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sont réunis pour repousser les efforts de la tyrannie , & délivrer leur patrie de cette foule de brigands, vils instrumens du despotisme, qui ofoient attenter à leur liberté. Ils les puniront peut-être un jour de leur audace ; ou plutôt ils leur rendront ce bien précieux qu'ils veulent aujourd'hui leur ravir.

La cessation de tout commerce ne fera éprouver à ces provinces que peu d'inconvéniens. Il est constant que les colons ont fait en 173 & 74 des provisions qui peuvent servir à la consommation de trois ans. En supposant avec le congrès général , que la population des colonies unies se monte à trois millions d'ames, la

quantité de marchandises, il est vrai, à une computation ma dérée par tête , ne sera point égale à la moitié de leur consommation : mais l'autre moitié eft fournie de deux façons ; à l'égard des riches , par les interlopes; & à l'égard de la multitude éparse sur ce vaste continent, & à des grandes distances de la mer, par des moyens qui se pratiquent dans les campagnes mêmes d'Angleterre c'eft-à-dire , par l'industrie domestique des habitans. Da peut distinguer deux fortes de manufactures : l'une acrive, systematique , exécutée sous la direction d'un économe , exposée en vente dans les marchés ; l'autre est rurale & sédentaire , obscure , mais étendue ; elle est le fruit des occupations hyemale3 des familles ; elle est employée à des ufages domestiques , & n'est que rare ment exposée en vente. C'est de cette derniere maniere que l'Y comannerie américaine pourvoit à ses besoins, Les manufactures domestiques sont plus considérables dans ces contrées que partout ailleurs ; aulsi fournissent-elles à un grand nombre d'individus. Les manufaâures deftinées aux marchandises de vente publique sont encore Join de la perfe&ion; mais la nécessité leur apprendra bientôt à se servir avec avantage des matériaux qui font en leur perfeffion , & l'enthousiasme sçaura imprimer a leurs ouvrages tout le faste & la valeur des ornemens. La cessation de commerce ne sera donc désavantageuse qu'à la classe des commerçans. Ils le prévoient & se soumettroient, s'ils pouvoient; mais cette multitude de petits propriétaires indépendans les arrêtent. Ceux. ci le ressentironc aulli de cette përte , mais si peu., qu'ils éprouveront même une certaine satisfaction à faire ces petits sacrifices pour l'amour de la liberté : d'ailleurs ils s'affermirone journellement dans leur résolution par cerre vérité généralement reconnue , que l'Amérique, comne un public débiteur de la métropole , doit gagner à cette interruption.

Une égale & opiniarre persévérance de la métropole dans ses injustes prétentions , & de- là des colonies dans la jufte défense de leurs droits & privileges, i donc engagé les deux partis à se disposer mutuellement à l'attaque & à la défense. Des hoftilités réciproques ne laissent plus aucun doute sur la ferine résolution qu'elles ont prise de commettre la décision de leurs différends au fort des armes. Mais de quels succès peut donc se flatter la cour ? A-t-elle oublié que c'eft à la valeur des troupes levées par les colonies danz la derniere guerre qu'elle doit la conquête de plusieurs contrées qui font reftées en fa poffeffion ! Si l'Amérique feptentrionale e trouvé alors 24000 mille hommes dans son fein four défendre la cause des Anglois ; combien de milliers n'en trouvera-t-elle pas aujourd'hui , qu'elle a presque double sa population, pour défendre sa propre caufe , & pour conferver le plus précieux de tous les biens, la liber. té, dont ses habitans ont toujours été si jaloix ?

