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marqué de grands égards pour l'honneur du roi ? Et les mesures qu'ils ont prifes par rapport aux affaires de dehors, ont-elles été telles que l'intérêt, & la gloire de la nation Britannique pourroient le demander? On ne peut pas le dire; & fi je ne craignois pas de trop groffir ces mémoires, il me feroit facile de prouver, que je ne leur fais pas tort à cet égard.

Mais ce n'eft pas aux miniftres Whigs feuls, qu'on doit imputer les mécontentemens, que l'on remarque depuis quelque temps parmi les Anglois : d'autres perfonnes y ont auffi contribué, entre lefquels on compte en premier lieu Mr. de Bernstorff, & Mr. de Bothmer, deux des miniftres Allemands, qui pafferent avec le roi en Angleterre, & dont les confeils, à ce qu'on croit, ont eu plus d'influence qu'il n'eut été à fouhaiter pour le bien des affaires de Sa Majefté. En effet, il y a beaucoup d'apparence, comme j'ai déjà remarqué, que ce fut principalement par l'avis de ces deux meffieurs, que le roi à fon avénement à la couronne s'eft tant déclaré en faveur des Whigs au préjudice des Tarys; & comme cette premiere démarche eft regardée avec raifon, comme le principe & la fource de beaucoup de mécontentemens, que l'on voit préfentement parmi les Anglois, on ne doit pas s'étonner fi on blâme tant ceux qui l'ont confeillée. Il feroit difficile, au refte, de dire précisément ce qui a pu induire monfieur de Bernstorff à donner au roi un avis fi peu conforme à la bonne politique; mais ce que je crois devoir remarquer à l'égard de ce miniftre, c'eft qu'avant qu'il paffat avec le roi en Angleterre, il n'étoit que fort médiocrement inftruit des affaires de ce pays-là, ou pour mieux dire, il n'en favoit que ce qu'il avoit tiré des informations très-partiales de fon beaufrere Mr. Schutz & de Mr. Robethon; deforte qu'arrivant en Angleterre plein de préjugés, il n'étoit pas fort furprenant qu'il prît le moins bon parti, ni qu'il confeillât au roi de fe fier uniquement aux Whigs, comme aux feuls Anglois, qui fuffent bien intentionnés pour la maifon de Hanover on n'étoit pas furpris, dis-je, de voir que Mr. de Bernftorff fe fût d'abord conduit de cette maniere; mais qu'il ait perfifté dans fes préventions après toutes les occafions, qu'un fejour de trois ou quatre ans en Angleterre, lui a pu fournir de fe mieux informer, qu'il ait continué d'être fous la direction, pour ainfi dire, d'un homme comme Mr. Robethon, & qu'il ait approuvé les mesures violentes & précipitées des chefs du parti Whig, c'eft ce qu'on ne peut pas fi bien concilier avec le caractere d'un miniftre habile & éclairé, tel qu'on nous a toujours dépeint Mr. de Bernstorff.

Quant à Mr. de Bothmer il avoit eu de bonnes occafions de connoître l'Angleterre, avant que le roi y paffat mais il femble qu'il en ait peu profité. Et, foit qu'il ait manqué de pénétration, foit qu'on lui ait fait fentir la force de quelques motifs fecrets, comme fes ennemis ont publié, il eft certain, qu'il contribua beaucoup, par fes confeils, à faire mettre le gouvernement de Sa Majefté fur ce pied partial dont j'ai parlé, & par conféquent, on croit qu'il eft en quelque maniere refponfable, auffi bien que

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Mr. de Bernstorff, de tous les mécontentemens, & de tous les defordres qu'une telle démarche devoit naturellement produire parmi les Anglois.

Mr. le baron de Goertz fut auffi un des miniftres Allemands, qui pafferent avec le roi en Angleterre; mais fes fentimens furent bien différens de ceux de fes deux collegues. Et quoique les confeils modérés qu'il donna, n'aient pas été fuivis, on doit pourtant s'en fouvenir à fon honneur, & à fa gloire, & à la honte de ceux qui les ont fait rejetter, & qui ont inventé & debité mille infames calomnies, pour décréditer un fi digne miniftres dans l'efprit de fon maître.

