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qni en étoient les auteurs étoient foutenus & enconragés par des ligue: & des conferations illégales, que les fujets de S. M. avoient formées dans quelques-unes des autres colonies, & qu'en conféquence its prioient S. M. de prendre les mesures les plus efficaces pour faire rendre par Force aux loix & à l'autorité du pouvoir l'gislatif fuprêPobliance qui leur eft due. Peu de tems après, la communication du commerce fut interdite aux colonies par un acte du parlement, tant entr'elles qu'avec les pays étrangers; un autre afte fut renda peu après pour exclare entierement quelques-unes d'entr'elles de la pêche dans les mers qui baignent leurs propres côtes, & dont elles ont toujours tiré leur fubfiftance, & l'on envoya immédiatement après au général Gage des renforts confidérables de troupes & de vaiffeaux.

Toutes les prieres, toutes les raifons furent infructueufes. Vainement un parti illuftre, compofé des membres les plus diftingués de la chambre des feigneurs & de celle des communes, voulut défendre, avec autant de générofité que de courage, la justice de notre caufe, & déploya fon éloquence pour arrêter ou du moins pour adoucir la fureur aveugle avec laquelle on accumuloit contre nois tant d'outrages ino.is. Vainement les cités de Londres, de Bristol & plufieurs autres villes refpectables vouJurent intercéder en notre faveur. Le parlement adopta une mance ivre infidieufe, propre à nous divifer, & tendante à établir une enchere perpétuelle de taxe, à laquelle les colonies fe prêteroient l'une aux dépens de l'autre fans qu'aucune d'elles fçût à quel prix elle pourroit racheter fon exilence: par-là on vouloit nous extorquer, la bayonnette fur la gorge, les fommes indéfinies que pourroit exiger la rapacité infatiable du miniftere, en feignant d'avoir pour nous la miférable complaifance de nous laiffer les maitres de la maniere de lever le tribut qu'on nous auroit impofé. Quelles conditions plus dures & plus humiliantes des conquérans inhumains pourreient-ils dicter à leurs ennemis abattus? Dans notre fitaation, accepter ces conditions ce feroit les mériter.

Ce continent étoit à peine inftruit de ces procédés, que le général Gage, qui, pendant le cours de l'année derniere, avoit pris pofeffion de la ville de Bɔfion dans la province de Maffachufett-Bay, & qui l'occapoit encore comme une place de garnifon, fit fortir de cette ville un gros détachement de fon armée, qui, fans y être provoqué, attaqua avec violence les habitans de la proyince dans la ville de Lexington, ainfi qu'il a été contaé

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par les dépofitions d'un grand nombre de perfonnes, & par celles mêmes de quelques officiers & foldats de ce détachement, qui massacra huit habitans, & en blesa plufieurs autres. Delà ces troupes marcherent en ordre de bataille vers la ville de Concord, où elles fe jetterent fur une autre partie des habitans de la province, en tuerem plufieurs, & en blefferent un nombre encore plus confidérable, jufqu'à ce qu'elles fe virent forcées à fe retirer par le peuple de la campagne, qui s'affembla subitement pour repouffer cette cruelle attaque.

Les hoftilités, entamées ainfi par les troupes de la Grande-Bretagne, ont été continuées depuis ce moment, fans égard pour la bonne foi, ni l'opinion publique. Les habitans de Bofion fe voyart enfermés dans la ville par le général, leur gouverneur, & ayant fait un accord avec lui, pour fe procurer la permiffion d'en fortir, il fut ftipulé que ces habitans, après avoir dépofé leurs armes entre les mains de leurs propres magifirats, auroient la Tiberté de fe retirer, & d'emporter avec eux le refte de leurs effets, Se repofant fur la foi de cette convention, ils remirent leurs armes; mais, au mépris de cette convention & des loix de l'honneur, que les fauvages mêmes regardent comme facrées, le gouverneur ordonna que ces armes dépofées, fuivant la convention, pour être confervées aux propriétaires, fuffent faifies par un corps de foldats. De plus, il retint par force la plus grande partie des habitans de la ville, & obligea le petit nombre de ceux auxquels il permit de la quitter, d'y laiffer leurs effets les plus précieux.

