des ftations ordinaires des premiers empereurs Germains. Charles-le-Chauve y étoit né; fon pere Louis-le-Débonnaire y avoit bâti un palais, dont on trouve encore quelques veftiges au Saalhofe fur le bord du Mein; & l'an 794, Charlemagne y avoit affemblé un concile auquel il préfida, & dont il publia les décrets, avec autant d'autorité que fi déjà il eût été empereur : ce concile condamna l'héréfie de Neftorius, auffi-bien que les actes de celui que l'impératrice Irene avoit convoqué 7 ans auparavant à Nicée contre les Iconoclaftes.

Mais un luftre éclatant & permanent pour la ville de Francfort, c'est celui qu'elle reçoit depuis plus de 60 ans de la majefté même de l'empire dès l'élévation de Frédéric Barberouffe au trône, l'an 1152, l'élection & le couronnement de la plupart des empereurs & rois des Romains fe font faits dans fes murs; & la bulle d'or lui a confirmé à cet égard les privileges les plus authentiques. Une gloire particuliere encore pour Francfort, c'eft d'avoir été l'une des premieres villes impériales, en faveur defquelles les rois de la Germanie fe foient défiftés du droit rigoureux, qu'ils avoient de difpofer par mariage, des enfans de leurs bourgeois. En vertu de ce droit, un héraut de ces princes alloit crier dans les carrefours de ces villes, que le fils de tel ou tel bourgeois eût à époufer dans l'année Ja fille de tel ou tel autre; & à point nommé, le mariage se faifoit. Dans fon origine, ce droit pouvoit avoir été fort refpectable, il pouvoit avoir été fondé fur l'augufte qualité de pere par excellence, dont les premiers princes de la terre étoient fans doute revêtus; mais à la longue, on fent que dans fon exercice il devoit avoir dégénéré en tyrannie; l'on fent que dans la fuite des fiecles, les Etats étant venus à s'agrandir, fans que l'a

me de ceux qui les gouvernoient fe fut toujours agrandie de même, le bon ufage de ce droit devoit fe trouver de jour en jour plus difficile. Les princes dont les fujets, & non les lumieres, alloient en fe multipliant, devoient trouver de jour en jour moins praticable, d'entrer avec bonté juftice & raifon, dans cette adminiftration détaillée, qui defcendant jufques aux affaires domeftiques des peuples, devient la plus dure des dominations, lorsqu'elle n'eft pas la plus éclairée : les princes enfin, dans cet état des chofes, ne pouvoient plus, pour tout dire en un mot, ufer, en vérité, de ce droit, qu'en aveugles ou en barbares. Henri, fils & vicaire de l'empereur Frédéric II, s'en relâcha, l'an 1223, en faveur des bourgeois de Francfort.

Le gouvernement de Francfort eft arifto-démocratique; il eft entre les mains d'un advoyer (Schultheifs) de 4 fyndics, & de 3 bancs de magiftrats. Le premier banc eft celui des échevins; le fecond celui des fénateurs; & le troifieme celui des confeillers que fe choififfent les corps de métiers de la ville. Les finances & la police font régies par celui-ci, & les affaires de plus grande importance, celles qui ont pour objets le foutien de l'Etat, fa correfpondance & fes droits, le font par les deux premiers, defquels on tire auffi chaque année les deux bourguemeftres. En fait de judicature, les caufes civiles font portées au banc des échevins & aux fyndics; & les eccléfiaftiques, au confiftoire, compofé de deux échevins, de trois pasteurs, & de deux docteurs en droit. L'an 1743, un diplôme impérial donna pour toujours le caractere de confeillers de l'empereur, à l'advoyer, au doyen des fyndics, & aux fept plus anciens échevins de Francfort.

La religion luthérienne domine dans cette ville; tous fes magiftrats & les officiers municipaux la profeffent, & l'on y compte pour cet effet, fept églifes, plufieurs chapelles, & diverfes fondations pieufes, où s'entretiennent dans le célibat des filles de bonne naiffance & de mauvaise fortune. Les catholiques de leur côté y poffedent auffi un certain nombre d'églises & entr'autres celle de S. Barthelemi, dont la chapelle eft proprement le lieu facré où fe fait l'élection des empereurs; ils y ont de plus des couvens de divers ordres, & toutes leurs paroiffes font du diocese de Mayence. Les réformés & les Juifs y font tolérés; une fynagogue n'y eft même pas refufée à ceux-ci, qui d'ailleurs habitent une rue féparée, & font abfolument dépendans de la magiftrature de la ville; mais le culte public eft interdit à ceux-là, pour n'y avoir pas exifté lors de la paix de Weftphalie, & c'eft à Bockenheim, bourg du pays de Hanau, à une lieue de Francfort, qu'ils vont y vaquer l'on dit au refte en commun proverbe, qu'à Francfort les luthériens gouvernent, les catholiques prient, & les réfor més s'enrichiffent.

Les établiffemens publics de cette ville font nombreux & en bon ordre; ils confiftent en arfenaux, manege, féminaire, gymnafe, bibliothe

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que, hôpitaux, & maisons de force, d'orphelins & de charité. Il y a aussi des établiffemens particuliers très-confidérables, comme fabriques & manufactures de foies, de porcelaine & de tabac; & il s'y fait entr'autres un trafic immenfe de livres, fes deux foires annuelles lui donnant à cet égard & à plufieurs autres toute la réputation poffible.

Francfort tient fur pied neuf compagnies de foldats; deux, à titre de garnifon, & fept, à titre de contingent pour le cercle dont cette ville eft membre. Ce cercle, depuis la fin du fiecle dernier, y convoque fes affemblées ordinaires; & comme il a été dit à l'article CHAMBRE IMPÉRIALE, Francfort fut, en 1495, le lieu du premier fiege de ce tribunal fuprême.