Pour ce qui regarde les autres perfonnes, qui accompagnerent le roi en Angleterre, il s'en eft trouvé de l'un & de l'autre fexe, dont la conduite a été blâmée, & qui non feulement, à ce qu'on prétend, fe font donné de grands airs, qui ne leur convenoient point; mais qui ont aussi, abusé du crédit qu'ils avoient auprès de Sa Majefté; en faifant conférer des titres, & des emplois, à ceux qui leur en payoient de l'argent, & on ne peut pas douter, que la nation Angloife en général n'ait été fort scandalisée d'un tel trafic. Cependant, ce qui à mon avis peut en quelque forte excufer la conduite des Allemands & Allemandes à cet égard, c'eft la maniere baffe & fervile, dont on leur a fait la cour en Angleterre. En effet, n'eft-ce pas affez pour faire tourner la tête à des gens qui ne faifoient qu'une figure affez mince chez eux, de fe voir tout d'un coup tranfportés dans un Pays, où ce qu'il y a de plus diftingué, foit pour le rang, foit pour la qualité, rampe devant eux, & où on s'empreffe à l'envi de gagner leurs bonnes graces, par toute forte de careffes & de préfens. Faut-il s'étonner, fi un valet-de-chambre, ou même une perfonne plus confidérable, s'oublie dans une telle fituation? Faut-il s'étonner, fi une petite réfugiée s'imagine être quelque chofe, lorfqu'elle voit journellement chez elle les premiers pairs du royaume, qui lui témoignent les plus baffes complaifances, & qui lui parlent fans ceffe de fon grand mérite, & de la bonne opinion que le roi & les miniftres ont de fon mari? Pour moi, quand je confidere jufques à quel point on s'eft proftitué à cet égard, je ne fcaurois, je l'avoue tant blâmer la conduite peu modefte & intereffée de quelques étrangers & étrangeres, qui font venus dans la fuite du roi; il me femble, qu'on doit plutôt détefter ces efprits flatteurs, & mercenaires parmi les Anglois, qui fe font fervi fi honteufement de toutes les voies, capables d'infpirer aux bonnes gens de Hanover la vanité & la corruption.

J'aurois pu déduire toutes ces chofes plus au long; j'aurois pu ajouter quelques autres caufes des mécontentemens des Anglois; mais je veux efperer, , que ce que j'en ai dit fuffira, pour convaincre toute perfonne équitable & défintéreffée, que ce n'eft pas fans raifon, qu'on fe plaint en Angleterre des mefures qui ont été prifes depuis l'avénement du roi à la couronne. Je veux efpérer, que le roi lui-même fera perfuadé que fes

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miniftres, tant Anglois qu'Allemands, lui ont donné des confeils qui n'étoient pas les plus convenables à fes intérêts, & que, pour remédier aux défordres caufés par de tels confeils, une conduite différente de celle qu'on a tenu jufques ici fera néceffaire. Pour peu que Sa Majefté fe serve de fes fumieres, & de fon bon difcernement, elle trouvera, je m'affure, qu'ils n'étoient, ni pour fa gloire, ni pour la tranquillité de fon regne, de fonder fon gouvernement fur une partie de fes fujets à l'exclufion des autres; & que fes miniftres, en confeillant cette démarche, aufli bien par les autres mefures, dont j'ai parlé dans ces mémoires, ont facrifié les intérêts de leur patrie à leurs paffions, & à leur ambition.

GERMANI E.

