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» à l'envi la France, pour acquérir le >> droit de la gouverner? Seroit-ce » dans ces fiècles de Féodalité, qui ne » connoiffoient d'autre droit que la

force, où le Royaume reffembloit » à un vafte champ de bataille, & » réuniffoit toutes les horreurs du def » potisme & de l'anarchie? Seroit-ce fous ces Rois, qui, difputant à l'an» cien ennemi de la Monarchie leurs >> Provinces défolées, voyoient la > France livrée aux ravages d'une » guerre civile à la fois & étrangère? » Seroit-ce dans le temps où l'Italie » devenue le théâtre des guerres & le » centre de la Politique, abforboit nos » tréfors & engloutiffoit nos armées ? Seroit-ce fous ces regnes où une fecte rebelle & fanguinaire, fière d'avoir » mis en feu toute l'Europe, renver>> foit nos autels & ébranloit le trône ? » Seroit-ce enfin dans le fiècle auquel » LOUIS XIV a donné son nom; fiècle » plus brillant peut-être, mais moins » heureux que le nôtre, qui com»mença par les troubles, & finit par

les calamités? De tous les temps de » la Monarchie, le regne de Louis XV

» eft celui où il a été le plus heureux » d'être François; le feul où nos campagnes n'aient été ravagées ni par » les guerres inteftines, nipar les inon»dations d'armées étrangères. Les na» tions dont vous enviez le fort, ont>>elle joui pendant le même temps du » même bonheur? Ce n'eft point par des » avantages on des inconvéniens paf» fagers & de détail, que je juge l'ad» miniftration d'un grand Royaume ; » c'est par l'ensemble, & fur-tout par les réfultats. Une multitude de nou>veaux citoyens ajoutés à la popula » tion, voilà les témoins de la fagefle » & de la bienfaifance de mon Roi. De

vaftes plaines autrefois infertiles, >> maintenant couvertes de riches » moiffons; en voilà les fruits. Enfin » veut-on encore qu'il fe foit gliffé » dans le gouvernement quelques

abus LOUIS fut homme; il put » payer le tribut commun à l'huma»nité il fut Roi, & tout ce qui >> approche des Souverains, s'ef» force de les environner d'erreurs «. Vous conviendrez, Monfieur , que la manière dont M. l'Evêque de Lan

gres interroge ici les détracteurs du regne de Louis XV fur le fiècle où ils auroient préféré de vivre, eft un tour très-ingénieux; mais peut-être lui objectera-t-on que ce morceau, quelque brillant qu'il foit, n'eft cependant fondé que fur un fophifme. Ceux que l'illuftre Prélat interroge pourroient lui répondre, que, s'ils euffent préféré d'exifter dans le dixhuitième fiècle, ç'eut moins été par égard pour le Monarque qui gouvernoit à cette époque, qu'à caufe du fiècle lui-même, que le progrès des lumières, que des moeurs plus douces, qu'une Police plus fage & plus perfectionnée, que l'invention des Arts utiles & agréables ont rendu fupérieur & préférable en effet aux fiècles d'ignorance & de barbarie fous lefquels ont vêcu nos ayeux; ils lui répondroient que les Charlemagnes, les Saint Louis, les Charles V, les Louis XII, les Henris IV, étoient auffi des Princes dont la bonté, la fageffe & les vertus étoient également propres à rendre la Nation heureufe; que cependant ils n'auroient pas defiré de

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vivre fous le gouvernement de ces bons Rois , par la feule raison que leurs fiècles ne valoient pas le nôtre. Au rette, ce léger défaut d'exactitude qui feroit juftement répréhenfible dans un Historien, se pardonne aifé-, ment à un Orateur. L'éloquence n'est pas refferrée dans les mêmes entraves que l'Hiftoire ; elle a fes licences comme la Poëfie.

M. l'Evêque de Langres commence la feconde Partie de fon Difcours par une expofition rapide des principaux évènemens, militaires & politiques du regne de Louis XV. Il repréfente ce Prince toujours occupé,jufques dans le fein de la victoire, du foin de procurer la paix à l'Europe. Envain tous les Royaumes voifins s'embrafent des feux de la guerre; Louis eft ferme dans la réfolution qu'il a prife de tenir écarté de ses Etats ce fléau destructeur. » Voyez, aux confins de l'Afie, » deux vastes Empires s'ébranler, & » précipiter aux combats d'innombra»bles armées. Les rayons que le foleil »lance far l'Europe, n'éclairent que » des batailles & des champs couverts

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de carnage plus avant, les pavillons font tendus, les étendarts dé»ployés de l'Elbe au Danube; quatre » cens mille guerriers attendent en » fufpens le redoutable fignal des vic»toires. Au milieu de l'agitation de » tant de peuples, la fageffe de Louis » maintient tout le couchant de l'Eu»rope dans une fécurité profonde. Politiques du fiècle, euffiez-vous, » defiré qu'à ce grand avantage il » préférât la gloire inutile & incer-, »taine de conferver à la Pologne tou»tes fes Provinces ?. Politiques témé»raires, ouvrez les yeux; voyez en » ce moment une révolution inatten» due changer la face de l'univers, & » une nouvelle balance de pouvoir » s'établir entre les Empires. L'Europe s'agrandit; de nouveaux Royaumes » fe forment ou se joignent au systême » politique. Au nord de l'Allemagne » s'établit enfin ce contre-poids que » n'avoit pu fixer le génie de Riche» lieu. Plus heureux que Gustave» Adolphe, Frederic jette dans l'Em-. »pire les fondemens d'une puiffance >> auffi redoutable & plus folide. Des

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