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gardera encore quelques mois comme ses défen seurs. Il falloit, pour surprendre l'opinion publique, et lui faire adopter les résolutions dictées par la cour à ce club, qu'il ne parût autre chose, aux yeux d'une multitude irréfléchie, que le club des Jacobins, mais épuré des prétendus factieux qu'on disoit les ennemis de la monarchie et les partisans de la république.

Mais l'heure de la réflexion, qui arrive toujours tard pour les Français, arrivera enfin; et la hor teuse, la dangereuse formation de ce club ne sera plus un mystère pour eux : ils verront que des nommes qui seroient les amis du peuple et de Thumanité, ne débourseroient pas, au milieu des calamités publiques, tant d'argent pour louer un heu d'assemblée; et qu'au lieu de venir afficher avec tant de magnificence leurs discussions popu Jaires à un premier étage au palais royal, ils se seJoient retirés dans l'enceinte silentieuse d'un des Couvens nationaux ; qu'au lieu de splendides banquets et de quêtes mesquines, ils feroient des quêtes al ondantes et des repas frugaux; qu'au lieu de venir se faire laquer aux fenêtres, ils se déroberoient avec modestie à des témoignages d'attachement ou d'admiration qu'ils n'ont même pas mérités (1).

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(1) Quand l'ancien ministère, l'ancienne police vouloient faire paroître que l'opinion publique se déclaroit pour quelque chose, ils avoient des femmes prêtes à jouer le rôle de dames de la halle. Le comité de police usa, il y a quelque temps, de ce stratarême contre la liberté de la presse et les gens de lettres. (Vide n°. 15, page 6.) Le club de 1789 a joui des mêmes honneurs, ou a usé de la même rusé; des dames dela halle y sont venues faire un compliment au génie de M. Bailly, un notre bon général; à M. Niirahcan, qui dit de si belles choses; et à M. le Chapelier, qui, sans cesser d'éne Breton, est devenu bon Parisien. Bone deus!

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C'est du club de 1789 que nous est venu le dé cret sur la guerre et sur la paix, le décret qui a donné au roi la faculté de s'adjuger 25 millions; c'est du club de 1789 qu'est venue la proposition de laisser aux évêques un traitement beaucoup plus fort que l'énorme traitement qu'on leur a donné, et celle de mander les Marseillois à la barre; c'est du club de 178) que nous viendront toutes les propositions, tous les décrets qui pourront mettre entre les mains du pouvoir exécutif les moyens de satisfaire l'appétit des intriguailleurs qui mènent ce club, c'est à dire, du pouvoir, de l'argent et des soldats. Beaucoup de jeunes cidevant seigneurs et nos gens de lettres à pensions sous l'ancien régime, se sont jetés dans le club de 1789. Rien n'est plus simple; cette voie mènera à la fortune.

Si ce clapier ministériel n'étoit pas désolé par les patriotes, un jour viendroit où la cour y trou veroit à son aise assez d'individus pour garnir le corps législatif, qui lui vendroit, dans les législatures suivantes, la liberté publique et individuelle

beaux deniers comptant. Mais guerre, guerre éternelle aux vils esclaves de la cour, aux ambitieux et aux faux patriotes!

Ce n'est pas qu'il n'y ait dans cette société quelques honnêtes gens, qui n'ont pas vu d'abord qu'ils étoient dupes; mais peu à peu leurs yeux se désillent; ils désertent le club; et convaincus que toutes les délibérations bruyantes de ces sociétés • sont à peu près inutiles, ils vont étudier, dans la retraite, les moyens de réparer les décrets inconstitutionnels qu'ils ont eu la foiblesse d'appuyer.

Réplique de M. PETHION à M. MIRABEAU

l'aîné.

Il entroit dans les moyens des instituteurs, ou plutôt des protecteurs du club de 1789, de faire

décrier les députés fidèles aux principes. J'ai fait voir (1) qu'une lettre de M. de Mirabeau remplis soit cet objet; j'ai fait connoître une lettre de M. Pethion, et un écrit de M. Alexandre Lameth, qui terrassoient le sieur Mirabeau l'aîné.

La réponse insidieuse qu'il avoit faite à M. Pethion, lui a attiré une réplique qui au mérite de La briéveté joint celui de l'énergie et de la franchise.

(C

Si les faits que vous avancez sont faux, dit M. Pethion, vous êtes un calomniateur; s'ils sont vrais, vous devez nommer les coupables. Vous me demandez, à moi, si ces faits sont faux, si le peuple ne s'est pas révolté contre votre opinion ah! ce n'est point réfuter mon dilemme. Le peuple a pu s'indigner contre vous, sans avoir été payé pour cela: enfin, l'eût-il été, le point essentiel à prouver, c'est que ce soit par des membres

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de l'assemblée ».

