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veu de médecins ou n'ont point été saignez, ou bien on leur a fait 3-4 saignées dans l'espace d'une semaine, qu'il fallait avoir toutes petitement réitérées, et de plus, dans les 24 heures ».

Par compensation, on ne peut que lui savoir gré de ce passage: << Les païsans des environs de Saint-Marcellin, La Côte, Tullins, guérissent à veüe d'oeil par le bénéfice du ventre, que leur procure l'usage du petit lait, pendant que les richars succombent dans les villes sous le faix des bézoars, perles et hyacinthes qui épuisent leurs bourses et ruinent leurs santez ».... « Une grande dame de la Perrière, par le moyen d'une poudre émétique, a guéry tous ceux qui s'en sont servis en cette occasion ». Ce qui prouve qu'alors, comme aujourd'hui, les dames charitables faisaient volontiers de la médecine.

Gigard parle d'un autre livre qu'il aurait fait : « J'écrivis, il y a quelques années, à la fin d'un livre de consultes, que je mis au jour, un traitté de maladies malignes conformes à celles qui règnent à présent ». Mais je n'ai pu trouver ce document.

Nous avons déjà vu les tribulations qu'avait valu au médecin Monin sa récente nomination comme médecin de la ville; elles n'empêchent pas les honneurs de s'accumuler sur sa personne, car, en 1692, le voilà nommé conseiller et médecin ordinaire du roi.

Des médecins du roi existaient depuis longtemps dans les provinces ; nous en avons vu déjà quelques-uns à Grenoble, mais un édit royal de cette année vient de régulariser leur situation, de rendre surtout les titulaires plus nombreux et de créer, en même temps que deux charges de chirurgiens-jurés, une place de conseiller-médecin ordinaire du roi dans chacune des villes du royaume. L'édit énumérait les charges et les prérogatives attachées à la fonction le médecin royal, c'était ainsi qu'on le nommait également, devait assister aux examens et réceptions des aspirants en chirurgie et des sages-femmes, «être présent et assister aux rapports des malades, blessés et autres » (1). Il pouvait aussi toucher des droits d'examen : ainsi, à Bordeaux (2), un médecin royal s'oppose à un examen, parce que le candidat a négligé de lui faire viser ses lettres et surtout de lui payer les droits; mais les honneurs et les privilèges du médecin royal étaient surtout considérables (stipulait l'arrêt

(1) En 1723, un arrêt du Parlement défendra aux chirurgiens de Gap de procéder aux visites et rapports des blessés, tués, noyés, mutilés, empoisonnés ou frappés de mort violente et autres cas, sans la présence et assistance du médecin du roi. (Archives départementales, B, 2485).

(2) Pery: Histoire de la Faculté de Bordeaux.

du 2 septembre 1692) dans les villes où il n'y avait pas d'université. A peine titulaire de sa nouvelle fonction, Monin voulut jouir des prérogatives y attachées; mais un autre médecin avait également des prérogatives dans les examens, dans les questions de préséance entre confrères, et cela en vertu des anciens statuts du collège des médecins, c'était le doyen même de ce collège; or, ce doyen était alors un médecin fort dévoué et de grand bon sens, que nous retrouverons tout à l'heure et dont nous avons déjà vu le nom au sujet d'une lettre à lui adressée par le frère Gilles, sur les eaux de Monestier, le médecin Donis.

