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diftinction de Religion. Il ne feryiroit de rien à ceus qui voudroient éluder la force de cet A&e, de dire que c'est une chose contraire aux Loix publiques, que ceux qui entrent en quelqu'Alliance, foyent eux mêmes garents de leur propre cause , ensorte que les mêmes personnes feroient en même-tems & Parties & Arbitres contre la lettre des Loix, par lesquelles il est deffendu, ut quis pro se ipfo intercedat, & sui ipsius Sponsor fiat. Je dis que l'on auroit tort de conclure de tout cela que les Etats qui ont arrêté le Traité de Westphalie, n'ont pas dû, ni pû s'assurer la ratification de leur Traité par une garantie formelle, & qu'ainfi il faut donner un fens tout autre que celui-là aux paroles que nous avons citées tantôt.

Ce sont des chicanes qui ne furprendront que ceux qui ignorent que les Loix donnent, même aux particuliers, pleine liberté de confirmer leurs Contrats & Conventions par des A&tes ou ftipulations particulieres. Et n'a. vons-nous pas le Conftitutum, ou le droit d'un engagement réitéré, par lequel on peut valider des A&tes, qui d'ailleurs font cenfez invalides, suivant les Loix Romaines ? Encore moins donc faut il penser que l'on ait violé le Droit de la Nature, qui est la principale regle des affaires d'Etat, quand on a ftipulé par un A&te particulier la garantie du Traité de Paix, & que chaque Partie a promis, tant pour elle, que pour les autres qu'il ne feroit fait aucune infra&tion à ce Traité sacré, comme cela a été arrêté effectivement dans le Traité d'Osnabruck Article XVII. S. s. & dans celui de Munster Article 115. & 116.

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Comme donc on a été en droit de garentir la ratification de cet illuftre Traité de Westphalie, on a mis aussi les ordres nécessaires pour ôter à tous les Hauts Contractans l'oc. calion & l'envie d'y contrevenir, en décla rant d'avance tous les contrevenans, rebelles, & dignes des peines auxquelles les Loix con damnent les infracteurs de la Paix publique. C'est la même Déclaration que l'on trouve dans le g. 4, de l’Article XVII. Qui vero buic Transactioni, vel Paci publicæ consilio vel opě contravenerit, &c. five Clericus, five Laicus fuerit, pænam fracta Pacis ipfojure & fatto inCurrat. Quiconque contreviendra par voye de fait ou par ses conseils à cette Transaction, ou Paix publique, foit Eccléfiaftique, ou Laique, qu'il encourre dès lors la peine dúë aux infracteurs Paix.

Et il faut bien remarquer que l'on n'a pas seulement pris ces précautions contre les attaques ouvertes des Ennemis de la Paix, mais auffi contre les premières semences de quel. que Révolution

ou de quelque Guerre. C'est pour cet effet que l'on est convenu dans le . de l’Article que nous venons de citer , que tous les Cercles seroient restituez en leur ene tier, & que contre toutes les aparences de trous bles, on observeroit ce que les Conftitutions de l'Empire ordonnent pour la conservation, & pour l'exécution de la Paix publique; C'est le sens Latin que voici. Ut etiam Pax publica tanto melius conservari polit, redintegrertur Circuli e fiatim ac undecunque turbarum vel metuum aliqua initia apparent, obferventur ea, quæ in Cone Nitutionibus Imperii de Pacis publicè executione & conservatione disposita sunt. Après cela on

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nomme dans les ll. 1o. & it. dudit Article ceux qui doivent être compris dans cette Paix, parmi lesquels ont compte auffi Sa Majesté Très-Chrétienne , dont il est aussi fait mention dans le premier Article du Traité. On jugera d'autant plus facilement de toute cette Controverse, fi l'on veut seulement faire attention d'un côté au but général du Traité, dont nous parlons, & de l'autre au devoir d'un Garant. Quant au premier Point, tous les Articles du Traité de Westphalie, & en particulier le V. & le VIII. contiennent presque tous les Réglemnns tant Politiques qu’Ecclésiastiques , sur lesquels roule principalement la forme de l'Empire d'Allemagne. Quant à l'autre Point, on a fort bien expliqué dans le g. 5. de l’Article XVII. que chaque Garant doit foûtenir & proteger toutes les Loix établies pour la Paix publique , contre quiconque tâcheroit de les rompre en quelque manière que ce soit, sans avoir aucun &gard à la difference de Religion. Ut univerJas & fingulas bujus Pacis Leges contra quemcumque, fine Religionis distinctione tueatur & protegat. Et c'est en cela même qu'un Garant differe d'un Mediateur, que celui-là est tenu comme caution & fidejuffeur, de procurer l'exécution constante du Traité qu'il garentit, au lieu que celui-ci n'est intéresse que dans le premier établissement d'un Traité.

