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regarder comme un abus et non comme une règle, de faire joindre l'Armée Françoise par 30,000 Hommes de ses Troupes.

Les calamités inouïes qui ont signalé cette Campagne sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'en retracer la peinture affligeante.

Toute l'Armée Bavaroise et 8000 Hommes de renfort qui l'avoient rejointe dans le courant du mois d'Octobre furent anéantis; il est peu de Familles que ce cruel événement n'ait plongées dans les larmes, ce qui étoit d'autant plus douloureux pour le cœur paternel de Sa Majesté, que tant de sang avoit été versé pour une cause qui n'étoit pas celle de la Nation.

Cependant on faisoit des préparatifs pour une nouvelle Campagne, et la Bavière, d'autant plus fidèle à son Allié qu'il étoit plus malheureux, ne fit aucune difficulté de compléter les foibles restes des 38,000 Bavarois qui avoient combattu sous les drapeaux de la France.

Des succès brillans couronnèrent, au commencement de cette Campagne, les Armes de l'Empereur Napoléon si souvent victorieuses. L'Allemagne et toute l'Europe crurent que l'Empereur, puisqu'il se trouvoit dans une situation où il pouvoit se montrer modéré sans s'exposer à être soupçonné de foiblesse, profiteroit de la médiation que lui offroit l'Autriche dans les vues les plus nobles et les plus sages, pour rendre la Paix au Monde ou du moins au Continent.

Cet espoir agréable fut déçu; la France vit au contraire le nombre de ses Ennemis s'accroître par l'accession imposante de l'Autriche à la coalition déjà formée contre l'Empereur Napoléon.

Depuis ce moment la position de la Bavière devint extraordinairement critique. L'énergie du Gouvernement Bavarois, et l'affection d'une Nation à laquelle aucun sacrifice ne paroît trop pénible quand il s'agit de prouver son amour à un Souverain adoré, avoient comme par enchautement fait naître une nouvelle Armée qui marcha contre les Frontières de l'Autriche.

Mais l'Armée Françoise à laquelle l'Empereur avoit donné le nom d'Armée d'observation de Bavière, et qui s'étoit rassemblée à Wurzbourg et dans les Environs, au lieu de soutenir l'Armée de Bavière et de combiner ses opérations avec les siennes, reçut tout à coup une autre destination, de sorte que les Troupes Bavaroises, isolées des Armées Françoises en Allemagne et en Italie à une distance de plus de 50 lieues, furent coupées de toutes communications avec elles et exposées aux attaques d'Armées bien plus nombreuses que l'Autriche pouvoit envoyer contre elles, ou de Partisans qui auroient consommé la ruine du Pays.

Dans une situation si critique, l'Empereur ne daigna pas s'occuper une seule fois des moyens de sauver ou de protéger son plus fidèle Allié. On ne reçut de lui aucune parole, aucun conseil, aucune promesse encourageante qui dissipât les alarmes du Gouvernement.

Bien plus, la seconde Armée d'observation, qui devoit se réunir sous le commandement du Maréchal Augereau, ne fut pas formée, et son foible noyau qui se trouvoit encore à Wurzbourg finit par disparoître entièrement.

Abandonnée aussi complètement, Sa Majesté eût manqué à ses devoirs les plus sacrés, si, se refusant aux vœux hautement exprimés par ses fidèles Sujets, elle n'eût pas cherché à les sauver d'une ruine certaine, et à épargner à la Bavière des malheurs qui ne pouvoient en aucune manière profiter à la cause de la France.

Les Souverains Alliés contre cette Puissance ne manquèrent pas de faire counoître à la Bavière les principes de modération dont ils étoient animés, et de lui assurer la garantie formelle de l'intégrité du Royaume de Bavière dans toutes ses dimensions actuelles, à condition que le Roi réuniroit ses Troupes aux leurs, non point pour faire à la France une Guerre dictée par l'ambition ou par l'esprit de conquête, mais pour assurer l'indépendance de la Nation Allemande et des Etats dont elle est composée, et engager l'Empereur Napoléon à signer une Paix honorable et solide qui garantît à chacun l'existence de ses droits les plus précieux et à l'Europe un repos durable.

Sa Majesté n'auroit pu rejeter des propositions semblables sans se grever d'une dette envers ses Sujets, et sans méconnoître les principes sacrés sur lesquels seuls peut reposer leur bonheur.

Pleine de confiance en des offres si ouvertes et si magnanimes, elle a résolu de les accepter dans toute leur étendue, et de conclure avec les 3 Puissances Confédérées, contre les projets ambitieux divulgués par le Gouvernement François, un Traité d'Alliance* dont les Hautes Parties Contractantes feront tous leurs efforts pour assurer l'heureux succès.

