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le; ceux-ci, privés de l'appui de leurs compa gnons, & voyant le danger où ils s'étoient engagés, pouffoient leurs chevaux à travers les rues pour fuir la mort qu'ils rencontroient à chaque pas, & qu'ils ne purent éviter la multitude alla même jusqu'à infulter les cadavres par de nouveaux coups. Ce tumulte s'étant appaifé, on fongea à fe pourvoir contre les attaques des Metualis qui étoient reftés hors de la ville; & à l'aide des galliongis que Haffeim, cipitan-commandant d'une caravelle du grand-feigneur, arrivée quelques jours auparavant dans cette rade, mit tout de fui-. te à terre, on diftribua le long des maifons des gens armés pour garder & défendre la ville. Ces précautions firent échouer l'entreprise des Métualis, qui fe retirerent, en pillant les jardins circonvoifins; ils enleverent la plus grande partie des foies qu'on étoit occupé alors à devider; les payTans même, dans leurs cabanes, eurent à fouffrir de la rapacité de ces brigands.

DU CAIRE. (le 4 Juillet.) On tint le 27 du mois dernier, un grand divan pour procéder à la diftribution des charges du royaume; ce confeil étoit compofé de dix beys, créés par Méhémet Aboudaab, & des officiers qui, ayant été efclaves de ce prince, doivent avoir part à fa fucceffion, au défaut d'héritiers naturels. Il n'a été queftion dans ce premier divan, que de la nomination des trois charges principales. Ibrahim bey, comme premier efclave de Méhémet, a été confirmé dans la place de commandant des pays que fon maitre lui avoit confiés, à fon départ pour la Syrie; Murat Bey a été fait grand-tréforier, & Jouffouf bey, conducteur de la caravanne. Le grand-douanier a été auffi confirmé dans fon emploi. Il y eut encore hier une affemblée chez le nouveau tréforier, & il y en aura presque

tous les jours, pour le partage des biens de Méhémet, dont les revenus montoient à près de 20 millions de France.

Les crieurs publics ont annoncé hier dans tous les quartiers de la ville, l'élévation des eaux du Nil, qui a déjà augmenté de plus d'un pied; quoique cette croiffance fuive en Egypte le folftice d'été, elle n'eft fenfible ici que les derniers jours de Juin; le gouvernement attend qu'elle foit bien décidée, afin de pouvoir faire annoncer chaque jour au peuple une augmentation qui entretienne fes espérances pour la récolte.

On mande de Damiete qu'il eft arrivé fucceffivement depuis la prife de Jaffa, 200 caiffes contenant des ftatues & des ouvrages de marbre que Méhémet bey a enlevés à l'hofpice des religieux de terre fainte de cette ville: ces marbres font un préfent que le roi catholique leur avoit fait il y a 30 ans, pour l'ornement du faint fépulcre de Jérufalem, & qui n'avoit pu y être transporté. On affure que la plupart de ces caiffes ont été ouvertes, & que les Turcs ont mutilé toutes les figures fur lefquelles l'alcoran défend même d'arrêter les regards.

On vient de recevoir des détails circonftanciés, fur la prise de Jaffa. Le fuccès de ce fiege eft dû principalement à un ingénieur anglois, qui en a dirigé les opérations, & qui, au défaut d'une artillerie fuffifante pour battre la brêche, a infinué à Méhémet bey de faire jouer la mine. La premiere a été conduite fans obftacle jufqu'aux murs de la ville, & en a fait fauter un pan confidérable. Immédiatement après ce fuccès, le bey ordonna un aflaut; mais les troupes ayant fait quelques difficultés on continua les travaux fouterreins. Les alliégés, qui ne s'attendoient pas à cette forme d'attaque, ne commencerent qu'a cet inftant de contreminer, & parvinrent à éventer une fe

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conde mine; ils couperent le chemin aux travailleurs, qui furent égorgés au nombre de quarante. Quelque tems après on fit jouer une troifieme mine fous la tour feptentrionale de la vik le, qui fervoit au Cheik Daher de magasin à poudre; mais on manqua de quelques pieds l'endroit où cette poudre étoit dépofée; cependant la mine détruifit la plus grande partie de la tour & fit fauter 120 hommes: il en coûta même la vie à quelques foldats de l'armée de Méhémet, & l'explofion fut fi forte qu'on la reffentit juf qu'à Rama.

Après la chûte de cette tour, les troupes de Méhémet bey donnerent un affaut général, mais elles furent obligées de faire retraite avec une perte confidérable...