« L'auteur étant connu, vous n'avez pas assez de preuves contre lui? Mais vos plaintes n'ont pas été vagues; elles ont désigné clairement quelques membres de l'assemblée nationale, sur lesquels vous voulez fixer les yeux, et que vous n'avez pas le courage de nommer. Je soutiens qu'il y a de la lácheté à en agir ainsi. Ce ménagement apparent est une perfidie. Attaquez les opinions, mais jamais les personnes; jugez les priucipes, et non les consciences >>>.

La logique rigoureuse du député patriote ne laisse plus d'issue au renard provençal. Puisset-il entendre l'invitation qui lui est faite de réparer cette faute, en marchant (c'est à-dire, en rentrant) d'un pas ferme et sûr dans la carrière du bien public!

(1) No. 50, page 632.

Evasion

Evasion de Bonne Savardin.

« Le châtelet va avoir à juger un criminel de lèse-nation, qui paroissoit être en relation avec plusieurs grands personnages, c'est-à-dire, qu'il sera déclaré innocent (1). Tel étoit notre avis il y a deux mois, sur l'agent de la conjuration Maillebois. L'événement prouve que si nous n'avons pas deviné juste, il s'en faut de bien peu ».

Bonne-Savardin, arrêté à Pont-Beauvoisin, et transféré à Lyon, obtint de la municipalité de cette ville, un nécessaire qui ne fut point fouillé, et dont il avoit témoigné avoir besoin, avec un empressement suspect. Néanmoins, comme la municipalité de Pont-Beauvoisin, qui n'est pas aristocrate, avoit pris la précaution d'inventorier les papiers et effets de cet homme il restoit assez d'indication pour parvenir à trouver le fil de la conjuration, et des preuves contre les conjurés.

Les comités des recherches de l'assemblée nationale et de la ville, agissant toujours dans les ténèbres, ont laissé assoupir sur cette affaire l'intérêt et la curiosité publique; cependant ils ont chargé, de concert, le procureur syndic de la ville de dénoncer au tribunal de lèse - nation M. Guignard, ci-devant de Saint-Priest, ministre de la maison du roi, comme complice de MM. de Maillebois et Savardin.

M. Guignard, écrivit le 13 juillet à l'assemblée nationale, une lettre où il promet de poursuivre cette affaire, et où il invoquoit, en sa faveur, le généreux témoignage d'estime que l'assemblée lui donna, il y a un an, lors du rappel des ministres,

Il faut mettre de côté ce glorieux témoignage

(1) Vide, n°. 45, page 273.
N'. 53.

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qui n'avoit point pour motif le patriotisme du sieur Guignard, mais simplement son renvoi co-incident avec celui de M. Necker, alors l'idole du peuple. Le sieur Guignard ne pouvant être jugé que sur les preuves, la procédure et les faits, le perti ministériel n'osa pas, après la lecture de oette lettre, motionner en faveur du ministre.

Ce fut le mardi 13, à 9 heures du matin, que cette lettre fut lue à l'assemblée nationale, et ce fut 12 heures après, le mardi 13, à 9 heures du soir, que Bonne - Savardin s'évada des prisons de l'abbaye Saint-Germain. Les 14 et 15, le plus profond silence est observé sur cet événement, et le maire de Paris, le chef de la police, l'ordonnateur en chef des prisons, he paroît l'apprendre que par une lettre du comité des recherches de l'assemblée nationale, la voici: « Nous avons l'honneur, monsieur, de vous donner l'avis que M. de Bonne-Savardin s'est échappé des prisons de l'abbaye, avant hier au soir. L'importance de cette évasion nous détermine à vous prier de vouloir bien faire insérer dans tous les papiers publics le signalement de M. de Bonne, dénoncé au châtelet de Paris, d'après les pièces dont il s'est trouvé saisi. Nous croyons qu'il est de l'intérêt public de prendre toutes les précautions nécessaires, pour que ce particulier soit arrêté aux lieux où il pourroit se réfugier. CHARLES VOIDEL, vice-président du comité. PAYEN BOISNEUF, secrétaire».

Signalement de M. de Bonne-Savardin, chevalier de Saint-Louis.

« Taille de cinq pieds deux pouces environ, ordinairement pâle, mais de temps en temps coloré, étant extrêmement maigre, ayant une place vide sur le milieu du toupet, les cheveaux chàtains foncés, entre-mêlés de quelques cheveux gris, les yeux vifs et enfoncés, les sourcils châtains

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