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» l'on conftruisît fon baromètre double, d'après des
rapports très-difficiles
» à faifir. On a abandonné depuis long-temps fa méthode, & les baro-
» mètres fimples font prefque les feuls dont les Phyficiens fassent usage.

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» Le moyen qu'il indiquoit pour corriger dans le baromètre l'erreur pro

» duite par la chaleur, en fe fervant pour cela du thermomètre, a été
renouvellé par plufieurs Météorologiftes, & entr'autres par M. de

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در

» Luc.

» Il n'eft pas inutile de remarquer qu'on a cru long-temps, à Londres » & à Paris, que dans les baromètres fimples le mercure n'augmente » pas fenfiblement de volume pendant les plus grandes chaleurs de l'été, » même en expofant le baromètre au foleil. Un pareil phénomène feroit » contraire aux loix les plus connues de la Phyfique; &, pour fe con» vaincre du contraire, on n'a qu'à laiffer un baromètre bien purgé d'air

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pendant quatre minutes au foleil on verra le mercure s'y dilater, pour

» reprendre fon état naturel dès qu'on le tranfportera à l'ombre. A la
» vérité, s'il y a de l'air dans le haut du tube, le mercure ne s'élevera
point; il baiffera même, étant repouffé par l'air renfermé qui fe dilate:
mais dans un baromètre à deux branches, l'augmentation de volume fe
»fera fentir dans la petite.

» M. de Luc, perfuadé avec raifon que la dilatation du mercure avoit fieu dans le baromètre, en plaça plufieurs dans une chambre avec des thermomètres; échauffant enfuite l'appartement le plus qu'il lui fut » poffible, il obferva de combien de degrés les thermomètres étoient » montés, & quelle avoit été la dilatation du mercure dans les baro» mètres. En partant de cette expérience, qu'il n'a pas répétée, il a établi une

proportion, de laquelle il réfulte, felon lui, que le thermomètre montant » du point qui marque la glace à celui qui répond à la chaleur de l'eau » bouillante, le mercure du baromètre doit fe dilater de fix lignes. M. de

כל

در

Luc propofe enfuite de conftruire un thermomètre, où 96 marque la chaleur de l'eau bouillante, & dit qu'alors chaque degré de ce thermomètre défignera qu'il y a de ligne de dilatation dans le baromètre. Mais comme dans l'expérience qui fert de base à fa méthode, la » hauteur de la colonne que l'air tient en équilibre eft fuppofée être de 27 pouces, il eft clair que la dilatation fera plus grande ou plus petite, felon la plus grande ou plus petite élévation du baromètre. Le thermomètre de correction ne pourra donc fervir que pour le cas où la lon»gueur de cette colonne fera de 27 pouces. L'Auteur a prévu cet incon» vénient, & il veut qu'on change les degrés du thermomètre en raifon >> inverfe de la hauteur du baromètre, pour qu'ils indiquent toujours des » 16mes de lignes à retrancher fur cette hauteur.

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>>

Le feul moyen qu'on ait donc trouvé jufqu'à préfent pour diftinguer dans le baromètre l'effet de la chaleur de celui de la pefanteur de l'air, eft de confulter un thermomètre fait exprès, & de faire enfuite les ré

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ductions néceffaires, felon les différentes hauteurs de la colonne de

» mercure.

>> Je crois que cette méthode eft compliquée & fautive, & j'en ai une à lui fubftituer, qui me paroît plus fimple & plus certaine.

» Au lieu de recourir à un thermomètre pour déterminer la dilatation » du mercure dans le baromètre je ne me fers que du baromètre

,

> même.

» Mon baromètre, comme celui de M. de Luc (1), n'eft qu'un tube > recourbé par l'un des bouts, & d'un égal diamètre dans toute fa longueur. Je place une graduation à côté de l'une & l'autre branches, de

façon que la diftance des deux niveaux étant de 28 pouces, je mets o

» à côté de l'endroit où le mercure fe tient dans la petite branche

» & 28 à l'endroit où il s'arrête dans la grande. Un nonius, qui tient à » l'une & l'autre échelles, me fait connoître les variations qui furviennent; » & de ligne devient par-là très-appréciable.

» Je connois auffi la longueur de la colonne abfolue de mercure. J'entends par colonne abfolue celle que forme tout le mercure du baromètre; » & à caufe du contour, elle eft dans mon baromètre de 38 pouces. On >> peut lui donner indifféremment plus ou moins de longueur, pourvu qu'on » la connoiffe.

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» Lorsque l'air agit par fa pefanteur fur le baromètre à deux branches, » le mercure monte d'une ligne dans la petite branche quand il def»cend d'une ligne dans la grande, & il monte dans la grande lorf» qu'il defcend dans la petite : il fe tient toujours à des points correfpon

» dans.

