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8. Du Manteau.

Dans la figure qui est en tête de ce volume, les armoiries de Genève sont placées sur une tenture de pourpre figurant le Manteau qui enveloppe les armoiries souveraines; nous avons vu que l'écusson du Missel fait au quinzième siècle est placé de cette manière, et que plusieurs exemples pris au Collége, à l'Hôtel-deVille, sur les Halles du Molard et ailleurs, montraient la perpé⚫tuité de cette disposition (1), et plusieurs peintures celle de la couleur. Nous ajouterons que souvent l'écusson est placé sur un cartouche élégamment dessiné et quelquefois d'une très-grande richesse, un des plus anciens exemples de cette disposition, dont la fig. 4 de la planche XXIII peut donner une idée, se voit en 1554 sur le titre des Deux épistres préparatives avx histoires et Actes de Genève d'Antoine Froment, on la retrouve sur le Genevois Jubilant imprimé en 1635; sur l'armoirie des remises de l'Hôpital, faite en 1613, et sur plusieurs écussons soit du dixhuitième siècle, soit postérieurs à la Restauration (2).

CHAPITRE VI.

DES ERREURS DANS LA REPRÉSENtation de la clef et l'aigle.

Des écussons exécutés à différentes époques ont présenté de

Christ et portaient des fleurs vertes pour signe de ralliement. Voy. Roset, Chronique manuscrite.

(1) La rampe de l'Hôtel-de-Ville présente aussi le manteau carré, que l'on rencontre également sur la Cosmographie de Münster.

(2) Voy. le fronton du temple de Saint-Pierre 1756. Les en-tête des publications affichées de 1770 à 1794. La médaille frappée en 1814 à l'honneur de la Garde genevoise, etc.

graves erreurs; nous citerons quelques-unes des plus bizarres en signalant leurs causes possibles.

La Cosmographie de Münster présente, dans les trois éditions précédemment citées, la Clef à la place de l'Aigle, erreur fréquente et qui a probablement son origine dans la dénomination inexacte de Clef et l'Aigle au lieu de l'Aigle et la Clef, locution qui a pu facilement induire en erreur ceux qui ont fait l'écusson d'après une description où elle était employée. Il se peut aussi que la vue des bannières où l'armoirie était représentée des deux côtés, et de manière à ce que la tête de l'aigle fut toujours du côté de la hampe, ait contribué à donner une idée douteuse de la place des meubles; l'une des faces de la bannière présentant à droite ce qui dans l'autre était à gauche.

Une seconde erreur qui paraît provenir également d'une désignation incomplète, est le placement de la clef dont le panneton est à dextre dans le plan de Genève de Glot, portant les dates de 1777 et 1793, retouché par Mayer en 1828.

Nous avons vu les allures singulières qu'affecta l'aigle en 1794 et 96, et en parlant de sa forme nous avons cité celles qui se voient aux Archives de Genève; ajoutons que sur la hallebarde d'huissier de 1677, les deux tiers de l'écu sont occupés par une aigle à tête contournée et posant ses pieds sur un fleuron; la clef est placée dans le tiers de dextre; au-dessus de l'écu accompagné de cette légende fautive, GENEVA Vivitas (1), on voit la date 1677 écrite à rebours.

En 1770, Nicolas Chalmandrier publia un plan de Genève accompagné des armoiries de la ville, l'aigle a deux têtes au lieu d'une, mais elle est privée de membrure (2): le même auteur fait notre clef d'argent, erreur ancienne et fréquente, car on la trouve déjà dans l'armorial de 1579 (3), elle est répétée dans

(1) Voy. sur des erreurs analogues, la note 2 de la p. 170. (2) Le drapeau communal de Plainpalais, fait en 1845, offre l'aigle sans cuisse, la jambe étant attachée aux plumes de l'aile.

(3) Wapen desz heiligen Römischen Reichs, p. 3 du texte final.

les Souverains du Monde (1), dans la Nouvelle Méthode de blason du Père Menestrier (2), et dans le Conservateur Suisse de 1817 (3), la peinture du grand sceau helvétique publiée trèsrécemment présente encore la clef d'argent (4).

Le même plan de Chalmandrier supprime le soleil et la légende, qu'il remplace par une ruche entourée d'abeilles bourdonnantes.