Par cette perădie, des femmes ont été féparées de teurs époux, des enfans de leurs parens, des citoyens ágés ou infirmes de leurs proches & de leurs amis, qui defiroient de les fervir & de les fecourir. Des perfonnes qui étoient accoutumées à vivre dans l'abondance, & même dans une forte de luxe, font réduites à la plus: déplorable indigence.

Le général, jaloux de marcher fur les traces des miniftres fes maitres, rendit, le 12 Juin, une proclamation dans laquelle, après avoir avancé les fauffetés& les calomnies les plus groffieres contre le bon peuple de ces colonies, il a ofé les déclarer « rebelles & iraltres; fufpendre le cours de la loi civile, & ordonner qu'à fa pla

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on publie & l'on exerce la loi martiale». Ses troupes' ont égorgé nos compatriotes; elles ont, de gaîté de cœur, réduit la ville de Charles-Town en cendres, fans compter un nombre considérable de maifons qu'elles goe

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détruites en d'autres endroits : nos navires & nos vaiffeaux font faifis: les approvifionnemens néceffaires font interceptés; & il employe tout fon pouvoir à étendre partout les ravages & la dévaftation autour de lui.

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Nous fommes inftruits que le général Carleton, gouverneur du Canada, travailie actuellement à armer contre nous le peuple de cette province, & les Indiens; & nous craignons encore, avec raifon, qu'on n'ait formé le projet de nous fufciter des ennemis au milieu de nous. Une partie de nos colonies reffentent déja les fléaux réunis du feu, de l'épée & de la famine, autant du moins qu'il eft au pouvoir de la vengeance ministérielle de les feur faire éprouver. Réduits à l'alternative cruelle de nous foumettre à la tyrannie de minifires irrités, ou de leur réfifier à force ouverte, nous avons choifi le dernier parti. En pefant mûrement les facrifices qu'exigera de nous cette résistance, nous trouvons qu'ils font moins terribles qu'un efclavage volontaire, L'honneur, la justice & l'humanité nous défendent de trahir & d'abandonner lachement cette liberté que nous avons reçue de nos généreux ancêtres, & que notre innocente poftérité a droit de réclamer de nous. Nous ne pouvons fupporter l'horrible idée de livrer les générations futures à l'état de mifere & d'opprobre qui les attend inévitablement, fi nous avons la honteuse basselse de les charger d'unc fervitude héréditaire.

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Notre caufe eft jufte, notre union eft parfaite; nos reffources intérieures font grandes; &, s'il eft necef-faire, nous pourrons obtenir des fecours étrangers. Nous regardons comme une marque fignalée de la faveur divine envers nous, que la providence n'ait point permis que nous ayons été appellés à cette épreuve avant d'avoir acquis des forces capables de nous défendre. Exercés dès longtems aux opérations militaires, & joignant' à tous ces moyens de réfiftance des coeurs fortiiés par ces réflexions encourageantes, nous déclarons folemnel lement devant Dieu & devant les hommes, que prêts à déployer dans toute leur énergie les forces que le bienfai teur fuprême nous a départies, nous porterons les armes, que nos ennemis nous ont forcés à prendre, avec une fermeté & uue persévérance inébranlables, réfolus d'affronter tous les dangers, & de mourir en hommes libres plutôt que de vivre efclaves,

Mais afin que cette déclaration n'inquiete, ni nos amis, ni nos co-fujets dans aucune partie de l'empire, nous les affurons que nous n'avons pas deffein de rompre l'

nion qui a fi longtems & fi heureufement fubfifté entre nous, & que nous fouhaitons fincerement de voir rétablie. La néceffité ne nous a pas encore pouffés à cet excès de défefpoir, & rien ne nous oblige encore d'exciter aucune nation à les attaquer. Nous n'avons point levé des armées dans le deffein ambitieux de nous féparer de la Grande-Bretagne, & de former des états indépendans. Nous ne combattons, ni par un vain motif de gloire, ni par le defir de conquérir. Nous donnons au genre humain un fpectacle digne de fon attention celui d'un peuple attaqué par des ennemis non provoqués, & qui ne peuvent alleguer aucun crime à notre charge, fas même le foupçon d'un délit. Ils fe glorifient de leurs privileges, ils se vantent d'être un peuple policé; & les conditions les plus douces qu'ils offrent, font l'ef clavage ou la mort.

