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comtes, plufieurs de barons, & un bon nombre de gentilshommes, parmi lefquels la maifon de Pannewitz eft la plus ancienne. Celles de Glaubitz, de Mofchen, de Tzifchwitz & de Haugwitz la fuivent de près. Sous la fouveraineté de la Bohême, les états de ce comté tenoient leurs dietes à Glatz dans un hôtel destiné à ces affemblées, mais fous le gouvernement. Pruffien elles ont été jugées fuperflues.

Dans le feizieme fiecle, fous la régence du comte Chriftophe de Hardeck, la doctrine de Hufs fit de grands progrès dans ce pays. Depuis l'année 1560 jufqu'en 1623 la confeffion d'Augsbourg s'y eft maintenue malgré toutes les perfécutions; mais à cette époque tous les miniftres luthériens & les maîtres d'école, au nombre de plus de 120, furent chaffés du pays, & les habitans luthériens ramenés dans le fein de l'églife catholique par promeffe & par force. Un grand nombre d'entr'eux préféra un exil volontaire. Depuis ce temps tout le pays n'a profeffé publiquement que la religion Romaine; mais fous la domination Pruffienne, ceux de la confeffion d'Augsbourg ont été réintégrés dans la liberté de confcience.

Dans les anciens temps cette terre a eu différens maîtres & fur-tout les rois de Bohême. Ladiflas, roi de Hongrie & de Bohême, confentit en 1453, que George Podiebrath, alors gouverneur & depuis roi de Bohême, dégageroit la feigneurie de Glatz des mains de Guillaume de Leuchtenberg, & en 1462, l'empereur, Frédéric III, érigea cette feigneurie en comté, en faveur des fils de ce même roi Podiebrath. Au partage qu'ils firent, Glatz paffa à Henri l'aîné, duc de Munfterberg & de Frankenftein, à qui Ladiflas, roi de Bohême, donna l'inveftiture en 1472, & le confirma dans fes poffeffions. En 1500, les fils de ce dernier vendirent ce comté à leur beau-frere, le comte Albert de Hardeck, au prix de 60,000 couronnes. Le comte Chriftophe de Hardeck l'engagea, en 1534, à Ferdinand, roi de Bohême, qui, à fon tour, l'hypothéqua à Jean de Bernftein. En 1547, elle paffa à Ernefte, duc de Baviere, d'abord à titre d'engagement & enfuite en toute propriété. En 1561 l'empereur Ferdinand s'en remit en poffeffion, & depuis ce temps Glatz eft refté attaché à la couronne de Bohême jufqu'à ce qu'en 1742, Frédéric II, roi de Pruffe en fit la conquête; la couronne de Bohême le lui céda par la paix de Berlin, conclue dans la même année, ainsi qu'à fes héritiers en toute fouveraineté & indépendance. En 1760, ce comté fut pris par les Autrichiens, mais rendu au roi par la paix de Hubertsbourg en 1763.

Le roi de Pruffe, dans fon titre, range ce comté comme un Etat fouverain après la Siléfie, l'Orange, Neuchatel & Valangin, & avant la Guel dres, Magdebourg, Cleves, &c. Les armes de Glatz font trois voies ou lignes couronnées, qui tantôt font de gueules dans un champ blanc, tantôt blanches dans un champ de gueules.

Tant que ce comté étoit fous la fouveraineté de Bohême, il fut gouverné pour toutes les affaires de judicature & l'administration par une ré

gence établie dans fa capitale. Le grand fénéchal y préfidoit, & les appels de fa fentence alloient directement à Prague & de là à Vienne. Sous la domination pruffienne on a pris d'autres arrangemens. Le gouverneur de la capitale a non-feulement l'infpection fur la garnifon, mais il eft encore chargé du maintien du bon ordre & de la fureté publique dans tout le comté. Il doit veiller en même-temps fur les bâtimens royaux & fur la police. Quant à la jurifdiction, ce comté reffortit en matieres civiles à la régence royale de Breflau, & en matieres eccléfiaftiques au grand confiftoire de cette ville. Le tribunal de Berlin reçoit les appellations de l'une & l'autre de ces cours, & les parties peuvent enfuite s'adreffer au roi par voie de fupplique. Les affaires fommaires & de peu de conféquence peuvent être terminées par le fénéchal du comté en fa qualité de judex delegatus, qui eft en même-temps affeffeur à la régence royale & au grand confiftoire de Breflau. Les bureaux des tailles, accifes, domaines, poftes & péages dépendent immédiatement de la chambre des guerres & domaines de Breflau.

Le comté de Glatz fe divife en fix diftricts, qui font les diftri&s de Glatz, de Landeck, de Habelschwerdt, de Hummel, de Wunschelburg & de Neurode.

