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fur les rivieres de Paramaribo, de Surinam, de Démérary, d'Effequebo & autres. Outre cela, ils ont leurs maifons de campagne, ou leurs plantations, répandues dans différens endroits, & généralement le long des moindres rivieres ou des fuiffeaux. Le fucre, le café, l'indigo, le coton, le cacao, font les productions les plus confidérables de la colonie. On emploie aux travaux des plantations des efclaves negres, qui, prefque tous, viennent de la côte de Guinée en Afrique, où des particuliers vont les acheter; la traite des Negres ayant été permife depuis 1730, fous certaines reftrictions cependant, dont Pune eft qu'on ne ne peut faire ce commerce que le long de cette côte d'Afrique, qui s'étend depuis le cap Appol lonia jufqu'à Rio de la Volta; la compagnie des Indes occidentales s'étant réfervé jufqu'à cette année 1730, le privilege exclufif de transporter fur fes vaifleaux des efclaves à Surinam. Outre les Negres de Guinée, il y a encore quelques Indiens des rivieres de l'Orenoque & des Amazones, connus fous le nom d'esclaves rouges; ceux-ci, moins robuftes que les autres, font , pour cette raison, prefque tous employés à des occupa ions dome tiques. Enfin, il y a les créoles, nés dans la cokonie même, de parens efclaves. Ces derniers font plus eftimés que tous les autres, par la fidélité qu'ils ont d'ordinaire pour leurs maitres. Au ref te, on fubdivife encore tous les Negres en différentes claffes, qui toutes tirent leurs dénominations de cette partie de l'Afrique, ou des autres Jieux où on les achete. Il y a, par exemple, les efclaves ou Negres d'Ardras ou de Congo; de Nago, les efclaves allais; les Negres d'Aquéras, de Tebou, de Guiamba, de Jaquin, de Del mina, de Loango, &c., qui tous font diftingués par des marques ou incifions qu'ils ont fur quel ques parties du corps, Ils font plus ou moins ef

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simés, felon leur naturel féroce ou traitable, & les qualités corporelles qui les rendent plus ou moins propres au fervice qu'on en exige.

On fe plaint que ceux qui ont la direction des plantations dans les colonies hollandoifes maltraitent les efclaves. Il eft fort douteux qu'en général, cela foit vrai. Tous ceux qui ont le pouvoir en main, font portés à en abufer. L'homme confulte rarement fon droit; il n'est arrêté que par les bornes de fa puiffance. Il ne faut donc pas s'étonner fi, de tems en tems, on voit dans les colonies des directeurs qui, par leur mauvaife conduite, font foulever des hommes qui, quoiqu'efclaves, fentent cependant qu'ils font hommes, & qui s'apperçoivent que la fubordination n'eft pas beaucoup refpectée parmi ceux qui les maitrifent. On a plus lieu de s'étonner qu'on laiffe ces établiffemens, nés & formés à la longue fans prendre des mefures propres à remédier des inconvéniens qu'il faudroit plutôt fonger à prévenir qu'à corriger. Outre le défaut de police, on reproche encore aux Hollandois de n'être pas affez attentifs aux moyens qui doivent affurer la tranquillité publique, & tenir leurs poffeffions dans un état de défenfe.

Quoiqu'il en foit, depuis l'établissement de la colonie de Surinam, il s'eft paffé très-peu d'années qui n'aient été marquées par le foulevement des efclaves, par la dévaftatation de plufieurs plantations, & le maffacre même de leurs maitres & de plufieurs Blancs. Une des caufes de ces révoltes fréquentes, c'eft la facilité qu'ils ont de fe joindre aux Negres des bois, ou transfuges qui habitent les forêts inacceffibles répandues fur tout Je continent de l'Amérique méridionale. Ces Negres des bois, connus auffi fous le nom de Negres marons, fe fauverent du tems que les Anglois étoient maitres de ces colonies; & s'étant enfuis

dans les bois, ils y fonderent une espece de république, qui fubfifte encore, & qui s'accroît tou jours par la fuite des autres efclaves, qui fe rendent dans leurs habitations, pour y jouir de lal liberté que ces transfuges ont confervée depuis qu'ils ont eu le bonheur de fe fouftraire au joug de la fervitude..