De là conflit entre Monin et Donis et même procès intenté par Donis. Dans un factum (1) qu'il publie pour se défendre, Monin montre que l'arrêt du 2 septembre 1692 établit les honneurs et privilèges du médecin du roi, dans toutes les villes du royaume, à l exception de celles où il y a université; or, dit-il, «il n'y a à Grenoble aucun corps établi, fondé et renté par le roi, ni aucune faculté dans laquelle les médecins puissent prendre les degrés de licence, bachelier ou de docteur... Le corps ou l'aggrégation des médecins n'est point établi par le roi, mais seulement par les Parlements ou autres juges ordinaires. >>

Donis dût répondre évidemment que dans beaucoup de villes, à Bordeaux notamment, où existait une faculté de médecine, le collège des médecins était sur le même pied qu'elle; qu'à Grenoble ce collège faisait des cours, que son doyen avait eu, de tout temps, même vis-à-vis le médecin du roi, certaines prérogatives. Mais le texte même du règlement, sinon son esprit, était formel, et Monin était évidemment en situation de gagner le procès qu'on lui avait intenté.

Au surplus, cette querelle n'arrêta pas la prospérité du collège des médecins qui était plus florissant que jamais:

En 1695, nous le voyons recevoir Jean-François Francières ou Franssières qui, lui, est médecin (2) et a pris son diplome à l'Université d'Avignon en 1685. Nous savons même quelles questions furent posées au candidat pour sa réception au collège de Grenoble :

Simplicium nomina quæ in montibus delphinatus crescunt :

Arcanorum codex;

Sans compter argumenta sur un malade.

(1) Factum par Louis Monin, conseiller, médecin ordinaire du roy en la ville de Grenoble, défendeur, contre Jacques Donis, doyen du collège de la dite ville, demandeur. 31 janvier 1699. (Bibliothèque de Grenoble, 0, 12536).

(2) Archives de l'Hôpital, H, 748. Ce Jean-François Francières ou Franssières, médecin, est-il le fils du chirurgien François Francières qui, d'origine picarde, avait eu douze nfants? (Archives de l'Hôpital, H, 750). Je ne saurais le dire: son diplôme de l'Université d'Avignon le désigne comme Gratianopolitanus, filius naturalis.

En même temps que lui on reçoit le médecin Patras (1).
Voici le procès-verval de cette double installation (2) :

Installation des sieurs Patras et Franssières. Monsieur Maistre Anthoine Patras, doc'eur en médecine de l'Université de Vallance, et Mor sieur Maitre Jean-François Franssières, docteur en médecine de l'Université d'Avignon, tous deux natifs de la ville de Grenoble, ont été examinés le jour d'hier, sur les aphorismes d'Hippocrate, etc., et chacun sur une maladie, par les soussignes, docteurs médecins aggrégés, en présence des seigneurs commissaires députés par la cour, Monseigneur 1 Président de Chaponnay, Messeigneurs les conseillers Dupillion et de Pina, et Monsieur l'advocat général Rolland, à qui ayant satisfait et le collège les ayant jugés capables et dignes de l'aggrégation, le dit sieur Président a octroyé acte aux dits récipiendaires de leur réception dans notre collège, en prêtant entre les mains de Monsieur Louiz Monin, conseiler du roy et chef du dit collège, le serment porté par les statuts du collège, ce que les dits sieurs Patras et Franssières ont exécuté ce jourd'hui en présence des collégiens examinateurs soubsignés avec promesse d'observer régulièrement les statuts, après quoy le dit sieur Monin de l'advis de ses collègues, leur a donné le rang et place immédiatement apprès Monsieur Maitre François Chappat, sçavoir au dit sieur Patras et ensuite au dit sieur Franssières. Signé : MONIN.

Le collège de médecine était donc plus vivant que jamais, et si Monin avait gagné son procès contre Donis, il n'en est pas moins vrai qu'en 1707, un édit daté de Marly, dans ses articles 31 et 32, assimile jusqu'à un certain point les collèges aux universités.

ART 31 Défense à tous médecins à peine de 500 livres d'amende, d'exercer la médecine dans les lieux où il y a une Université, s'ils ne sont graduez ou agrégéz en icelle; et dans les lieux où il n'y a qu'un collège ou corps de médecine, s'ils ne sontaggrégés au dit corps ou collège à la manière accoutumée.