Glatz eft la capitale du comté, & une fortereffe importante fituée sur la Neyffe. Sa fituation eft inégale & penchée, attendu qu'elle eft bâtie fur la pente d'une montagne, au haut de laquelle fe trouve le château, qui porte aujourd'hui le nom de l'ancienne fortereffe. On découvre dans la plupart des maifons la perfpective de la campagne. L'ancienne fortereffe fe divifoit autrefois en trois parties; favoir le bas, moyen & haut château. Les édifices du bas château, qui font plus près de la ville que les autres, formoient jadis un ganerbinat, dont quelques familles nobles du comté étoient pourvues. Ces gentilshommes prenoient le titre de bourggraves de Glatz & y réfidoient en qualité de grands fénéchaux. Ce bas château a une place d'armes affez fpacieuse environnée de bâtimens, & fes voûtes à l'épreuve du feu peuvent garantir tout ce qu'on y dépofe. Une machine, pratiquée fur une tour près du bas moulin, fournit, l'eau au château; il y a auffi une églife catholique, où le fervice eft interrompu depuis 1745. De ce château on paffe dans le haut, qui eft beaucoup plus élevé & fitué fur le rocher. Il y a trois cours & un puits taillé dans le roc, qui fournit en abondance une excellente eau. Quelques-uns des feigneurs de ce comté ont réfidé dans ce lieu, qui fert aujourd'hui de demeure au commandant. Depuis que Glatz a paffé fous la domination Pruffienne, il s'eft fait à cette ancienne fortereffe des réparations & augmentations confidérables on y a ajouté entr'autres de très-bonnes cafemates, dans lefquelles une garnifon nombreuse peut fe tenir à couvert. Comme on la découvre prefque dans tout le comté, on peut dans l'efpace d'un quartd'heure, au moyen du canon ou du feu, informer tout le pays d'une inva

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fion ennemie. La fortereffe neuve, qui fut conftruite par le roi de Pruffe, eft à l'oppofite de l'ancienne fur la montagne dite Schaferberg, & la riviere de Neyffe les fépare. Il est aifé de fe faire entendre d'une fortereffe à l'autre au moyen d'un porte-voix. La nouvelle, outre le mérite de la régularité & d'une exécution fupérieure, a celui de la fituation la plus avantageufe; on y eft auffi abreuvé par un puits, qu'on a taillé à grands frais dans le roc, & dont l'eau eft fort bonne. Entre l'ancienne & la nouvelle fortereffe, on a pratiqué une éclufe, moyennant laquelle tout le terrein du milieu & une partie des environs peut être inondé. La ville en ellemême est très-forte aujourd'hui, & l'on peut avancer en général, que fous fon nouveau maître elle eft devenue beaucoup plus propre, plus réguliere & plus élégante. On y compte 400 maifons indépendamment de plufieurs fauxbourgs, qui portent les noms de Frankenstein, d'Angel, de marché aux chevaux & de Neulændel. Les jéfuites occupoient l'églife paroiffiale, dans laquelle on révere une image miraculeufe. Le college & le féminaire occupés ci-devant par des jéfuites, font tout près de la paroiffe. En 1742 on a bâti dans la rue de Frankenftein, près de la porte, une églife Luthérienne à l'ufage de la garnifon & des autres habitans de cette religion, Hors de la ville on trouve dans le fauxbourg, nommé le marché aux chevaux, une églife & un couvent des freres mineurs fous le vocable de Notre Dame des fables. Les cordeliers ont un couvent & une églife devant la porte de Frankenstein, où l'on voit auffi un hopital avec une églife. Les fermes des fauxbourgs tombent partie aux gentilshommes & aux bourgeois de la ville, partie aux maifons religieufes. Il y a auffi deux grands moulins royaux, & près du couvent des cordeliers fe trouvent deux grands magafins de grains & de farine avec une boulangerie. Les habitans de la ville font aifés; les bourgeois & manans dépendent du magiftrat. Il y eut anciennement dans ce lieu un bourg appellé Lucca; mais le roi Henri I y fit bâtir la ville de Glatz en 936; cependant différens indices font fufpecter l'authenticité de la charte, que Kahlo a inférée dans les mémoires de ce comté. La ville fut fouvent dévastée & réduite en cendres, parce qu'elle étoit une pomme de difcorde entre les Polonois & les Bohémiens. En 1015 & 1033 elle fut ravagée par des embrafemens fortuits; en 1056 elle fut prife & brûlée par l'empereur Conrad, & les incendies de 1463, 1469 & 1524 ne lui furent pas moins funeftes. Parmi les différens fieges, qu'elle a effuyés, celui de 1622 par l'empereur Ferdinand II & fes alliés fut le plus rude. En 1742 les Pruffiens la prirent par capitulation; les Autrichiens s'en emparerent en 1760.

GLOIRE, f. f. L'éclat de la bonne renommée.

L'ESTIME
'ESTIME eft un fentiment tranquille & perfonnel; l'admiration, ua
mouvement rapide & quelquefois momentané; la célébrité, une renommée
étendue; la Gloire, une renommée éclatante, le concert unanime & fou-
tenu d'une admiration univerfelle.

L'eftime a pour base l'honnête; l'admiration, le rare & le grand dans le bien moral ou phyfique; la célébrité, l'extraordinaire, l'étonnant pour la multitude; la Gloire, le merveilleux.

Nous appellons merveilleux ce qui s'éleve ou femble s'élever au-deffus des forces de la nature ainfi la Gloire humaine, la feule dont nous par lons ici, tient beaucoup de l'opinion; elle eft vraie ou fauffe comme elle.