Il peut arriver que l'imprudence, & la mauvai fe conduite des colons contribuent aux révoltes des efclaves, & aux déprédations que les Ne gres des bois exercent dans les colonies; mais il feroit injufte d'en rejetter toujours la faute fur les Blancs indiftinctement, ou fur les mauvais traitemens qu'ils font à leurs efclaves. Dès l'année 1701, on a eu à fe plaindre des cruautés commifes par les Negres. En 1713, & quelques années plus tard, ils menacerent quelques propriétaires, ruinerent leurs plantations, & s'emparerent de tout ce qu'ils purent transporter. Pendant l'administration du Sr. Temminck, qui gouverna la colonie depuis 1721 jufqu'en 1727, lesmêmes Negres ruinerent, fur la Commewire, les plantations du Sr., Ridderback; & après yt avoir commis les plus grands excès, ils enleverent & entrainerent dans leurs bois les efclaves & tous les autres effets de tranfport. Dès-lors mê¬ me, ils fe préparoient à hazarder quelque expédi→ tion plus confidérable, puifque l'on eut avis que plu fieurs efclaves, fans doute à l'infligation des Ne-> gres des bois, faifoient des efpeces de collectes entre eux pour acheter de la poudre & du plomb. On punit quelques-uns de ces imprudens collec teurs; ce qui, pendant quelque tems, contraignit les autres à diffimuler, & à fe tenir tranquilles. Devenus plus hardis ou plus téméraires, après avoir fait une efpece d'effai de leurs forces en ruinant plufieurs plantations à Para, Tempati & Reninica, dont ils tuerent non-feulement

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les Blancs, mais même plufieurs efclaves, ils ofe rent, en 17.30, fe jetter fur la plantation de Berg en Daal, qui appartenoit au gouverneur même de la colonie, C. E. H. de Cheuffes. Environ 40 de ces Negres vagabonds, qui ont leurs habitations dans les bois, ayant épié le moment que les efclaves de cette plantation, occupés à porter au moulin les cannes de fucre, avoient laiffé leurs hâchoirs dans la campagne, ils s'en emparerent, de même que de l'arme à feu que l'officier negre qui commande alors les autres efclaves avoit auffi abandonnée, & attaquerent, au retour, les efclaves ainfi défarmés. Ceux-ci, quoiqu'en bien plus grand nombre, obligés de fuir, fe défendirent pourtant du mieux qu'ils purent, & cauferent même quelque dommage à leurs ennemis, qui s'étant réfugiés dans leurs bois, eurent le bonheur de fe fouftraire pour lors à la vengeance des Blancs, qui s'étoient mis à leur pourfuite, accompagnés de tous les esclaves qu'ils avoient pu raffembler, & à qui ils avoient donné des armes.

Cette irruption fut comme le fignal de la guerre que l'on fit dès-lors à ces Negres, & aux efclaves fugitifs qui fe retiroient dans leurs bois; guerre qui, à plufieurs reprises; & avec des fuccès variés, dura longues années, & qui n'eut d'autre effet que d'aguerrir ces bandits, de les rendre plus audacieux & plus entreprenans, de procurer aux esclaves mêmes les moyens de fe venger plus fréquemment & plus sûrement de leurs maitres, & de contraindre enfin, les colonistes à faire avec ces transfuges des traités de paix, lef quels, quoique peut-être devenus néceffaires, ne fervoient qu'à enfler le courage de ces féroces ennemis, qui, fe voyant traités d'égal à égal, de voient naturellement fe croire fupérieurs à ceux qui leur demandoient la paix, its va

Ce fut vers l'an 1749, que le gouverneur Mau#icius propofa ce moyen comme le feul capable

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décarter pour toujours ces hôtes incommodes. On avoit éprouvé, depuis 1730 jufqu'alors, que toutes les petites guerres qu'on leur avoit faites, quelqu'avantageux que le fuccès en eût paru, n'avoient apporté que peu de fruit, & avoient couté des fommes confidérables. Outre la diffi culté de les relancer dans leurs forêts, la longueur & les dangers des marches, c'étoit tou jours à recommencer; & fi les Negres étoient quelque tems fans paroitre, ils revenoient bientôt plus forts & plus furieux que jamais; & profitant de la négligence ou de la fécurité des coloniftes, ils fe vengeoient alors avec ufure des pertes que ceux-ci leur avoient fait fouffrir, ou des cruautés qu'ils avoient impitoyablement ex-. ercées fur quelques-uns d'entr'eux.

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Sans parler ici des inhumanités que les horreurs de la guerre & la châleur du combat femblent autorifer, on ne peut, fans frémir, lire les cruautés réfléchies que le prétexte de la néceffité d'effrayer ces barbares a fait fcellér du fceau de la justice. Une fentence émanée en 1730, de la cour de juftice de cette colonie, & exécutée contre II de ces malheureux, du nombre defquels étoient 8 femmes, devoit feule fuffire pour infpirer aux autres, non la terreur mais une haine éternelle, & une foif de fe venger, qui ne pouvoit s'éteindre que dans les flots de fang d'un peuple affez impitoyable pour inventer des fupplices qui multiplioient, pour ainsi dire, la mort en la reculant. L'un d'eux fut condamné à avoir un crochet de fer paffé par les côtes, & à demeurer en cet état pendu à la potence pour y attendre une mort lente & horrible. Deux autres, attachés à un poteau, y furent brûlés vifs, mais à petit feu, & cependant tenaillés avec des tenailles ardentes, &c. Nous ne dirons rien des au tres fupplices, moins barbares peut-être & plus

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