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en marche pour la même deftination; lorfque tous ces différens corps feront raffemblés, ils formeront une armée de 50 à 60 mille hommes, laquelle fera employée fuivant l'exigence des cas. On travaille en diligence à établir en cette réfidence des magans très-considérables de vivres & de fourages, pour la subsistance de ces troupes pendant le cours de cette année. On en formera auffi dans l'intérieur de l'empire, que l'on remplira des provifions néceffaires pour la nourriture des hommes & des chevaux pendant deux ans: tous nos ports & forts fur la mer d'Azow feront également approvifionnés, & furtout les fortereffesde Demetrius, d'Azow & de Tagenrok.

On eft fort occupé dans les départemens de la marine, tant ici qu'à Cronstadt & à Revel, à pourvoir les magafins de tout ce qui eft néceffaire pour l'équipement d'une flotte. On y travaille en toute diligence, depuis quelque tems, à la conftruction & à l'armement des galeres ; il eft certain qu'il y en aura 60 outre 4 vaiffeaux de ligne, quelques frégates & autres bâtimens qui doivent être équipés & prêts à mettre à la voile au printems prochain. Enfin, il fe trouve ici & à Archangel un grand nombre d'ouvriers qui ne ceffent de travailler à la conftruction de nouveaux vaiffeaux de guerre.

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Les dépenfes énormes qu'exigent néceffairement tant de préparatifs, n'empêchent pas l'impératrice de s'occuper de l'embelliffement de cette capitale & de la ville de Mofcou. S. M. I. a deftiné, pour cet effet, une fomme annuelle de 200 mille roubles (environ un million); mais la reconstruction du palais impérial du Cremlin, dans l'enceinte intérieure de Mofcou, abforbera la plus grande partie de cet argent; ce palais fe nomme le Kremfel.

Par une fuite des fages mefures du gouverne

A S

ment, il va fe former ici une école de commer→ ce, dont l'ouverture eft fixée au 21 Avril prochain. On n'y admettra d'abord que 20 éleves, qui y feront vêtus, nourris & inftruits dans toutes les parties du commerce auquel ils feront destinés. On donnera la préférence aux enfans dontles peres, marchands, feront morts fans fortune. On n'en exclura cependant pas les jeunes-gens qui auront du goût pour le commerce; mais ils y feront élevés & inftruits à leurs propres frais.

On defire depuis longtems fur la Dwina, qui eft affez large & affez rapide, un pont bâti de façon à pouvoir réfifter à l'effort des glaces. Le gouvernement voudroit furtout qu'on put en conftruire un de pierre & fans arches, & il deftine un fond de 200 mille roubles pour cet objet. Si l'on ne peut parvenir à remplir fes vues, on fe contentera d'un pont volant, & on récompenfeFa l'architecte qui en imaginera un que les glaces ne pourront détruire. Tous les plans qu'on a reçus jufqu'à-préfent, n'ont point fatisfait; on invite de nouveau les gens de l'art à faire des recherches, & à tracer des modeles.

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SUEDE.

STOCKHOLM (le 14 Février. ) Le roi a difpofé du régiment de Finlande, vacant par la mort du lieutenant général baron de Piornberg, en faveur du baron de Saltza, qui eft remplacé par le chevalier de Blomcreutz, en qualité de colonel du régiment de Savolax, infanterie. S. M. a nommé, en même tems, fecrétaire d'état au département de la guerre, le Sr. Walenflierna, confeiller de guerre, chevalier de l'ordre de l'Etoile polaire, & elle a fait expédier des lettres de nobleffe, datées du 29 Mai 1772, au commiffaire d'état Wirell, fous la dénomination de Lagerstrale,

Il paroit deux refcrits du roi. Le 1er., du 31 Janvier, rétablit la charge de capitaine-lieutenant des trabans du corps, qui donne le rang de général-major; de forte que celui qui en eft revêtu, a le pas fur tous les colonels de l'armée; mais S. M. déclare qu'aucun officier ne pourra prétendre à cette charge, s'il n'eft auparavant pourvu du grade de colonel. Suivant le fecond refcrit, qui eft adreffé au college de commerce, toutes les villes du royaume ont reçu ordre de former un projet d'une nouvelle ordonnance pour regler les élections des bourguemaitres, confeillers & fecrétaires. De tous ces projets, on rédigera une ordonnance fuivant laquelle on procédera uniformement à ces élections, qui ont occafionné tant d'abus jufqu'ici.

Les habitans de cette capit le étoient obligés de loger les foldats de la garnifon, mais le roi vient de les affranchir de cet affujeti ement, aux conditions que la ville fera bâtir inceffamment des corps de cafernes, & qu'elle payera annuellement pour la fourniture de ces bâtimens, 48 thalers, monnoie de cuivre, pour chaque foldat.