Sa Majesté souhaite qu'une Paix prompte rétablisse bientôt des rapports d'amitié appuyés sur des bases acceptables, rapports auxquels elle n'a renoncé que lorsque l'extension injuste d'une Puissance qui devenoit chaque jour plus accablante, et l'abandon total dans lequel on laissoit la Bavière au milieu de la crise la plus grave où elle se soit jamais trouvée, lui ont fait un devoir et un besoin du parti qu'elle a pris.

Réunie dorénavant d'intérêt et d'intentions avec ses illustres et puissans Alliés, Sa Majesté ne négligera rien de ce qui peut serrer plus étroitement les liens qui l'attachent à eux, et pour faire triompher la plus belle et la plus noble des causes.

Munich, le 14 Octobre, 1813.

[MAXIMILIEN.]

* See Traité Préliminaire d'Alliance.-Ried, le 8 Octobre, 1813. Page 106.

DECLARATION du Roi de Dannemarc contre la France.Middelfaart, le 17 Janvier, 1814.

[Traduction.]

GRACES aux soins du Gouvernement Danois, la Guerre, qui depuis 15 ans ravageoit l'Europe, n'avoit pas troublé le repos du Dannemarc. Mais le Roi se vit tout à coup dans la nécessité de prendre des mesures de défense, soit pour protéger la navigation de ses Sujets, soit pour garantir ses Pays contigus à l'Allemagne.

L'attaque de la Capitale des Etats de Sa Majesté, et l'enlèvement de sa Flotte par les Anglois en 1807, mirent fin à cet état de tranquillité dont Sa Majesté avoit eu le bonheur de faire jouir ses Sujets. Les Etats Danois eurent par cette attaque un Ennemi commun avec la France, ce qui fit rechercher et conclure une Alliance avec cette Puissance. L'Empereur Napoléon promit publiquement et formellement des Hommes et de l'argent. Une Armée nombreuse entra en effet dans les Etats de Sa Majesté. Il étoit convenu que l'entretien de ces Troupes seroit aux frais du Gouvernement François; il se montoit à plusieurs millions de rixdallers. Cette Armée resta, sans rien entreprendre, plus longtemps à la charge du Gouvernement qu'il ne l'eût souhaité. Les frais de son entretien ne furent pas remboursés au Dannemarc, et ses réclamations à cet égard furent aussi infructueuses que celles qu'il fit relativement à l'argent promis. Les finances d'un Etat dont la Guerre Maritime avoit déjà diminué les ressources, et que cette nouvelle dépense avoit totalement épuisées, ne tardèrent pas éprouver les effets les plus désastreux de l'introduction du Système Continental que l'on faisoit regarder comme un moyen d'amener la Paix Générale. L'incorporation à l'Empire François des Villes Han séatiques et des Provinces voisines devint ensuite le plus pesant fardeau, relativement aux relations commerciales avec l'Allemagne. Les effets s'en étendirent même jusqu'aux communications scientifiques.

Des promesses formelles réitérées plusieurs fois avoient fait espérer que ces obstacles si contraires à la bonne intelligence que Sa Majesté s'efforçoit d'entretenir avec le Gouvernement François seroient écartés, mais cette espérance fut encore vaine. Pendant la retraite de l'Armée Françoise dans l'hiver de 1812 à 1813, les Troupes de cette Nation, qui conformément à la Convention auroient dû couvrir les Frontières du Holstein, disparurent. Le Gouvernement François ayant déclaré à peu près à la même époque qu'il étoit prêt à nouer avec tous ses Ennemis des Négociations pour la Paix, le Roi trouva qu'il convenoit á ses intérêts de faire des propositions pacifiques au Roi de la Grande Bretagne. L'Alliance avec la France n'avoit plus aucun but. Le Roi eût bien voulu empêcher Hambourg et Lubeck de retomber au pouvoir des François, afin d'éloigner la Guerre de ses Frontières et

d'éviter la destruction de ces 2 Villes dont la prospérité est si immédiatement liée à l'intérêt de ses Sujets. Sa Majesté fut obligée de renoncer à l'exécution de ce projet. Son intérêt exigeoit qu'il acceptât l'offre qui lui étoit faite de renouveler l'Alliance avec la France et de lui donner plus d'extension, afin de s'assurer un secours puissant contre les Souverains qui déclaroient leur résolution constante de soutenir les demandes de la Suède en opposition directe avec l'intégrité du Dannemarc*.

