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n'avoir pas fait ces Contes. Il en » demanda pardon..... Allons, du "moins les Rigoriftes les plus durs » feront grace à ses vers en faveur de » fon repentir. Bon la Fontaine! je ne parlerai pas de tes Contes. Je fuis trop preffé de parler de toi. « On voit que M. de la Harpe, dans ce morceau, a affecté de répéter le mot de Contes pour faire le bon homme. Parlerai-je de ces Contes? Je répugne à m'occuper de ces Contes; il n'auroit pas voulu les avoir faits, ces Contes, Allons, bon la Fontaine, ne te chagrine pas; cela t'a fait de la peine : Eh bien! Je ne parlerai pas de ces Contes; je fuis trop preffé de parler de toi, &c. Eft-il concevable qu'on puiffe prendre un ton auffi gauche ? Ne rappelle-t-il pas, malgré qu'on en ait, la Fable du petit chien & de l'âne qui donne la patte? Mais ne craignez rien, M. de la Harpe; j'imiterai la générosité que vous avez pour le bon La Fontaine ; je ne vous réciterai point cette Fable; je répugne à vous entretenir de cette Fable. Vous voudriez qu'elle ne fût pas faite, cette Fable.. Cela vous fait de la peine; allons

allons, je ne parlerai plus de cette Fable. Je fuis trop preffé de ne plus parler de vous.

Je reviens fur. un endroit de cet Eloge où M. de la Harpe peint la Fontaine comme un enfant préoccupé de fes jeux qui s'intéresse bonnement à Jeannot-Lapin & à Robin-Mouton, qui eft leur concitoyen, leur ami, leur confident, &c. Je fçais que c'eft l'idée générale qu'on a de la Fontaine; elle est fauffe; M. de la Harpe ne s'eft point garanti de ce préjugé. Je vois dans la Fontaine, non un enfant, mais un homme fait, un grand Penfeur, un Moralifte fublime, en un mot, un Philofophe auffi profond dans fon genre que Molière l'eft dans le fien. Les diftractions du Fabulifte & le férieux du Poëte comique, il faut précifément les attribuer à cet efprit d'examen & de méditation qui ne les quittoit prefque jamais.

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Je reçois dans le moment le Difcours de M. de Champfort. J'en rendrai compte dans l'une de mes premières Feuilles.

Je fuis, &c.

A Paris, ce 4 Novembre 1774.

LETTRE II.

Théorie des Sentimens Moraux ; traduction nouvelle de l'Anglois de M. Smith, ancien Profeffeur de PhiloSophie à Glafcow; avec une Table raifonnée des matières contenues dans l'ouvrage; par M. l'Abbé Blavet Bi bliotecaire de Mg. le Prince DE CONTY; deux volumes in-12 d'environ 300 pages chacun; à Paris chez Valade Libraire rue S. Jacques.

CET

ET ouvrage a déja eu, Monfieur, trois Editions en Angleterre; la premièré en 1758, la feconde en 1761, la troifième en 1767; la traduction que je vous annonce eft la feconde qui ait été faite en France. La première a paru en deux volumes in-8° chez Briaffen; mais l'existence de cette première verfion n'étoit point venue à la connoiffance de

M. l'Abbé Blavet, lorfqu'il entreprit la fienne. Le Public lui fçaura gré de l'avoir ignorée.

Cette production Philofophique eft 'divifée en fix Parties. M. Smith traite dans la première de la Convenance des actions & du fentiment qui nous la fait appercevoir. Le Traducteur n'a point trouvé dans notre Langue d'autre mot que celui de Convenance, pour rendre l'expreffion Angloife Propriety, qui marque dans la plus grande étendue ce qui fait qu'une action eft convenable, faite à propos, & telle que les circonftances l'exigent. L'auteur Anglois établit pour bafe de fon fyftême une obfervation qu'il a faite fur la nature de l'homme: c'eft qu'il renferme évidemment, dans fa conftitution, des principes qui l'intéreffent au fort de fon femblable, & qui lui font partager ou fes plaifirs ou fes peines. De ce genre eft la pitié, la compaffion, ou cette émotion que nous fentons pour les malheurs d'autrui, foit qu'ils frappent nos yeux, foit qu'ils nous foient vivement re

préfentés.

préfentés. Ce fentiment n'eft pas relégué dans les feuls cœurs humains & vertueux; le plus grand fcélérat, le violateur le plus endurci des loix de la Société, n'en eft pas entièrement privé. Comme nous n'avons pas l'expérience immédiate de ce que fentent les autres hommes, nous ne pouvons nous former une idée de la manière dont ils font affectés, qu'en imaginant ce que nous fentirions à leur place. Tant que nous ferons à notre aife nos fens ne nous inftruiront jamais de ce que fouffre un homme actuellement appliqué à la Question; la por.. tée de nos fens ne peut aller plus loin que notre individu, & c'eft par l'imagination feule que nous pouvons avoir une idée des fenfations de ce malheureux. Or l'imagination n'a d'au-` tre moyen pour nous les faire concevoir, que de nous repréfenter quelles feroient les nôtres dans les mêmes circonftances. Elle commence par nous mettre à la place du Patient: alors nous nous figurons endurer les mêmes tourmens, & nous fentons même, quoique dans un degré plus foible, quelque ANN. 1774. Tome VII. B

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