LA
A Germanie fut connue fous cette dénomination avant d'avoir eu des
relations avec les Romains; ainfi c'eft une erreur de prétendre trouver
l'étymologie de fon nom, dans la langue latine. Les Germains fe glori-
fioient d'être indigenes, c'eft-à-dire, d'être fortis du fein de la terre qu'ils
habitoient. Man, fils de Tuifton, premier né de cette mere commune, eut
plufieurs enfans qui donnerent leur nom aux Ingenoves, aux Hermiones
& aux Iftenoves, que les Marfes, les Gambres, les Sueves & les Van-
dales reconnoiffoient pour leurs ancêtres. Quand on refléchit fur les in-
clinations belliqueufes de ces peuples, on a droit de croire que le nom
de Germaine eft compofé du mot Ger & de celui de Man, qui fignifie
homme de guerre. Il eft bien difficile de déterminer les bornes de cette
région, parce que l'étendue occupée par les différentes tribus, dépendoit
de leurs défaites ou de leurs victoires. La nation triomphante envahiffoit
les poffeffions des vaincus, & fouvent le plus foible fe rangeoit fous le
drapeau de celui qui pouvoit le protéger ou qui lui paroiffoit le plus re-
doutable. Les anciens écrivains font fouvent mention d'un même peuple
fous différens noms, fans marquer les limites qui le féparoient de fes voifins,
Comme aucune ville n'avoit un diftrict certain, l'étendue des poffeffions
d'une nation étoit auffi mobile que fa fortune. En général, on s'eft fervi
des mers, des fleuves & des montagnes, pour affigner à chaque canton des
bornes naturelles. Malgré cette viciffitude, on eft convenu de donner le
nom de Germanie à tout le pays qui fe rend des rives de la Viftule, à
celles du Rhin d'orient en occident, & des extrémités de la mer Baltique,
jufqu'au Danube, du nord au midi.

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On confond quelquefois les Sarmates avec les Germains; parce que ceux-ci en firent la conquête. Ainfi la Germanie renfermoit la Pruffe, la Pologne, une partie de la Hongrie, l'Allemagne proprement dite, une

partie de la Scandinavie, le Danemarc, les Provinces-Unies, les Pays-Bas, la Flandre, la Lorraine, l'Alface & la Suiffe.

Il eft impoffible de déterminer de quelles contrées partirent les premieres colonies qui vinrent y fonder des établiffemens. Ceux qui font voyager les enfans de Gomer, jufqu'à l'extrémité du globe, dans un temps où la terre couverte de bois n'avoit point de routes tracées, croient voir en eux les ancêtres des Germains. Les favans font partagés fur l'origine de ce peuple. Les uns prétendent que les Gaulois ont peuplé la Germanie, & d'autres affurent que des colonies, forties des extrémités du nord, fe font répandues dans les Gaules & dans l'Espagne. Il est plus vraisemblable que tous ces peuples étoient Celtes d'origine, comme on en peut juger par la conformité de leur religion & de plufieurs de leurs ufages. Il eft plus effentiel de faire connoître leur légiflation & leurs mœurs. C'eft des peuples fauvages que les nations policées doivent prendre des leçons pour fe rapprocher de

la nature.

Les mœurs des Germains leur tenoient lieu de loix. Tous les enfans recevoient une éducation guerriere. L'amour de la patrie étoit le premier fentiment qu'on tâchoit de leur infpirer. Deftinés à vivre dans un état perpétuel de guerre, on allumoit leur courage, en leur rappellant fans ceffe la gloire de leurs ancêtres, morts pour la défenfe de la patrie, & dès qu'ils commençoient à fe connoître, ils ne diftinguoient plus leurs intérêts de ceux de cette mer commune; les armes qui avoient fervi aux braves guerriers, étoient une récompenfe dont on honoroit la valeur naiffante, & qui infpiroit l'émulation de leur reffembler. Les femmes s'élevant au-deffus des foibleffes de leur fexe, s'armoient du bouclier & de l'épée pour venger la mort de leurs peres, de leurs époux & de leurs enfans. Enfin la patrie étoit regardée comme une mer affectueufe & bienfaifante dont l'ambition généreuse follicitoit les regards. Chaque pere de famille étoit monarque dans fa maison. Législateur & miniftre de la loi, il pouvoit infliger peine de mort à fa femme convaincue d'adultere. Il y eut peu d'exemples de ces vengeances barbares, parce qu'il y eut peu de femmes coupables. Une éducation laborieufe & févere affuroit l'innocence des mariages. Les filles élévées, par des meres vigilantes, menoient une vie active qui les fortifioit contre la féduction. On leur donnoit pour dot des armes dont elles fe fervoient avec gloire, des bœufs & des chevaux pour les befoins domeftiques. Les veuves, conftantes dans leur premier amour, paffoient rarement dans les bras d'un nouvel époux. Il y avoit même quelques tribus où les fecondes noces imprimoient la flétriffure d'incontinence. La poliga mie étoit autorisée par la loi. Mais peu ufoient d'un privilege qui eft un attentat contre la nature, & qui en variant les plaifirs multiplie les befoins. L'on n'avoit recours à l'indulgence de la loi, que quand la premiere femme étoit frappée de ftérilité. La haute idée que les Germains avoient d'eux-mêmes, avoit introduit cet ufage, & ils croyoient ne pouvoir dé