Le 20 Mai, au foleil levant, Méhémet bey fit donner un fecond affaut général; tandis qu'une partie des troupes montoit aux brêches, Murat bey, avec l'élite de l'armée, fit une attaque d'un autre côté, & en moins d'une demi-heure la ville ut emportée, elle a été mife au piliage, & tous les habitans ont été paffés au fil de l'épée, a a l'exception des femmes & des enfans au-deffous de douze ans, qui ont été faits etclaves. Cinq cens hommes, que les Maugrebins avoient entierement dépouillés de leurs vêtemens, ont été conduits à Méhémet Bey, qui les a fait déc piter, & qui a vu de fang froid élever un trophée de toutes ces têtes devant la tente: deux religieux recollets, qui étoient du nombre de ces prifonniers, ne furent pas épargnés : le Sr. Profper Damien, facteur de la nation françoise, a été également amené devant le bey par un mameluc; mais l'ingénieur anglois le fit connoitre, & le retira dans la tente jufqu'à ce qu'ayant été réclamé par le vice-conful de Rama, il a été relâché. Les Grecs qui ont affaffiné, il y a près

A S

d'un an, le capitaine Icard, étoient alors à Jaffa & ont tous eu la tête coupée, à l'exception du pope Manoly, leur chef, à qui l'on réferve, fans doute, un traitement plus rigoureux. L'officier qui commandoit dans la place, a été pris bleffé; mais il n'a point été mis à mort, comme le bruit en a couru. On compte qu'il y a eu environ 12 cens hommes malacrés.

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Le furlendemain de ce carnage, Méhémet bey fit publier que tous les fugitifs de Jaffa, de quelqu'état & fexe qu'ils fuffent, pouvoient fans crainte y retourner, & y jouir d'une entiere fécu rité; mais perfonne n'a été fort empreffé de revoir une ville où le fang de fes habitans fumoit encore les cadavres, qui font reftés fans fépulture infectent l'air à une lieue à la ronde.

Quatre vaiffeaux chargés de provifions, s'étant préfentés dans le port après la prise de la ville, font tombés au pouvoir du vainqueur.

Méhémet bey eft parti pour Caïffe, après avoir donné ordre à l'ingénieur anglois de faire mettre des mâts & des pavillons à deux charriots portant chacun une piece de canon monftrueuse qu'il traîne à fa fuite; chaque charriot étoit tiré par 60 chameaux, & reffembloit, dit-on, à un vaif'feau à la voile.

Le chef des canonniers de Méhémet bey, qui eft venu annoncer ici la mort de ce prince, a rap porté qu'à l'inftant où le bruit de fon trépas s'étoir répandu à l'armée, 250 mamelucs étoient entrés dans fa tente, le fabre à la main; qu'ils avoient enlevé une partie des trésors de leur maitre, & avoient quitté l'armée; les maugrebins étoient également entrés dans le camp pour y piller; mais la fermeté de Murat bey a rétabli le bon ordre.

Ce dernier, auquel Méhémer bey avoit confié le commandement des troupes pendant fá mála

die, a eu quelques démêlés avec les autres beys, au fujet des trésors de ce prince, dont il s'eft emparé; mais l'intérêt commun les a réunis. L'armée Te difpofoit à partir le lendemain pour retourner en Egypte, & on avoit en conféquence retiré les troupes qui fe trouvoient dans Acre; mais l'aga Denguerly, commandant de Seyde, que Méhémet bey avoit laiffé libre dans cette ville, après avoir reçu les foumiffions, en a fait fermer auflitôt les portes, & a fait tirer le canon des remparts fur le camp des Egyptiens; ce qui a précipité leur départ.

RUSSI E.

Moscou (le 30 Août.) La cour devoit féjourner ici jufqu'au mois de Mai de l'année prochaine; mais l'impératrice a déclaré le 16 de ce mois, que fon départ pour Pétersbourg auroit lieu en Décembre. En conféquence, le fénat a expédié les ordres néceffaires pour que les relais foient prêts vers le 4 du même mois. On attribue ce changement à la groffeffe de la grande ducheffe.

Tout le corps diplomatique fe rendit le 23, chez le comte Panin, & prit congé de ce premier miniftre, qui partit hier 24, pour une de fes terres, fituée près de Smolensko. Le vicechancelier eft chargé par interim du département des affaires étrangeres, qui eft deftiné, dit on au comte d'Ofterman. On regarde ici la retraite de ce miniftre comme une difgrace dont on ignore les motifs. Le comte Pierre Panin, général en chef, fon frere, qui s'eft fignalé dans la guerre contre les Turcs, & dans l'expédition contre Pugatschew, a demandé & obtenu la démiffion de fes emplois , pour aller jouir dans les terres des douceurs de la paix. Le maréchal prince de Gallitzin, frere du miniftre de cette cour à celle

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