Entr'autres favans & artiftes dont la naiffance fait honneur à cette ville on nomme le théologien Schudt, & les peintres Jean Lingelbach, Abram Mignon & Marie-Sibille Mérian : l'on nomme auffi comme ayant été paffagérement citoyens de Francfort, deux des hommes de nos jours dont la poftérité parlera le plus, à cause du rang & des malheurs de l'un, & à caufe du génie & des chagrins de l'autre ; le premier eft l'empereur Charles VII mort dans cette ville, l'an 1745, dépouillé de fes Etats; & le fecond M. de Voltaire, qui de la part du roi de Pruffe, y fut arrêté & fouillé, l'an 1753, Long, 26. 6. 36. lat. 49. 53.

FRANCFORT SUR L'ODER, Ville d'Allemagne.

CETTE

ETTE ville eft dans le cercle de la haute Saxe, & dans le marquifat de Brandebourg, au diftri&t de Lebus, dont elle eft le lieu principal, occupant d'ailleurs la feptieme place, dans l'ordre des villes de la province, appellée la Moyenne Marche. Elle eft habitée de luthériens & de réfor més, & renferme deux églifes & une école à l'ufage de ceux-là, & une églife & une école à l'ufage de ceux-ci : elle comprend de plus deux fauxbourgs, qui ont chacun auffi leur églife; & l'on voit encore dans fon voifinage les traces d'un fort, jadis élevé pour fa défense. C'est aujourd'hui une ville ouverte, dont l'enceinte eft médiocre, la population pareille, & l'antiquité fort grande. Sur la foi de l'abbé Tritheme, annalifte du XVe. fiecle on la dit fondée par les Francs dans le milieu du fecond, & d'après d'autres chroniques plus fûres, on la croit rebâtie ou agrandie dans le XIII. par des princes de la maifon d'Anhalt, qui régnoient alors dans le pays. L'on fait auffi que depuis plus de 500 ans, l'on y tient des foires annuelles, connues fur-tout des Saxons, des Bohémiens, des Siléfiens, des Hongrois & des Polonois.

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Cette ville à pour environs des côteaux fort rians, & dont quelquesuns même ne fe refusent pas à la vigne; & elle a pour avantage très

prochain & très-considérable, le cours de l'Oder qui la baigne, & qui, navigable au-deffus comme au-deffous de fes murs, en facilite beaucoup le commerce: auffi fut-elle autrefois comptée parmi les anféatiques, & déjà dans le XIII. fiecle elle jouiffoit de l'étape. Quelques-uns prétendent aussi qu'elle fut du nombre des impériales; mais cet honneur ne lui eft pas mieux affuré, que celui d'avoir été affiégée, & de n'avoir pû être prise, en 1348, par quinze princes de l'empire, commandés, dit-on, par l'empereur Charles IV, en perfonne. Cet empereur ne fut jamais grand guerrier, & l'on n'ignore pas qu'à cette époque, il eut moins recours aux armes qu'aux largeffes, pour gagner à foi l'électeur de Brandebourg, dont véritablement il lui importoit d'avoir le fuffrage; l'influence de cet électeur ayant fur-tout contribué à donner à Charles le brave Gonthier de Schwartzebourg pour concurrent à l'Empire. Mais enfin, fameufe ou non dans les anciens temps, Francfort fur l'Oder a d'autres droits à l'attention des modernes. Sans parler des malheurs qu'au fiecle paffé elle eut à partager avec bien d'autres pendant la guerre de trente ans, & de ceux qu'elle peut avoir effuyés de la part des Ruffes, dans les derniers troubles de l'Allemagne, la bataille de Cunerfdorff s'étant prefque donnée fous fes murs, l'on peut dire que la réputation de cette ville éclate principalement dans l'univerfité dont elle eft fiege, & dans les favans hommes qu'elle a produits. Cette univerfité fondée, l'an 1506, par l'électeur Joachim I, eft à la fois bien riche & bien privilégiée, & par conféquent bien fervie. A l'honneur des mufes dont les faveurs, comme on fait, ne font pas toujours confondues ni avec l'opulence, ni avec les dignités, ni avec les quartiers de nobleffe, l'univerfité de Francfort a rang parmi les grands chapitres; elle a une jurifdiction étendue, & elle poffede de belles terres, & une bibliotheque nombreufe. Les évêques de Lébus qui prirent fin, l'an 1555, en avoient été nommés les chanceliers & confervateurs perpétuels; après eux les électeurs de Brandebourg n'en ont pas dédaigné les titres, & aujourd'hui c'est toujours le roi de Pruffe qui les porte. Son corps académique eft compofé d'un recteur, d'un directeur, & d'un certain nombre de profeffeurs répartis dans les quatre facultés; chacune de ces facultés a fon doyen; & l'univerfité forme de plus deux colleges, auxquels préfide le recteur, affifté d'un fyndic, d'un tréforier & de deux fecrétaires. Le premier de ces colleges s'appelle le concile; il eft compofé de profeffeurs ordinaires & non d'extraordinaires, & il traite les affaires générales. Le fecond s'appelle l'office académique; il n'eft compofé que du recteur & de fes officiers, & c'eft celui qui adminiftre la juftice. A cette univerfité, le grand électeur Fréderic Guillaume joignit, en 1671, une académie équeftre, où l'on enfeigne les exercices convenables à la jeune nobleffe, & à P'ufage de laquelle fut confacré le palais des anciens évêques de Lébus. D'ailleurs il faut dire à la louange des princes du pays, que jamais rien ne fut négligé de leur part de tout ce qui pouvoit donner de l'encouragement

&

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