dommager

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dommager la patrie de leur perte qu'en créant des hommes nouveaux pour la défendre. Le premier devoir des meres étoit d'allaiter leurs enfans & l'on eut regardé comme une marâtre celle qui par l'intérêt de fa beauté ou de fes plaifirs fe fut difpenfée de cette obligation impofée par la nature. Une vie active, l'ignorance des commodités recherchées les rendoit infatigables & leur procuroit des enfantemens fans douleur. Le nouveau né étoit plongé dans un fleuve ou dans une fontaine d'eau vive, & en devenant citoyen du monde, on lui apprenoit à fupporter les fouffrances qui font l'appanage de l'humanité. Les champs n'avoient point de poffeffeurs privilégiés. La terre leur paroiffoit le domaine de tous, & c'étoit dans l'affemblée nationale qu'on affignoit à chaque famille la portion qui fuffifoit à fes befoins. C'étoit ainfi qu'en détruifant l'intérêt perfonnel, on prévenoit cette baffe cupidité qui enfante les vices & les crimes: il eft vrai que l'induftrie, manquant d'alimens n'étoit point excitée par l'espoir des récompenfes. La qualité de bon foldat étoit plus honorée que l'affemblage de tous les talens.

Le gouvernement de la Germanie n'étoit point uniforme. Chaque canton avoit fa police particuliere; des hommes qui vivoient dans une indépendance réciproque les uns vis-à-vis des autres, laiffoient aux dieux le foin de punir les offenfes particulieres & les délits publics. Les miniftres facrés, qui préfidoient aux délibérations de la nation affemblée, avoient feuls le droit exclufif d'infliger des peines aux coupables; quoique la loi fut fort indulgente & modérée dans les châtimens, il étoit des fautes qu'on puniffoit avec plus de févérité que des crimes. Les traitres & les déferteurs étoient condamnés à la mort. La lâcheté étoit regardée comme un attentat contre la patrie, & celui qui en avoit laiffé appercevoir quelque témoignage, étoit traîné dans la fange, dont la fouillure étoit le fymbole d'un cœur vil & flétri. Des châtimens fi féveres femblent contradictoires avec l'indulgence de la loi pour l'homicide qui étoit expié par une fimple amende de bétail. Cet abus avoit fon principe dans l'idée qu'il étoit plus glorieux d'être fon propre vengeur que d'attendre une réparation d'un arbitre. La vengeance d'une injure étoit regardée comme le témoignage d'une ame fiere & généreufe: ce préjugé entretenoit le courage national, & souvent prévenoit les offenfes. La loi, dans ces fortes de cas, autorifoit les combats particuliers, & celui qui en fortoit vainqueur étoit réputé innocent, parce qu'on étoit perfuadé que les dieux favorifoient toujours le parti le plus jufte. Cette façon de juger a été une erreur commune à tous les barbares. Les Germains, fimples dans leurs mœurs, fe livroient rarement aux crimes que le luxe a introduit chez les peuples policés. Quand on eft fans befoins, on eft fans tentation. Mais quand une fois ils fortoient des bornes du devoir, leurs écarts étoient des atrocités. Les nations civilisées mettent de la modération dans le crime. Tout eft excès chez le barbare.

Les Germains, comme le refte
Tome XX.

des hommes, étoient un mélange de Ddd

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