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» font toutes en vers héroïques, de » la même mefure que nos vers burlefques Anglois. En revanche, le vers burlesque François eft le même » que le vers héroïque Anglois de dix fyllables. La coutume eft caufe qu’» une Nation affocie des idées de gra»vité, de fublime & de férieux, à »telle mefure à laquelle un autre Peu»ple joint tout ce qui eft gai, comique & enjoué. Rien ne paroîtroit plus abfurde, en Anglois, qu'une » Tragédie écrite en vers Alexandrins » & en François, qu'un ouvrage de » cette nature en vers de dix fyllabes.

» Un Artiste éminent peut faire » une révolution confidérable dans » les modes établies pour chacun de »ces Arts, & introduire un nouveau » goût de Poëfie, de Mufique ou d'Ar

chitecture. Comme l'habit d'un homme aimable & d'un rang dif» tingué porte fa recommandation, » & que, tout fantafque & fingulier » qu'il peut être, il trouve bientôt » des admirateurs & des imitateurs » de même les perfections d'un grand » Maître accréditent ce qu'il a d'original, & fa manière devient le style

» dominant dans l'Art qu'il exerce. »M. Pope & le Docteur Swift ont in»troduit une nouvelle manière dans » toutes les Poëfies rimées qui ont >> paru depuis eux, l'un dans les grands » vers, l'autre dans les petits. La fi»neffe de Butler a fait place au na» turel de Swift; la liberté vagabonde » de Dryden, & la correcte, mais fou» vent ennuyeufe & profaïque lan» gueur d'Adiffon, ne font plus des » modèles. Tous les grands vers font » actuellement écrits d'après la ner» veufe précision de M. Pope. «<

Enfin, l'auteur Anglois expofe, dans la fixième & dernière Partie de fa Théorie des Sentimens, les divers fyftêmes de Philofophie morale, imaginés par les Anciens & les Modernes. Il les rapporte tous à deux queftions: la première, en quoi confifte la Vertu; la feconde, quel pouvoir ou faculté de l'ame nous fait gouter ou eftimer le caractère vertueux. Cette fixième Partie contient des difcuffions fçavantes & pleines d'une excellente critique; M. Smith y fait voir que tous les fyftêmes de morale qui ont

la

eu quelque célébrité, reffortiffent à quelqu'un des principes qu'il a développés dans le cours de fon Livre. La nouveauté des obfervations, la jufteffe des raisonnemens profondeur des idées, ne font pas, Monfieur, le feul mérite qui distingue cette utile production. L'auteur a le talent rare de rendre fenfibles les vérités les plus abftraites de la Métaphyfique, & de les traiter, nonfeulement avec clarté, mais avec une éloquence vive & animée qui les peint, pour ainfi dire, à l'imagination. Une autre forte de mérite.

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plus eftimable encore, c'est que tout y refpire l'honnêteté la vertu l'amour des devoirs. Le plus grand éloge, en un mot, qu'on puiffe en faire, eft ce que le Traducteur en dit lui-même dans fa Préface: De tous les ouvrages que j'ai lús, il n'y en a point qui m'ait donné tant d'envie de devenir meilleur.

Je fuis, &c.

A Paris ce 6 Novembre 1774.

LETTRE

LETTRE

I I I.

Les Droits de la vraie Religion, fou tenus contre les Maximes de la nouvelle Philofophie ; par M. l'Abbé Floris. Première Partie; deux volu mes in-12 d'environ 300 pages chacun. A Paris, chez Charles-Pierre Berton Libraire rue Saint Victor, vis-à-vis le Séminaire de Saint Nicolas.

VOUS

Tous le fçavez, Monfieur, le but que nos grands Philofophes d'un jour le font propofé dans leurs Ecrits, eft d'établir une indifférence abfolue pour toute efpèce de Culte & de Religion. Afin d'y parvenir, » on a rappellé, dit M. l'Abbé Floris, » des Religions abfurdes dans le def » fein de les excufer, & de les op. » pofer à la nôtre. On s'eft tû fur les » preuves du Chriftianisme quand on » n'a pû y répondre; on a voulu en comprendre toutes les parties, ou ANN. 1774. Tome VII. C

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» n'en rien admettre; comme fi la » vérité pouvoit être rejettée, parce » qu'on s'obftine à fuppofer faux ce » qui n'eft point encore connu! On en » a fait dépendre l'admiffion d'un exa» men impoffible; on l'a mis en con» tradiction avec les climats, les bon»nes Loix, les divers Gouverne» mens. Pour affoiblir un avantage » qu'on ne pouvoit lui contester, on » a effayé de trouver toute fa morale » & fes maximes dans les Loix & les Livres des Sages & des Philofophes » payens; enfin, on a rangé la Reli»gion Chrétienne parmi les autres » inftitutions religieufes, dûes à l'o» pinion où à l'impofture, dont on n'a » diftingué le Chriftianifme que par »fes prétendus inconvéniens., De-là » on a conclu que les différentes Re

ligions du monde ne devoient pas » être exclues & réprouvées par la » nôtre, qui, au contraire, devoit fe » placer à côté d'elles, fans aucune

prétention à des titres exclufifs ; & » l'on a décidé que les Peuples, attachés à quelqu'une de ces fauffes Re »ligions, ne pouvoient en découvrir

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