L'exemple de la capitale influe toujours fur les provinces. C'eft une vérité dont la plupart des pays ont fait de tout tems, & font encore aujourd'hui la trifte expérience, parceque le luxe & l'efprit de frivolité, qui font ordinairement le caractere diftinctif des mœurs des capitales, font imités, fous le nom de bon ton, dans les villes de province: mais en Suede nous éprouvons les bons effets de cette influence, lorsque la capitale donne l'exemple de vertu & d'humanité. La bienfaifance & la charité des habitans de Stockholm excite celle des autres villes du royaume, A Abo, la cavalerie bourgeoife á marqué l'anniverfaire de la naiffance du roi par un don de 4212 thalers de cuivre aux pauvres; & d'autres

particuliers de cette ville ont envoyé des fommes confidérables aux pafteurs, pour être diftribuées par eux aux indigens. La fociété pro patriá, a de plus reçu de Finlande, & même des ifles d'Alamd (fituées entre la Suede & la Finlande) des fubfides pour envoyer des grains dans les provinces du royaume, qui fouffrent le plus de la difette. La partie orientale de la Dalécarlie exige furtout les fecours les plus prompts; les nouvelles qu'on vient d'en recevoir font des plus affligeantes. La famine y eft montée au plus haut dégré. On trouve, chaque jour, des perfonnes mortes de faim dans les bois, fur les chemins & devant les maifons; & cette mifere y fait augmenter journellement l'émigration; de forte que cette province, fi célebre par le courage & les bonnes qualités de fes habitans, fe dépeuple à vue d'œil. On avoit efpéré que l'ordonnance portant défense de la diftillation, apporteroit du remede à ce terrible fléau, qui défole fa Suede depuis près de deux ans ; mais il paroit que rien ne peut arrêter les honteux maneges des ames baffes, qui font de l'intérêt perfonnel l'unique prin cipe de leurs actions. Les braffeurs, qui font en même tems diftillateurs, quoique ne pouvant exercer ce dernier métier, achetent cependant tous les grains qui fe préfentent au marché, enforte que le prix du blé eft de nouveau monté de 60 à 72 thalers, monnoie de cuivre, par tonne; ce qui met le peuple hors d'état de s'en procurer.

La médaille dont le roi a décoré plufieurs officiers de la bourgeoifie, repréfente le buste de S. M., avec cette infcription: Guftavus III, D. G. rex Suecia. On voit au revers une ruche, d'où s'échappe un effain d'abeilles, qui s'empreffent de fuivre leur roi défigné par une groffe abeille. On y lit: Concordes, regique fideles, & à l'exergue: Cives holmienfes, A. 2772 D. 19 Aug. Le roi a

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fait préfent d'une pareille médaille à l'ambassadeur de France & aux autres miniftres étrangers.

On a exagéré les pertes occafionnées à Wennersbourg & dans fes environs par l'ouragan du 31 Décembre dernier, fourtout quant aux éclufes de Trollherta. Les avis ultérieurs les diminuent de beaucoup, & les ingénieurs ont mandé ici à la direction, que les frais de réparation n'iroient pas beaucoup au-delà de 12 à 15 mille écus, monnoie d'argent; mais le même ouragan s'eft fait fentir à Linkioping. Les eaux du Wenner fe font élevées à 9 aunes au-deffus des maifons, dont plufieurs, même de pierre, ont été emportées avec leurs effets. Le dommage n'y eft évalué pourtant qu'à 10 mille écus, monnoie de cuivre. Ce qu'il y avoit de plus furprenant dans ce défaftre pour la faifon, ce fut la multitude des éclairs, fuivis de coups de tonnerre, dont plufieurs furent très-violens.

Dans l'affemblée que l'académie royale des fciences tint le 27 du mois dernier on fit la lecture d'une lettre que l'envoyé de Tripoli actuellement ici, avoit écrite à la compagnie en langue arabe, & que l'ancien conful Bagge avoit traduite en fuédois. Cette lettre, qui mérite d'être connue, contient ce qui fuit.

Entre les diverfes inftitutions qui excitent l'attention d'un étranger, & qui m'ont frappé particulierement, je compte les compagnies des fçavans, qui employent, nonfeulement pour le bien actuel du pays, mais encore pour celui de la poftérité, quelques heures du peu de loifir que leur laiffent leurs affaires multipliées, à obferver & examiner tout ce qui eft digne de remarque dans la science économique, l'agriculture, l'hiftoire naturelle & les autres connoiffances de ce genre. Leur attention curieuse n'eft point bornée par les limites de leur pays: ils recherchent auffi tout ce dont la nature a partagé les autres pays & fe l'approprient, en le cultivant fous le climat qu'ils habitent.

Quoique je fois né dans un pays où de pareilles infti

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