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caments, linges et ustensiles.... Les religieux ne seront obligés de recevoir aucun malade de maladie contagieuse ou vénérienne. Les religieux seront en outre chargés des pauvres de l'Hôpital, sains et non malades et ils recevront 4 sous par jour pour chacun d'eux ». (11 juin 1661).

Les quatre religieux s'installèrent de suite. Ils comprenaient: 1 aumônier, 1 prieur, 1 chirurgien et 1 professeur d'anatomie (1). Ils allaient. en effet, faire une véritable école de médecine, ou plutôt de chirurgie: école fermée, école destinée à former chez eux et pour eux de jeunes frères, mais Ecole. Cette école, avec les cours faits par le collège de médecine, est le faible foyer où va se conserver le feu de l'enseignement médical, jusqu'au jour où les circonstances lui permettront de se ranimer plus vivement. Non seulement les religieux enseigneront l'anatomie et la chirurgie à quelques-uns de leurs frères, mais il sera bientôt convenu (1682) qu'on leur confiera un pauvre de l'Hôpital pour qu'ils lui apprennent la chirurgie et la pharmacie (2).

Les religieux ne restent pas confinés dans leur hôpital; ils s'occupent même des eaux minérales, témoin la lettre peu médicale, il faut le reconnaître, qui fut adressée par l'un d'eux, le frère Gilles, au Docteur Donis, personnage important que nous verrons bientôt entrer en scène (3):

« A Monsieur Dony, doyen des médecins du collège de Grenoble, « Trouvez bon, Monsieur, que je vous fasse part de mes pensées sur une fontaine nouvellement découverte au Monestier-de-Clermont, à quatre lieues de Grenoble, j'espère que ce que j'écrirai sera utile à plusieurs personnes ; parce qu'en faisant connaître les effets de ses eaux, les malades pourront y avoir recours dans leurs besoins. Cette fontaine est placée au milieu d'une grande prairie fort spacieuse; c'est un parterre naturel, au bas duquel est un bocage rempli de plusieurs chemins couverts où les buveurs peuvent prendre le plaisir de la promenade sans ètre exposés aux rayons du soleil, et rendre leurs eaux sans être vus de personne. Sa source sort de dessous une roche qui depuis longtemps était couverte de beaucoup de terre. Autour du bassin, on voit sortir quantité de petits bouillons, qui sont autant de tentatives que font ces prisonniers innocents dans le sein de leur mère, afin de se communiquer avec plus d'abondance pour la santé des malades. Ce n'est toutefois que depuis deux années que cette fontaine a été de quelque usage. On se contentait de boire les eaux d'une source qui est éloignée de cinq cents pas de celle dont je vous parle et beaucoup plus crue et plus pesante, plus chargée de fer et moins vitriolée. La dernière qui a été découverte étant beaucoup plus chargée de vitriol et moins ferrugineuse que l'ancienne, il s'en faut beaucoup qu'elle ne soit si ingrate ni si pesante parce que l'esprit de vitriol ayant atténué et subtilisé le corps du marc, le dissout plu parfaitement soit dans la matrice intérieure de ces eaux, soit dans le chemin qu'elle font ensemble dans le gravier se filtrant l'une et l'autre ; ce qui lui donne une grande légéreté et une facilité à se distribuer par les urines et par les selles, étant par conséquent fort propre comme l'expérience me le fit connaitre, pour les affections néphrétiques,

(1) Pilot: Statistique de l'Isère.

(2) Archives de l'Hôpital, E, 6.