Que tous les Lecteurs defintéressez jugent maintenant sur ces raisons fondées sur les Lois de l'Empire & sur les Instruments de Paix, s'il est juste comme l'Auteur de l'Analyse l'avance, que Sa Majesté Très-Chrl. tienne soit régardée comme un Ennemi de

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l'Empire, & que les deux Rois de la GrandeBretagne & de Prusse soyent infracteurs de la Paix, s'ils font une Alliance deffensive pour maintenir & pour affärer le repos & la sûreté de l'Empire, & la jouissance paisible des Droits & Immunitez que tous les Etats doivent pofféder en vertu de la Paix de Westphalie? Il est sûr que selon la Logique de notre_Antagoniste, on seroit réputé Ennemi de l'Empire & intra&teur de la Paix, en faisant ce qu'on est autorisé de faire par la lettre expresse des Conttitutions du Corps Germanique.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner fi les affaires de l'Empire font actuellement dans un tel état, que l'on n'ait point de sujet légitime de s'en plaindre, & que l'on ne doive apréhender fitôt une Guerre avec des Puissances étrangeres. Mais quand même cela seroit hors de doute, est-ce que l'on en peut inférer que les Parties qui ont contra&té le Traité de Westphalie doivent négliger leur garantie & le soin de leur sûreté pour l'avenir ? voit point de principe d'où cette conféquence puisse être tirée à juste titre ; Et si l'on pouvoit accufer les Etats d'avoir enfreint la Paix publique, quand ils font des Alliances deffensives, pour le maintien de leurs Constitutions fondamentales, il s'ensuivroit de là, qu'il faudroit traiter de Rebelles & d'infraca teurs de la Paix les Electeurs & les Princes, qui conjointement avec la France ont fait le Traité de Francfort de 1658. & on ne pourroit pas disculper l'Empereur Léopold de glo- ' rieuse Mémoire, qui est entré dans de femblables engagemens avec plusieurs Etats de l'Empire dans le Traité deBrunswick conclu en

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1672. La Majesté & les autres avantages de l'Empereur_sont très compatibles avec les Droits des Etats, & aucun Juge éclairé ne croira que les Etats se mêlent d'abord du Gouvernement de l'Empire, quand ils font des Alliances deffensives selon la liberté & permir. fion que leur en donne l'Instrument de la Paix. Tous ces Droits sont très bien fondez , & notre Antagoniste aura bien de la peine à se deffendre, fi on l'accuse d'avoir enfreint lui même la Paix publique, & de s'être rendu digne de la peine, à laquelle sont condamnez les Infracteurs de la Paix, puisque par ses préjugez mal fondez, il ofe disputer aux Etats les Droits que le Traité de Westphalie leur accorde en termes esprès, selon le 5. 4. de l'Article XVII. qui dit qui huic Transactioni, vel Pacis publice, confilio, vel ope contravenerit, pænam facta Pacis, ipso jure & faéto incurrat. Quant aux paroles du Traité 7. Article XVII. que notre Antagoniste allégue, où tous les Etats se sont engagez à poufler leurs affaires par la voye de Droit, Quod nulli omnino Statuum Imperii liceat jus suum vi, vel armis perfequi, sed ut unusquisque jure experiatur. Qu'il ne soit pernois à aucun des Etats de l’Empire de poursuivre son Droit par la force, ou par les armes, mais qu'il s'en remette à la justice. C'est une Loi qui n'empêche pas les Etats de poursuivre leurs Droits, mais qui ordonne seulement qu'ils ne décident rien de leurs Affaires sans l'autorité des Traitez autentiques ; car ce Réglement ou cette Ordonnance deffend seulement ce que la Paix publique avoit deffendu long-tems auparavant, que l'on ne se serve pas du Droit du plus fort, & que

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