Il y a deux fortes de fauffe Gloire; l'une eft fondée fur un faux merveilleux; l'autre fur un merveilleux réel, mais funefte. Il femble qu'il y ait auffi deux efpeces de vraie Gloire; l'une fondée fur un merveilleux agréable; l'autre fur un merveilleux utile au monde : mais ces deux objets n'en font qu'un.

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La Gloire fondée fur un faux merveilleux, n'a que le regne de l'illufion, & s'évanouit avec elle telle eft la Gloire de la profpérité. La profpérité n'a point de Gloire qui lui appartienne; elle ufurpe celle des talens & des vertus, dont on fuppofe qu'elle eft la compagne : elle en eft bientôt dépouillée, fi l'on s'apperçoit que ce n'eft qu'un larcin; & pour l'en convaincre, il fuffit d'un revers, eripitur perfona, manet res. On adoroit la fortune dans fon favori; il eft difgracié, on le méprise mais ce retour n'eft que pour le peuple; aux yeux de celui qui voit les hommes en euxmêmes, la profpérité ne prouve rien, l'adverfité n'a rien à détruire.

Qu'avec un efprit fouple & une ame rampante, un homme né pour l'oubli s'éleve au fommet de la fortune; qu'il parvienne au comble de la faveur, c'eft un phénomene que le vulgaire n'ofe contempler d'un œil fixe; il admire, il fe profterne; mais le fage n'eft point ébloui; il découvre les taches de ce prétendu corps lumineux, & voit que ce qu'on appelle fa lumiere, n'eft rien qu'un éclat réfléchi, fuperficiel & paffager.

La Gloire fondée fur un merveilleux funefte, fait une impreffion plus durable; & à la honte des hommes, il faut un fiecle pour l'effacer : telle eft la Gloire des talens fupérieurs, appliqués au malheur du monde.

Le genre de merveilleux le plus funefte, mais le plus frappant, fut toujours l'éclat des conquêtes. Il va nous fervir d'exemple, pour faire voir aux hommes combien il eft abfurde d'attacher la Gloire aux caufes de leurs malheurs.

Vingt mille hommes dans l'efpoir du butin, en ont fuivi un feul au carnage. D'abord un feul homme à la tête de vingt mille hommes détermi

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nés & dociles, intrépides & foumis, a étonné la multitude. Ces milliers d'hommes en ont égorgé, mis en fuite, ou fubjugué un plus grand nombre. Leur chef a eu le front de dire, j'ai combattu, je fuis vainqueur; & l'univers a répété, il a combattu, il eft vainqueur: de-là le merveilleux & la Gloire des conquêtes.

Savez-vous ce que vous faites, peut-on demander à ceux qui célébrent les conquérans? Vous applaudiffez à des gladiateurs qui s'exerçant au milieu de vous, fe difputent le prix que vous réfervez à qui vous portera les coups les plus fûrs & les plus terribles. Redoublez d'acclamations & d'éloges. Aujourd'hui ce font les corps fanglans de vos voisins qui tombent épars dans l'arene; demain ce fera votre tour.

Telle eft la force du merveilleux fur les efprits de la multitude. Les opérations productrices font la plupart lentes & tranquilles; elles ne nous étonnent point. Les opérations deftructives font rapides & bruyantes; nous les plaçons au rang des prodiges. Il ne faut qu'un mois pour ravager une province; il faut dix ans pour la rendre fertile. On admire celui qui l'a ravagée; à peine daigne-t-on penfer à celui qui la rend fertile. Faut-il s'étonner qu'il fe faffe tant de grands maux & fi peu de grands biens?

Les peuples n'auront-ils jamais le courage ou le bon fens de fe réunir contre celui qui les immole à fon ambition effrénée, & de lui dire d'un côté comme les foldats de Céfar:

Liceat difcedere, Cæfar,

Arabie fcelerum. Quæris terrâque marique
His ferrum jugulis. Animas effundere viles.
Quolibet hofte, paras.

Lucan.

De l'autre côté, comme le Scythe à Alexandre: » Qu'avons-nous à démê» ler avec toi? Jamais nous n'avons mis le pied dans ton pays. N'eft-il pas » permis à ceux qui vivent dans les bois d'ignorer qui tu es & d'où

» tu viens? "

N'y aura-t-il pas du moins une claffe d'hommes affez au-deffus du vulgaire, affez fages, affez courageux, affez éloquens, pour foulever le monde contre fes oppreffeurs, & lui rendre odieufe une Gloire barbare?

Les gens de lettres déterminent l'opinion d'un fiecle à l'autre; c'est par eux qu'elle eft fixée & tranfmife; en quoi ils peuvent être les arbitres de la gloire, & par conféquent les plus utiles des hommes ou les plus per

nicieux.

Vixere fortes ante Agamemnona
Multi; fed omnes illacrymabiles
Urgentur, ignotique longa
Noce carent quia vate facro.

Horat.

Abandonnée au peuple, la vérité s'altere & s'obscurcit par la tradition;

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