Quand on confidere attentivement la population nombreuse des colonies , le génie & les moeurs de ses habitans', l'enthousiasme de la liberté qui les anime , la haine & le defir de la vengence que 10 ans de vexations ont excités dans leur cour , la solide & étroite union qui regne entre elles, la sagesse , la prudence & la fagacité que leur assemblée ou congrès général a montrées jusqu'à préfent , la foumiffion, & la parfaite déférence que l'on a pour ses décisions, les secours mutuels que les colonies se prêtent , leurs provisions abondantes de bouche & de guerre , l'assistance qu'elles peuvent recevoir des autres puissances, la nature de leur pays , où des gorges & dos défilés sans nombre , inconnus de leurs ennemis, rendront la discipline embar. raffante & la valeur inutile, la rigueur des hivers que les Européens sentiront doublement, les dangers qu'ils Courront à s'éloigner des côtes par la difficulté qu'il y aura à entrevenir une communication certaine , l'imucilité d'une flotte formidable pour combattre des peuples qui n'ambitionnent point l'empire des mers quantité de troupes réglées que la Grande-Bretagne peut envoyer à-la-fois dans ce pays en comparaison de la mi. lice toujours renaissante des colonies , & enfin les mal. heurs & les accidens qui accompagnent d'ordinaire une armée obligée de se soutenir dans un pays lointain, au milieu d'ennemis animés par cette allivité & cene é. Dergie qui, dans toutes les sociétés naissances, operent toujours de grandes choses: quand on considerè, disons

la petite

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nous, attentivement ces difficultés , & cout ce qui peut d'ailleurs s'opposer à l'exécution des vains projets de la Grande-Bretagne ; on ne peut s'empêcher de regarder la défaire de les troupes comme cedeaine. Dans ce cas, quelle sera sa honte quelle sera la perte , en fuppofant encore , contre toute vraisemblance, qu'aucune des puissances de l'Europe ne se mêle ni dire&cment 112 indirectemen de la dispute , & qu'alors la Grande-Bretagne puisse , à fon aise , s'épuiser d'hommes & d'argent , dorider ses armées , les envoyer sans crainte au-deli des mers, & parvenir enfin à arracher à ses concitoyens un bieri qu'ils avoient hérité de la nature , à les réduire à l'esclavage le plus abject , & à dominer defporiquement sur ces climats désolés ! Quelle vi&oire plus funeste encore que n'auroit été leur défaire ! ii eft inutile de s'étendre sur les calamités & les malheurs qui en feroient la fuite ; on le lent assez,

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Après avoir exposé à nos lecteurs la nature des différends survenus entre la Grande-Bretagne &

les colonics, nous allons leur présenter les prinfot. de ! cipales pieces émanées du congrès de Philadelhere płie. L'une des plus importantes est l'adresse ou

la pétition qui fut remise le 1er. Septembre dernier au comte de Darmouth , par les Srs. Richard Penn & Arthur Lée, pour être présentée au roi. Cette pétition est conçue en ces termes.

TRÈS-GRACIEUX SOUVERAIN, Nous, les fideles sujets de V. M. dans les colonies du Nouveau-Hampshire , de Massachusett-Bay de Rhode Illand, & des plantations-de-Providence de Connecticut, de la Nouvelle-Yorck, de la Nouvelle-Jersey, de la Pensylvanie, des comtés de New-Castle , Kent & Sussex en Delaware, de Maryland, de la Virginie , de la Caroline septentrionale & de la Caroline méridionale, au nom de tous les habitans de ces colonies, qui nous ont députés pour les représenter au congrès-général , fupplions V. M. de prérer son atcentiun royale à l'humble requête que nous lui présentons.

L'union qui régnoit entre notre mere-patrie & ces colonies, & l'influence vivifiante d'un gouvernement juste & modéré , nous procuroient respectivement, à ellc & à.

Supplément. 44. trimestre. 1775: D

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nous, de fi grands avantages , & rous promettoient encore pour l'avenir un accroifliment de puissance fi considerable , que notre prospérité devint l'objet de l'admiration & de la jalousie des autres nations , étonnées de voir la GrandeBretagne s'élever avec cant de rapidité à un fi haut degré de splendeur & de force. Ses rivaux, qui ne prévoyoient pas que des diffenfions civiles duffent jamais rompre les liens de cette union fortunée , dont leur politique redou. soit le po:ivoir , réfolurent, pour en suspendre du moins les effecs, d'arrêter le cours des profpérités de cet em. pire , en s'opposant aux progrès des établissemens qui en étient la force.

Le faccès ne répondit point à leur atce nte. Des événemens contraires à leurs vues, aggrandirent les domaines de la couronne, & éloignerent de nos poffeffions des ennemis redwables. Nos amis conçurent dès-lors l'espérance de voir l'édifice de la puissance de cet empire parvenir à Son comble, à la faveur de l'union qui en avoit cimenté les fondemens.