Les couleurs sont aussi quelquefois mal indiquées, le recueil d'Armoiries du saint-empire Romain que nous venons de citer dit que l'aigle est en champ d'argent; Chalmandrier fait notre écu parti d'argent et d'azur, erreur qui se trouve également sur la Carte de la Suisse de Scheuchzer; l'ouvrage de Menestrier reproduit l'erreur du recueil de 1579 en disant aussi que l'écu est d'argent parti de gueules, enfin, le Conservateur donne pour couleurs de Genève le jaune et le noir.

(1) 1734, t. IV, p. 52.

(2) Réimpression de 1780, p. 438.

(3) Tome VIII, p. 332. Il est possible que dans ce dernier ouvrage l'erreur résulte des modifications apportées à l'écu genevois sous l'Empire français. Voy. p. 67.

(4) A Genève même on a fait cette erreur. Lors des fêtes données à Sir Edouard Hyde comme roi de l'Arc, l'amour de la liberté termine le discours qu'il lui adresse par ces lignes :

Ainsi cette Cité (Genève) peut dire à ses Enfans

Par manière de passetems,

Que cette Clef d'Argent, qui ses Armes partage,
N'est plus une Clef d'Esclavage,

Mais, comme on dit, la Clef des Champs.

ARMORIAL GENEVOIS.

Livre Troisième.

NOM DE GENÈVE, PROTOCOLES, MASSES, LIVRÉE.

CHAPITRE PREMIER.

DU NOM DE Genève.

Le nom de GENEVA, que Jules-César mentionne dans ses Commentaires comme étant celui de notre ville, ne fut point, ainsi qu'ont paru le croire plusieurs de nos historiens, complétement abandonné durant le moyen âge. A la vérité, le mot GEBENNA fut employé fréquemment dans les chartes et pièces manuscrites latines; mais les autres variantes (1), qui même ne sont pas toutes authentiques, n'ont jamais été d'un usage assez long et assez général pour que l'on puisse admettre qu'elles aient entièrement remplacé le nom primitif de la cité, qui paraît ne jamais avoir été banni de la langue parlée et qui, à toutes les

(1) Scylla, Aureliana, Cenabum, Genua, Janoba, Jenuba, Januba, Jannuva, Janua, Jenua, ou Januensis civitas; Genebra ou Genevra.

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époques, se retrouve dans les monuments, ainsi
prouverons par quelques exemples.

que nous le

En 513, le pape Symmaque se sert du mot GENEVA, et au concile d'Épaone, tenu en 517, notre évêque signa: Maximus in Christi nomine Episcopus civitatis GENEVENSIS (1). Des pièces d'or de l'époque mérovingienne, et dont notre Musée possède un précieux exemplaire (2), portent tantôt sur l'avers, tantôt sur le revers le mot GENAVA (3), peu différent de Geneva. Dans la donation faite vers 934, par la comtesse Eldegarde, au monastère de Satigny, cette dame s'engage à donner cinq sols de cens ad canonicos Sti Petri GENEUE civitatis. Les mots GENEVA et GINEVA se lisent sur les monnaies épiscopales frappées à la fin du dixième siècle, et l'évêque Hugues, dans l'acte de fondation de l'abbaye de Saint-Victor, fondation qui remonte aux premières années du siècle suivant, se qualifie de Hugo GENEVENSIS Ecclesiæ Præsul (4). D'autres actes de l'évêque Gui de Faucigny, qui occupa le siége épiscopal de Genève à la fin du onzième et au commencement du douzième siècle, portent en tête, Guido dei gratia GENEUENSIS episcopus (5), orthographe que l'on retrouve sur des actes émanant de son successeur Humbert de Grammont.

Deux pièces en langue vulgaire, conservées aux archives de Genève, sont également intéressantes sous ce rapport; la pre-

(1) Charvet, Histoire de la sainte Eglise de Vienne, p. 652. Gallia christiana, t. XII, p. 121.

(2) Voy., sur ces monnaies, les Mémoires de la Société d'Hist. et d'Archéol. de Genève, t. I, p. 268, et t. II, p. 238.

(3) On trouve aussi Gennava, civitas Genavensium, urbs Genabensis et Genavensis. Genava se lit sur des marbres romains (Spon, t. II, p. 325 et 380), et se retrouve jusqu'à la fin du sixième siècle. Voy. liv. IV, à l'article Salonius II, et les exemples rapportés par M. Ed. Mallet dans le tome Ier des Mém. de la Soc. d'Histoire, p. 139, qui prouvent que l'orthographe Genava fut fréquente aux cinquième et sixième siècles, où elle n'exclut point cependant celle primitive.

(4) Besson, Mémoires pour l'hist. du diocèse de Genère, etc., p. 342. (5) Besson, ibid., p. 350.

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