Le Roi a de son côté rempli scrupuleusement les conditions du Traité. Pendant que ses Troupes combattoient comme Auxiliaires à côté des Troupes Françoises, elles n'ont pourtant reçu qu'une partie de la solde qui conformément au Traité leur revenoit, et les Sujets de Sa Majesté ont éprouvé des pertes sensibles, tant par le séquestre mis sur les marchandises qui leur appartenoient à Lubeck et à Hambourg, et dont le Gouvernement François se permit de disposer, que par l'enlèvement du fond de la Banque qui existoit dans la dernière de ces 2 Villes. Les promesses de faire droit aux demandes de remboursement n'ont pas été remplies, et toutes les réclamations sont restées sans succès. Il avoit été promis par le Traité qu'il y auroit 20,000 Hommes de Troupes pour défendre les Duchés et le Jutland; mais le Maréchal Prince d'Eckmühl quitta la position qui mettoit ces Provinces à couvert, se retira à Hambourg avec toutes les Troupes qu'il commandoit, et abandonna à son sort le corps d'Armée du Roi qui n'étoit pas assez fort pour résister à une Armée bien plus nombreuse. Celle-ci, profitant de sa supériorité, s'avançoit pour pénétrer dans le Pays. L'irruption des Ennemis dans les Duchés et la perte des Places-fortes, tels ont été les résultats de l'abandon éprouvé par le Roi de la part d'un Allié sur l'aide duquel il devoit compter. Sa Majesté a été dans la nécessité de consentir aux sacrifices les plus pénibles, afin de garantir le reste de ses Etats de l'invasion dont les menaçoient par terre les Troupes réunies de plusieurs Puissances, et de recouvrer la possession des Provinces tombées au pouvoir des Ennemis. 11 rappelle le Ministre qu'il avoit auprès de l'Empereur des François, et il a déclaré au Ministre de l'Empereur résidant à sa Cour qu'il ne seroit plus reconnu en cette qualité, et qu'on lui fourniroit l'occasion de retourner en France. Sa Majesté déclare aussi qu'elle se réunit aux Souverains Alliés contre la France, pour coopérer au retour de la Paix Générale, objet des vœux de toutes les Nations de l'Europe, et dont les Etats Danois ont le plus grand besoin. Donné à Middelfaart, le 17 Janvier, 1814.

* See Traité d'Alliance.-Copenhague, le 10 Juillet, 1813.

plement. Tome 5. Page 589.

[FREDERIC.]

Martens. Sup

PROCLAMATION du Roi de Suède aux Norvégiens, sur l'annexation de la Norvège à la Suède.-Au Château de Stockholm, le 10 Juillet, 1814. [Traduction.]

Au moment où notre Fils bien-aimé, le Prince Royal de Suède, va se mettre à la tête de nos Armées de terre et de mer, pour prendre possession du Royaume de Norvège: nous ne saurions refuser à notre cœur paternel la satisfaction d'ouvrir encore une voye de Paix et de conciliation à nos Sujets égarés, avant que les malheurs inévitables d'une entrée à main Armée ne confondent l'innocent avec le coupable.

Habitans de la Norvège! votre existence politique a irrévocablement été déterminée par les grands résultats de la Guerre, et sanctionnée par les Traités les plus solemnels. Il ne dépend plus de quelques factieux, qui voudroient tromper votre loyauté et votre bonne-foi, de mettre des obstacles à l'établissement dans le Nord d'un nouvel ordre de choses, qui vient d'être unanimement garanti par toutes les Puissances prépondérantes de l'Europe.

Les droits incontestables de la Suède à l'union de la Norvège ont été trop chèrement achetés par le sang et par les efforts patriotiques de nos Sujets, pour qu'il nous soit permis d'hésiter un seul instant à les faire valoir et à les soutenir par tous les moyens, que la Providence a mis à notre disposition.

Par tous les sacrifices, par lesquels nous avons contribué à la délivrance générale de l'Europe, nous n'avons jamais désiré d'autre récompense, que la Paix et la tranquillité future de la Presqu'îsle Scandinave. C'est pour faciliter l'heureuse réunion de la Norvège à la Suède et pour la cimenter par tous les principes d'honneur et de loyauté, que nous avons consenti à rendre au Roi de Dannemarc les plus riches de ses Possessions Continentales, conquises et occupées alors par nos Troupes victorieuses et par celles de nos Alliés. C'est en faveur de ce but tant désiré, que nous nous sommes empressés de faire cesser d'abord le payement de toutes les Contributions, qui avoient déjà été exigées des Provinces Danoises; que nous avons solemnellement renoncé à toutes les anciennes prétentions, que nous étions en droit de former contre la Cour de Copenhague en faveur de nos Sujets, et que nous avons ajouté à ces conditions de Paix desintéressées, des offres encore plus considérables, et des sacrifices bien plus pénibles pour notre cœur, comme une indemnité ultérieure pour la cession paisible de la Norvège.

Malheureusement un seul Individu a trompé jusqu'ici tous nos efforts et ceux de nos Augustes Alliés. C'est l'ancien Gouverneur de Sa Majesté Danoise, qui se permet d'abuser de votre confiance, pour vous faire agir criminellement envers toutes les Puissances, qui ont sanctionné la réunion des Etats Scandinaves, et qui ont toutes

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