(3) Mercure, novembre 1685. L'ancienne orthographe n'a pas été respectée dans la copie qui m'a été transmise de la Bibliothèque nationale.

causées par un phlegmon, sable ou gravier, que quelques buveurs ont fait d'une grosseur proportionnée aux uretères,, et très favorables aux ma ladies chroniques et invétérées du bas ventre, poussant par les selles et par les urines, suivant les dispositions particulières du malade. Je dis de plus, qu'elle chasse hors les voies de l'urine les corps mols et non encore pétr fiés d'une grosseur considérable. Ell purge l'humeur tar reuse et mélancolique retenue dans la rate et aux parties voisines et par là elle convient aux affections scorbutiques, aux squirres naissant, lève les obstructions des vaisseaux du bas ventre et en même temps delivre les malades de toutes les funestes suites de ces embarras et de toutes sortes de suppressions. Elle éteint pareillement l'intempérie du foie et des reins; elle tue les vers comme on l'a vu en la personne de Jacques Aglot du même lieu, âgé de 20 ans, qui après avoir bu trois jours des eaux de cette nouvelle découverte, jetta par ses selles un vers de sept pied de long, qui avait la tête faite comme un bec de canne. M. Dobert, procureur au Parlement de Grenoble, en jetta un, le second jour, de la longueur d'un pied et demy et plusieurs autres buveurs en ont jeté de la longueur ordinaire, entre autres M. de Bouves,conseiller, garde des sceaux au même Parlement. Les animaux y accourent de toute part, les vaches et les moutons sentant ces at omes spiteux, acides et appétissants qui leur frappent l'odorat et ensuite le goût viennent avec empressement pour boire et en boivent une quantité surprenante. En un mot, ceux qui ont eu l'usage des eaux des fontaines de la Marie de Vals, de Saint-Méon d'Auvergne, de celle des Célestins de Vichy, ne font de difficulté de les mettre, les unes et les autres, presque en parallèle. On en a fait évaporer quatre livres de médecine; la résidence non calcinée a été de couleur tannée, tendant au gris-blanc, de la pesanteur d'une dragme. Après avoir dissous la résidence dans l'eau commune, ensuite filtré et évaporé jusqu'à siccité, le sel séparé de la terre a paru fort blanc de la pesanteur de demie dragme, de gout acide. L'on voit sur l'eau du ruisseau qui s'éccule de la source une grande quantité de sel de couleur blanche, de gout moins acide, comme étant un sel fixe dont la volatilité est séparée par l'ardeur du soleil. Je suis de tout mon cœur votre

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Frère GILLES, religieux de la Charité de Grenoble.

En 1666, un arrangement semblable à celui qui avait été conclu avec les pères de Saint-Jean de Dieu fut fait avec les religieuses hospitalières de la Providence de la Palisse, appartenant à la règle de Saint-Augustin. Elles vinrent au nombre de quatre et recevaient 400 livres par an pour la nourriture, 6 soas par malade et par jour, 150 livres pour drogues et médicaments (1).

Mais au bout de dix ans, de nouvelles conventions furent faites entre les religieux et la ville. Le logement des pauvres non malades était le poids lourd, qui rendait si compliquée l'administration; les religieux ne tenaient donc pas beaucoup, à les avoir. On fit une scission: « Pour fournir le local nécessaire au renfermement des pauvres, les religieux de la charité abandonnent les salles qu'ils occupent à l'Hòpital (2), malgré les réparations qu'ils y ont fait faire et qui s'élèvent à plus de 20.000 livres, et recevront en échange un emplacement situé en face du couvent des Carmélites, pour y construire un couvent et un hôpital de 40 lits, dont (1) Archives de l'Hôpital, III, A, 1. (2) Archives de l'Hôpital II, A, 2.

20 seront réservés aux pauvres de la ville. L'Hôpital leur remettra en outre 21.000 livres pour les indemniser de leurs frais » (1681) (1).

En 1684, une convention supplémentaire réserve 10 lits chez les religieux et autant chez les religieuses pour les malades de l'Hôpital général et 10 autres lits pour les malades de la ville munis d'un billet des directeurs ou des consuls (2). Nous verrons plus tard cette façon d'affermer, en quelque sorte, les malades de l'Hôpital, devenir une source de conflits assez fréquents entre les religieux et les directeurs (3).