Dans notre propre patrie, nous avons pris les armes pour la défenfe de la liberté que nous tenons du droit de notre naiffance, & dont nous avons conftamment joui jufqu'aux dernieres atteintes qu'on y a portées ; pour la garantie de nos propriétés, de ces propriétés acquifes par l'honnête induftrie de nos ancêtres & de nous-mêmes: nous repouffons la violence avec laquelle on veut les envahir; nous ne poferons les armes que lorfque les hoftilités cefferunt de la part des aggreffeurs, & que tout danger de les voir renouveller fera éloigné.

Pleins d'une humble confiance dans les graces du juge & du maitre fuprême de luaivers, nous implorons avec la plus entiere refignation, fa bonté divine; nous le fupplions de favorifer une équitable entreprife, de fléchir le cœur de nos adverfaires, de les porter à fe réconcilier avec nous à des conditions raifonnables, & délivrer ainfi cet empire des horreurs d'une guerre civile. A Fhiladelphie, le 6 Juillet 1775. (Signé ) JAN HANCOCK, préfident.

Il y a environ dix ans qu'un tailleur de Londres, nommé Swith, très-pauvre & fans autre reffource qu'un ami aufli pauvre que lui, appellé Thoms, & tifferand de fa profeffion, partit pour les Indes orientales, dans l'efpérance d'y faire quelque chofe. Il y fit fortune, & époufa une fille riche, qui avoit une fœur auffi opulente; J'une & l'autre voulurent fuivre Swith dans fa

patrie, lorfqu'il fe crut à l'abri de tout événe ment. Arrivé à Londres, il n'eut pas de peine à fe rappeller fa premiere mifere. Cette idée lui retrace l'image de Thoms; il vole chez fon ami, dont il n'eft pas reconnu, & s'informe s'il eft à fon aife, s'il a une maifon, s'il eft marié? Toutes fes réponses furent négatives, & à chacune, Swith fit paroître une joie fi vive, que le tifferand crut avoir à faire à un infenfé, ou à un homme opulent qui infultoit à fa mifere. Dans peu d'heures il fut détrompé ; un carroffe s'arrête à fa porte; on lui dit d'y monter; il y monte. On arrive dans une belle maifon; Thoms y reconnoit Swith, qui avoit repris fes anciens habits, & qui lui dit : Mon ami, quand nous n'avions rien, nous nous confolions; le premier de nous qui avoit un fcheling, le partageoit avec l'autre, cette maifon eft à toi avec tout ce qu'elle contient; voilà la fœur de ma femme; elle veut un mari honnête homme; elle eft riche; je lui ai parlé de toi, elle confent à te donner la main. Je t'appellois autrefois mon frere, tu l'es aduellement. Oublions tout, excepté l'amitié qui nous lie, & qui ne finira qu'avec nous.

Notice des pieces nouvelles qui ont été données à Paris depuis le mois de Juillet.

Les comédiens italiens repréfenterent pour la premiere fois, le 16 Aoûr, La Colonie, comédie en 2 actes en profe, mêlée d'ariettes, imitée de l'italien, & parodiée fur la mufique de Sacchini, par le Sr. Framery. Fontalbe, capitaine d'un vaiffeau françois, a échoué dans une ifle déferte, où il a fondé, avec les gens de fon équipage une colonie, dont on l'a nommé gouverneur. Comme les nouveaux colons, à leur arrivée dans cette ifle, n'avoient prefque point

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