ART. 32. Ordonnons également que ceux qui auront été reçus docteurs ou 1:cenciés dans une Faculté, ne pourront être aggrégés à une autre Faculté ou corps de médecine qu'en soutenant préalablement un acte public de quatre heures au moins, sur toutes les parties de la médecine.

Il est vrai que l'article suivant sert la cause de Monin.

ART. 34. Sont exceptés de passer un nouvel examen nos médecins, ceux de notre maison royale, ceux des reines, enfants de France ou petits enfants, premiers princes du sang.

En 1708, nouvelle réception au collège; celle du sieur Durand, docteur en médecine (3):

Réception du sieur Durand, docteur médecin, le 13 may 1708.

Du dimanche treizième jour du mois de may mil sept cent huit, parde

(1) Patras était le fils de Patras, notaire à Grenoble, qui avait eu quatre enfants. Cette famille était protestante. A la révocation de l'édit de Nantes, un des fils Abraham Patras, frère du médecin, s'engagea dans la marine hollandaise et devint directeur du Bengale en 1724, conseiller extraordinaire en 1732 et, en 1735. gouverneur général des possessions hollandaises dans l'Inde orientale. (Rochas, biographie du Dauphiné). Une étude très complète de la famille Patras, qui était originaire du Gapençois, a été faite par le savant bibliothécaire de Gredoble (Edmond Maignien: Abraham Patras et sa famille. Grenoble, 1892). (2) Archives départementales. B, 2461 (registre).

(3) Albin Gras: Institutions médicales de la ville de Grenoble.

3

vant nous François d'Ize de Château-Neuf, chevalier, conseiller du roy en ses conseils, President à mortier en la cour de Parlement, aides en finances du Dauphiné; Gabriel Eymond de Franquières, et François de Vaulx de Palanin, ecuïers conseillers du roy en la dite cour, commis par ordonnanc de la dite cour de huitième du présent mois de may pour être procédé par devant nous à l'examen de Pierre Durand, docteur en médecine de l'Université de Montpellier, à sa réception et agrégation au dit collège de médecine de cette ville de Grenoble; assistez, de Gaspard de Vidaud de la Tour, chevalier, conseiller du roy en ses conseils, et son Procureur général au dit Parlement; écrivant sous nous Gabriel Amat. ecuïer. conseiller secrétaire du roy, maison, couronne de France et de ses finances, greffier en che au dit Parlement; dans l'hôtel du dit Président de Château-Neuf, à trois heures de relevée, a été procédé à l'examen du dit Me Durand, par Mes Louis Monin, conseiller et médecin ordinaire du roy; Jacq es Donis, docteur en médecine, doïen des médecins agrégez au collège du dit Grenoble, Etienne Paris, François Chapat, Antoine Patras, J. de Franssières, Thomas Turcy et Pierre Michal, docteurs en médecine, agrégez au dit collège; lesquels nous aïant déclaré que le dit Me Durand est capable et en état d'exercer la médecine, et qu'il a satisf.it à tous les préalables portez par les statuts de leur collège de médecine et par les arrêts de la cour; nous avons octroïé actes de l ur déclara ion, et en cons quence reçû et agrégé le dit Me Durand au nombre des médecins du collège de médecine de cette ville de Grenoble, pour jouïr des honneurs et prérogatives de l'agrégation en icelui, et ordonné qu'il prêtera le serment en tel cas requis et accoûtumé, aux formes ordinaires, et que les requêtes. dudit Me Durand, son enquête de vie et mœurs et la présente seront enregistrez au greffe de la cour.

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Extrait des registres du Parlement du Dauphiné. Bozonier. Enregistré au greffe civil de la cour du Parlement du Dauphiné, par nous ecuïer, conseiller-secrétaire du roy au dit Parlement, ensuite de l'arret de la dite cour de ce jour 15 fév. 1712. Bozonie.