Après la derniere guerre , la plus glorieuse & la plus iitile de toutes celles où jamais les armes britanniques ont pu fe fignaler , vos fidelles colonies , qui par des ef. forts conftans & vigoureux, avoient contribué au succès de vos armes, & mérité les éloges de V. M. , ceux du feu toi & du parlement , se-fladerent qu'il feur feroit per: mis de partageç avec le reste de l'empire les douceurs de la & les avantages de vos victoires & de vos conquêtes. Elles virent cependant, dans le ceris mène que les témoignages honorables rendus à leurs fervices fubfistoient encore dans le dépôt des actes du corps légis. 12cif, & fans que la plus légere offenfe , le moindre foupgon euffent pu en affoiblir la mémoire ; elles virent avec terreur un nouveau plan d'administración s'élever fur les ruines de l'aucien, menacer de loin leurs droits les plus faints , & femer partout de funefes divisions ; elles visin ensin , qu'aux périls d'une guerre étrangere , alloien succéder des troubles domestiques , plus redoutables & plus dangereux qu'une guerre avec les ennemis naturels de l'état.

Nos allarmes étoient d'autant plus vives, que nous ne pouvions pas même nous rassurer par l'idée que ce sytle. me funefie tendoit à faire le bonheur de la mere-patrie: qar, quoique ses tristes effets duffent se faire fentir plus directement aux colonies , cependant fan influence rui. Deuse nous paroiffoit menarer également le commerce e la prospérité de la Grande-Bretagne.

paix ,

Nous éviterons de détailler ici les nombreux artifices employés par plusieurs des miniítres de V.M., les prétencions insidieuses qu'ils mettent en avant , les menaces & les actes de sévérité dont ils ont app!!yé leurs tentatives pour exécuter ce dangereux plan. Nous ne vou. lons point non plus retracer l'histoire afligeante de la naisfance & des progrès du malheureux différend survenu entre la Grande-Bretagne & nous. Les ministres de V. M. obftinés dans leur fatal syfême, ont enfin, par des hofcilités ouvertes,

forcé les colonies à prendre les armes pour leur propre défense , & à s'engager dans une conteftation effentiellement contraire a.ix sentimens de leur vive affection pour vous.

Quand nous considérons fur qui va tomber l'effort de nos armes dans cette quierelle , & quelles en feront les fuites, pour peu qu'elle dure, nos malleurs particuliers font le moindre des maux que no-is redoutons. Nous n'ignorons pas à quel point les discordes civiles peuvent aigrir & enflammer les deux partis , & combien fonc profondes' & irremediables les haines qui en résultene : voila pourquoi nous nous croyons indispensablemene obligés , par tout ce que nous devons au Dieu tout-puissant, á v. M. , à nos concitoyens , & à nous-mêmes de négliger encore

un moment nos droits & notre sûreté pour épuiser tous les moyens possibles d'arrêter l'effufion ultérieure du sang, & de décorrner les calamités affreuses qui menacent l'empire britanr iqje. Ainsi, appellés à nous adresser à V. M, sur des affaires d'un si grand intérêt pour l'Amérique , & même pour tous vos états , souhaitons ardemment de remplir ce devoir avec tout le respect dû à V. M. , & nous conjurons fa mágnanimité & Sa bienveillance royale , d'interpréter , dans une occasion fi extraordinaire , les expressions de notre zele , de la maniere la plus favorable.

Que ne pouvons-nous peindre dans toute leur énergie les sentimens de fidélité qui nous animent en ce moment ! Alors V. M. attribueroit tout ce qui, dans nos discours, ou même dans notre conduite, pourroit paroître s'écarter de la vénération que nous lui devons , non à quelque intention reprélienfible , mais uniquement à l'imposibilité de concilier les apparences extérieures du refpe&t avec le soin de notre propre conservation, contre laquelle des ennemis artificieux & cruels, aburant de votre confian, ce , osent armer votre autorité royale pour consummer notre ruine. Attachés, Sire à votre personne , à votre famille,

nou's

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