Si le service intérieur, pansement des malades, petite chirurgie, est assuré par les religieux de la Charité, la direction de l'Hôpital n'en n'a pas moins ses médecins, et, en 1684, M. Levet, médecin, est prié de continuer, aux malades, les soins qu'il leur donne depuis trois ans (4). En même temps on signale à l'attention du bureau le sieur Brachier, barbier, qui, depuis dix ans, sert gratuitement les pauvres malades de la Providence et depuis quatre ans ceux de l'Hôpital général, « prenant soin de les panser et d'employer pour cela ses compagnons et fraters, quand lui-même n'y peut suffir» (5). On lui signale, dans la même séance, le sieur de Vaux, apothicaire,qui traite gratuitement les malades de l'Hôpital. Le bureau leur exprime à tous sa reconnaissance et...... « les engage à conti

nuer ».

II.

Si nous quittons un instant l'Hôpital pour voir ce qui se passait dans le monde médical de la viile, nous voyons encore les chirurgiens aux difficultés avec la jalousie de leurs confrères: c'était l'inconvénient des maîtrises, corps fermés, d'être maintenus tels non seulement devant les incapables, ce qui eut été excellent, mais devant les concurrents, dont les ayant place » craignent toujours la rivalité. Le public lui-même protesta, en 1642, contre la partialité des maîtres chirurgiens, qui refusaient de recevoir, en leur maitrise, des candidats ayant exercé longtemps la chirurgie et la barberie dans la ville, à la satisfaction générale (6): cette

(1) Archives de l'Hôpital, II, A, 1 et II, E, 1. Archives municipales, B B. 114.

(2) Archives de l'Hôpital, E, 7.

(3) L'administration est représentée par un Bureau ou Conseil de direction composé de l'évêque de Grenoble, président; du premier président au Parlement, de 1 président à mortier, de 4 conseillers, du conseiller-clerc audit Parlement, du procureur général, de 4 présidents ou maîtres des comptes, de 3 trésoriers du bureau des finances, des consuls de la ville. Le bureau de direction peut s'adjoindre 3 ecclésiastiques, 3 gentilshommes, 6 avocats, bourgeois ou marchands. (Archives de l'Hôpital, A, 2).

(4) Archives de l'Hôpital, É, 7.

(5) Archives de l'Hôpital, E, 7.
(6) Archives de l'Hôpital, BB, 108.

satisfaction aimait d'ailleurs à demeurer platonique et marchandait volontiers les honoraires; nous voyons, en effet, en 1650, la note d'un chirurgien de Grenoble, Melchior Bouchet, qui, pour les soins donnés dans sa dernière maladie à Jean Chalvet Badon, suivant les ordonnances de M. Dubœuf, médecin, demandait 6 livres 10 sous par jour, être réduite, par le juge Bon de la Baulme, à 4 livres par jour, soit, pour 17 jours, 68 livres (1). Plus tard, en 1725, Maitre Verdon, chirurgien, aura également quelque peine à se faire payer 37 livres. Sa note est pourtant assez détaillée « Pour avoir saigné au bras M. Chateau, valet de chambre, 1 livre; pour avoir saigné au bras Monseigneur (2), 6 livres. De jeudi 18 octobre 1725, j'ay été à l'Evesché à la hâte et courant, comme l'on m'est venu chercher pour Monseigneur, à neuf heures du soir, que j'ay saigné au bras. J'y ay passé la nuit à sa prière et demeuré sans repos, non plus que le lendemain vendredi, que je l'ai saigné au col l'après-midi. J'y ay fait beaucoup d'autres choses pour le secourir. Ci 30 livres (3) ».

Nous assistons cependant à la réception de François Francières à cette maitrise en chirurgie (1656) (4) et l'année suivante, le nouveau maitre nous montre, dans son livre de comptes, que ses collègues sont devenus plus accommodants, car, dans les examens où il a lui-même à son tour fait partie du jury, on n'a pas eu moins de 11 candidats.