» Mais fi la chaleur dilate ou fi le froid condenfe le mercure, cette » correfpondance n'existe plus, & je trouve dans ce défaut de correfpondance > un moyen infaillible d'apprécier exactement la dilatation du mercure dans le baromètre.

» Je fuppofe, par exemple, que le mercure foit dans le grand tube à » une ligne en deffus de 28 & à o dans le petit, je dirai: Si la pefanteur

de l'air a fait monter le mercure d'une ligne dans le grand tube, il doit » être defcendu d'une ligne dans le petit ; il doit donc s'y trouver à une ligne en deffous de o; mais il eft toujours arrêté à côté de o: donc » la ligne d'augmentation n'eft pas due à la pefanteur de l'air, mais à la » dilatation du mercure.

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Il en eft de même pour la condenfation. Si le mercure, dans la longue branche, eft à deux lignes en eft à deux lignes en - deffous de 28, il doit fe trouver » dans la petite branche à deux lignes en-deffus de o, fi la pefanteur

(1) M. de la Grange a été le premier à proposer le baromètre à deux branches, pour éviter le changement de la ligne de niveau; & M. de Luc l'a rendu portatif,

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» de l'air a été la caufe de la variation. Si donc le mercure eft à o dans la

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» petite branche, les deux lignes d'abaiffement feront dues à la condensa» tion du mercure.

» Il me fuffit donc, pour apprécier la dilatation ou la condensation

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» du mercure dans le baromètre, d'obferver s'il fe tient ou non à des points » correfpondans dans les deux branches: s'il n'y eft pas, & que ce foit » par excès, il y aura dilatation; fi c'est par défaut, il y aura condenfa

>>tion.

» Afin de partir d'un point fixe, je fuppofe qu'il n'y a ni dilatation ni » condensation dans le mercure lorfque le thermomètre de Réaumur fe

J

tient depuis plufieurs jours au tempéré; c'eft alors qu'il faut conftruire

» les baromètres, ou fe régler fur un qui ait été conftruit dans ces cir

» conftances: autrement, on pourroit toujours connoître la dilatation

D

qui furviendroit; mais les baromètres ne feroient pas comparables.

Pour avoir la hauteur réelle de la colonne que l'air tient en équilibre, il ne faut point en ôter tout ce qu'on a trouvé de dilatation dans le » baromètre: car la dilatation de la colonne d'équilibre ne peut être qu'une » partie de la dilatation de la colonne abfolue de mercure; &, pour la » connoître, il faut combiner l'effet de la dilatation avec celui de la pefanteur

» de l'air.

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» Le mercure contenu dans le tube doit fe dilater dans tous les fens ; » &, chofes égales d'ailleurs, il doit s'élever également dans les deux » branches mais le mercure augmente fon volume, ou, ce qui eft la même chofe, diminue de pefanteur fpécifique, en fe dilatant; la colonne d'air en foutiendra donc un plus grand volume qu'elle ne faifoit » avant la dilatation. Cette augmentation de volume fera par conféquent » plus confidérable dans la grande branche que dans la petite, & la » différence fera proportionnée à la longueur de la colonne d'équilibre.

Lorfque je voudrai connoître la longueur de cette colonne fans dila»tation, la chofe me fera facile, en n'ayant recours qu'au baromètre » même.

» D'abord, en voyant fi le mercure eft dans les deux branches à des

points correfpondans, je connois s'il y a ou non dilatation, & de com

» bien de lignes & même de 12mes de ligne la colonne abfolue a augmenté » ou diminué de volume.

{

» Ensuite, la distance des deux niveaux me donne la hauteur de la colonne d'équilibre.

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I

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» Ces deux points déterminés, je dis : La dilatation ayant fait aug»menter le volume de la colonne abfolue de on, &c., la colonne » d'équilibre doit auffi avoir augmenté le fien de ou, &c. Je retranche ou, &c., de la hauteur que je lui ai trouvée en prenant » la diftance des deux niveaux; il me refte la hauteur de la colonne » de mercure, qui fait équilibre à l'air fans dilatation ni condenfation.

100

כפ

Si je veux me difpenfer de calculer, je puis faire des tables qui m'in» diquent tout de fuite combien il y a de dilatation dans la colonne d'équilibre, relativement à ce que j'en trouve dans la colonne ab» folue.

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» Cette façon d'apprécier la dilatation ou condenfation du mercure dans » le baromètre, eft, comme on voit, très-fimple & bien moins compliquée » que celle qui eft en usage.

» que celle que a voulu connoître la dilatation d'une grande maffe de

» M. de

mercure par la dilatation d'une petite maffe contenue dans un verre beaucoup moins épais. Il me femble qu'il valoit mieux appliquer direc»tement la chaleur à la maffe du mercure contenu dans le baromètre » même; & qu'au lieu d'échauffer une chambre, il eût été plus fimple » d'ajouter un tube à la petite branche du baromètre, & de le plonger » enfuite dans la glace pilée & dans l'eau bouillante. Rien ne prouve,

»

dans l'expérience de M. de Luc, que la dilatation ait été concomitante » dans les baromètres & les thermomètres; on voit même qu'elle ne » l'a pas été, puifque ce Fhyficien dit qu'il n'a eu que des à-peu-près dans fes résultats.