En 1709, nouvelle réception dans la même forme de Joachim Cochet, docteur en médecine de l'Université d'Avignon, qui avait précédemment pratiqué à Montpellier (1). Il présente le résultat favorable de l'enquête sur ses mœurs et sa religion, un certificat de bonne religion signé Pierre Pons, prêtre et chanoine de l'église cathédrale de Notre-Dame; un certificat de noble André Flandy, habitant de la dite ville, et un autre de Pierre Canet, bourgeois, qui tous protestent « que le postulant fréquente les sacrements ». Il paye 3 livres 6 sous au greffe: 5 livres 17 sous de droits d'examen. Enfin :

Le lundy premier jour du mois d'avril 1709, pardevant nous Joseph de Barral, il est procédé à l'examen par Me Louis Monin, conseiller et médecin ordinaire du roy, Jacques Donis, doyen des médecins agrégés, François Durand, Estienne Paris, François Chappat. Antoine Patras, J. Franssières, Thomas Turcy, Pierre Michal, Pierre Durand

Mais le candidat ne s'est pas montré suffisamment préparé, paraît-il,

(1) Archives départementales, B, 2461 (registre).

car « on trouve à propos que le dit Cochet suivra pendant deux ans l'un des médecins des hôpitaux de la ville et en raportera certificat pour être reçu agrégé au nomb.e des médecins de cette ville ». J'ai déjà parlé de cet ajournement conditionnel, qui se faisait également au collège de Bordeaux, et qui nous prouve que cet examen n'était pas absolument banal, comme on pourrait le croire.

Sous la double émulation de Monin et de Donis, dont aucun ne voulait sans doute être dépassé par l'autre en zèle et en activité, le collège était donc plein de vitalité. En 1711, il ajoute à son règlement un certain nombre de paragraphes, qui dénotent l'idée de constituer dans son sein une véritable société scientifique de médecine, en même temps qu'une sorte de société médicale de bienfaisance.

Voici les deux articles (1)':

ARTICULUS 1

Medici aggregati, semel aut bis in mense convenient ad examinandam morborum grassantium indolem; frequentius vero in temporibus quibus sævient epidemici morbi; ut in eorum causas detegen das inquirant, observationes, ab ipsis in particulari circa quembibet horum ce morborum habitus, sibi mutuo communicent et ad remedia magis idonea prospiciant, quibus hi profligari possint. ARTICULUS 2

Grassantibus morbis epidemicis Medici aggregati communi consensu diversas urbis regiones inter se partientur ad invisendos gratis et benefice pauperes ægros quisque Medicorum intra regionem ipsis distributione contigerit.

Il est juste d'ajouter ici, pour expliquer ce beau désintéressement, dussé-je en diminuer le mérite, qu'en 1679, un arrêt du Parlement, sans doute récemment remis en vigueur, accordait aux médecins décharge de la cote << pour faculté mobiliaire », à condition qu'ils sɔigneront gratuitement les pauvres 2). Néanmoins, cette concession faite aux sentiments altruistes, il était naturel que l'égoïsme ou le népotisme reprissent leurs droits; aussi, pendant qu'on révisait le règlement, on ajouta :

ARTICULUS 3

Collegiatorum filii, ad aggregationem aspirantes non tenebuntur sicut alii, post adeptum Doctoratûs gradum praxim Medicam extra hujus ce civitatis pomaria, sicuti priora exigunt statuta, exercere; ijs licebit sub proprio Patre directore vel alio ex aggregatis, quem collegium indicabit, hoc Medico praxeos exertitium complere ».

Ont signé: MONIN D M conseiller et médecin du roy, PATRAS D. M, de FRANSSIÈRES D. M, MICHAL D. M, DURAND D. M, COCHET D. M.

En 1712, de nouvelles lettres patentes confirment l'établissement et les statuts du collège de médecine de Grenoble; les règlements de

(1) Albin Gras: Institutions médicales de la ville de Grenoble. (2) Archives municipales, B B, 113.

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