De Fougerolles, qui avait réglementé la pharmacie et le collège des médecins, n'avait pas oublié les chirurgiens. Dans son « règlement », dont j'ai déjà parlé, il avait dit, en 1608: « Le moyen de parvenir à la maistrise de chirurgie, sera, par trois divers examens, en trois jours consécutifs, l'un sur la synthèse, l'autre sur le diérèse et le tiers sur l'exérèse x. Ce programme manquait un peu de précision! Il ajoute heureusement: «En quatrième lieu, l'examen rigoureux sera sur l'anatomie, composition et usage des parties, et, finalement, quelque chef-d'œuvre, ou sur la dissection, ou sur la cure de quelque maladie extérieure, en l'Hospital ou ailleurs ».

Francières a noté, sur son livre de raison (5), avec le nom des candidats, les questions qu'il leur a posées; les voici sur la miologie, sur les bandages, sur la respiration, sur les muscles du bras, sur la phlebotomie; ce sont, aujourd'hui, les questions du concours de l'externat. Il a adressé, toutetois, à Rison, compagnon chirurgien de la boutique de M. Auzias, une série de questions,

(1) Archives de l'Hôpital, H. 32.

(2) Paul de Chaulnes, évêque de Greuoble.

(3) Archives de l'Rôpital, H, 344.

(4) Archives de l'Hôpital, H.

(5) Archives de l'Hôpital, H, 749.

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un peu plus difficiles, sur le traitement des tumeurs en général et sur le traitement des fractures, tant de la tête que des autres parties en général.

Tout à l'heure l'injustice des confrères fermait les portes, voici maintenant que la faveur les veut ouvrir trop facilement. Le 11 juin de la même. année 1657 (1), le sieur La Treille, chirurgien, présente des lettres d'unmédecin du roi, qui lui permettent d'exercer la chirurgie sans examen. Mais le Conseil de la ville conteste la validité de ces lettres, qui s'obtenaient couramment, parait-il, pour 3 pistoles.

Nous assistons encore une autre fois (1687) à la réception, à la maitrise en chirurgie de Mare Perret, après examen et chef-d'oeuvre (2).

Il faut convenir que la situation sociale faite aux chirurgiens n'était pas en rapport avec les services qu'ils rendaient; ainsi, en 1664, dans un arrêt du Parlement de Grenoble, portant règlement des vacations des frais et exécutions de justice, on trouve côte à côte les deux articles suivants :

XI. Sera aussi payé au trompette de la ville la somme de 3 livres pour chaque exécution où il assistera et sonnera « du trompette ».

XII. Au chirurgien qui visite a, rasera et médicamentera les cond+mnés à la question, et pour chacun d'iceux, la somme de 4 livres.

François Francières lui-même, qui paraît avoir gagné une certaine fortune, devait, comme chirurgien juré royal de la ville (3), non seulement visiter les détenus pour savoir s'ils ont été fustigés ou marqués précédemment, mesure excellente, qui était l'anthropométrie de ce tempslà, mais assister à la torture.

Le niveau intellectuel des chirurgiens de cette époque était d'ailleurs fort variable. Francières était un homme bien posé; il demeurait rue NeuvePaillerey et avait acheté la maison des religieuses de Prémol (4). Un autre chirurgien, dont la situation semble avoir été assez élevée, est Jean-Baptiste Lestelley, chirurgien ordinaire du duc de Lesdiguières; c'était un homme entreprenant: en 1669, il offre en effet de construire deux halles contenant 20 boutiques de boucherie, à condition que les 20 bouchers, qui les occuperont, lui paieront une location de 20 écus (5) Il promet, en outre, de donner 100 livres par an à la ville. André Corréard, autre chirurgien, fut consul en 1670; c'est même la première fois que l'on rencontre un médecin ou un chirurgien parmi les consuls. Nous avons vu que les apothicaires étaient, au contraire, souvent honorés de cette charge.

(1) Archives municipales, B B, 111.
(2) Archives municipales, B B. 115.
(3) Archives de l'Hôpital, H, 751.
(4) Archives municipales, C C, 91.
(5) Archives municipales, B B, 111.

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