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» Pour corriger la dilatation du mercure dans le baromètre par le » thermomètre, il faudroit premièrement connoître le rapport exact de » l'augmentation de volume de mercure avec une chaleur donnée. Or, ce » rapport n'a point encore été déterminé par les Phyficiens d'une manière » inconteftable.

» Selon M. de Luc, le volume du mercure augmente de, lorsqu'il eft » échauffé jufqu'au point de la chaleur de l'eau bouillante, en partant du point » de la congélation de l'eau. Selon M. Christin, Académicien de Lyon, » le volume du mercure augmente dans ce cas de, ce qui eft bien diffé» rent ; &, d'après les expériences ingénieufes d'Amontons, il n'aug» mente que de (1).

B On peut donc affurer que nous ignorons encore de combien le mercure augmente de volume en paffant de la température de la glace » à celle de l'eau bouillante; c'eft cependant fur ce point indécis que la » méthode ordinaire eft fondée. En la fuppofant bonne en elle-même, » il faudroit l'appuyer fur de nouvelles expériences plus concluantes que

(1)_M. le Chevalier de Rocheblave a eu la même idée que moi, fans avoir eu connoiffance du Mémoire que j'avois lu à l'Académie. Pour connoître la dilatation du mercure dans le baromètre, il l'a plongé alternativement dans la glace & l'eau bouillante. Voyez le Mémoire curieux qu'il a publié dans le Journal de Physique du mois de Mai. Il a eu un résultat différent de ceux d'Amontons, de Chriftin & de M. de Luc. M. le Gaux a auffi rendu compte, dans les Affiches de Metz, d'un procédé à-peuprès-femblable; & fon résultat differe cependant beaucoup de celui de M. de Ro

cheblave.

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les anciennes, & conftruire auffi un nouveau thermomètre de correc» tion. Mais quand même on feroit tout cela, on n'auroit jamais un moyen » sûr de connoître par le thermomètre la dilatation du mercure dans le » baromètre. L'imperfection de cette méthode tient non-feulement aux ex>> périences peu exactes qu'on a faites pour l'étayer, mais encore à la méthode même.

La chaleur ne fe communique pas feulement aux corps en raifon de » leur denfité, mais encore en raifon de leur volume. Si le volume d'un

corps eft confidérable, la chaleur, dans un temps donné, ne pénètre » pas jufqu'à fon intérieur. Le mercure étant en plus grand volume dans » le baromètre que dans le thermomètre, & contenu dans un verre plus épais, la dilatation ne peut être concomitante dans l'un & l'autre inf

כל

» trument.

>> On dira peut-être qu'il faut peu de temps au mercure pour prendre

»

pour

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la température de l'air ambiant; mais quel eft ce temps : & quelles font » les expériences faites par les Phyficiens pour nous dire s'il faut » cela un quart-d'heure, une heure, un jour? Il eft clair que ce temps variera comme la quantité de mercure. Il faudroit qu'on nous dit que lorfqu'il y a dans le baromètre tant de livres & d'onces de mercure, » il faut le laiffer pendant tel ou tel temps dans la température où l'on » veut obferver; & alors, quel embarras pour l'Obfervateur! Arrivé au » fommet d'une montagne, il fera obligé d'attendre que fon baromètre ait repris la température de l'air; &, fi le mauvais temps l'en empê» che, il perdra le fruit de fon voyage. Ce n'eft pas encore tout. Sup

pofons qu'il ne faille au baromètre, pour prendre cette température,

» qu'une demi-heure ou un quart-d'heure (ce que je puis affurer n'être » pas affez), fi la température vient à changer, il faudra que l'Obferva>>teur attende encore pour que le baromètre fe co-ordonne de nouveau » à la température extérieure; & fi cette température continue à varier

jamais la température du baromètre ne fera au même degré que celle » de l'air; jamais les dilatations ne feront concomitantes dans les deux > inftrumens: fouvent des variations fubites influeront d'une manière

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» très-fenfible fur le thermomètre, fans rien changer au baromètre; & fuppofera dans le baromètre une dilatation ou une conden

» fation qu'il n'aura réellement pas. Tout le monde fait que les varia

» tions de chaleur font fubites & fréquentes fur le fommet des montagnes : » elles le font auffi ; quoique beaucoup moins, dans les plaines; & j'ai ob» fervé, dans les environs de la plaine de Crau, 64 variations dans vingt» quatre heures.

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Il y aura encore un autre inconvénient. On ne fera jamais sûr que les baromètres des Obfervateurs, placés au fommet & au bas de la » montagne à mefurer, foient d'accord entr'eux; l'un pourra être à la tem

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