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l'année précédente ont encore été plus terribles.

IT A LI E.

ROME ( le 2 Janvier. ) En reconnoissance des bienfaits que les Rois de France ont accordés à la Basilique de Saint-Jean-de-Latran, le chapitre de cette église est dans l'usage de célébrer lolemnellement, tous les ans, le jour de la fête de Ste. Luce, époque de la concession de ces bienfaits. Ce chapitre s'est acquitté de ce devoir avec la même foleinnité que les années précédentes. Le Çardinal de Bernis se rendit, le 27 du mois dernier dans le plus grand cortege, à cette Basilique , où il fit les honneurs de la cérémonie. Le Prélat Matá thei, Patriarche d'Alexandrie, officia pontificalement à la grand'meffe , qui fut chantée par un corps de musique très-nombreux.

On prétend que dans le discours que le S. Pere fit dernierement au sacré College,

à l'occasion de la promotion du Cardinal de Firmian Evêque de Passau, Sa Sainteté insinua qu'elle avoit jugé à propos de donner cette satisfaction à la cour de Vienne, pour l'engager à s'employer auprès de l'Impératrice de Russie & du Roi de Prufse, en faveur des ecclésiastiques & des peuples polonois qui se trouvent aujourd'hui fous la do mination de ces fouverains.

Sa Sainteté a conféré, depuis quelque tems, au Prélat Caraffa de Trajetto, Napolitain, de la Congrégation dire des Evêques & Réguliers, quelques bénéfices, situés dans le royaume de Naples; mais, jusqu'à présent, S. M. Sicilienne refule de donner l'exequatur à ce Prélar; ce Prince prétend, dit-on, s'attribuer la collation des bénéfices de fon royaume.

Les Employés de la Douane des vivres de cette capitale s'étoient tous réunis pour commettre des prévarications de toute espece. Il y avoit environ 6 ans qu'ils jouissoient, avec impunité, du fruit de leur infidele administration, lorsqu'un de leurs complices alla les dénoncer, dans l'espérance d'obtenir sa grace , & la récompenfe attachée à la denonciation. Quelques-uns des prévaricateurs, informés de ses démarches, qui ne furent pas

affez secrettes, ont eu le tems de fe fauver , & les autres ont été conduits dans les prisons, où ilsattendent la punition que la justice leur prépareen instruisant leur procès. On a reconnu que les deniers soustraits à la régie par les maneuvres de ces fripons, montent à 180 mille écus romains.

Lorsque les Jésuites de Portugal furent renvoyés de ce royaume en cette capitale , au nombre de plus de mille, le Général de cette Compagnie fe chargea de leur entretien, dont la dépense fut évaluée à 800 mille scudis, outre celle qu'il fuc obligé de faire pour leur logement. Cependant, pour suppléer au soutien de ces religieux, Clés ment Xill assigna au Général, sur la chambre apostolique, la fomme annuelle de dix mille feu. dis, qui ont été payés ponctuellement; mais ces jours derniers, le trésorier s'est rendu chez le Général, pour lui déclarer , par ordre du fouverain Pontife, que S. S. n'étoit plus d'intention de continuer le paiement de cette fomme à ces religieux, & qu'il leur défendoit de contracter des dettes : furquoi le chef de cette fociété a déclaré à chacun d'eux, qu'il ne pourra fournir à leurs befoins tout au plus que pendant 4 mois, & qu'après l'expiration de ce terme , il se trouvera dans la nécessité de les abandonner à leur sort.

Le mémoire du Sr. Smuraglia reste dans toute La force, malgré tous les efforts que les Jésuites ont faits pour y répondre. Ce coup eft affua rément très-sensible à ces religieux; leur mauvaise défense confirme tout ce qu'on a dit dans

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la requête présentée pour obtenir la suppression du college romain, & ces expressions, sûrement très graves, dans lesquelles on les représente ainli que des administrateurs infideles : Infedeli e dololi amministratori, avvinti delle censure ecclefiaftiche, come ileciti negozianti L'impossibilité de se justifier de cette accusation, en a fait imaginer de nouvelles, & les circonstances ne sçauroient leur être moins favorables. On prétend que toutes les autres maisons confiées à leur administration, vont être soumises à des visites apostoliques; quelques personnes croient que ces visites ne se font pas sans motifs; que celui du S. Siege est de satisfaire les Puiffances qui demandent la dissolution de cet ordre religieux, & sur-tout l'Espagne, qui ne varie point sur ce sujet; qu'en fouillant dans l'intérieur de ces maisons , en examinant les comptes de la Société, on trouvera des infidélités suffisantes pour justifier la bulle de suppression, & qu'alors la cour de Rome , n'écoutant que la justice, ne paroitra pas céder aux instances qui lui sont faites.

NAPLES ( le 3 Janvier. ) La groffeffe 'de la Reine ne paroit plus douteuse, quoiqu'elle n'aic pas été déclarée à la cour. On prend toures les précautions possibles pour conduire très-lentement cette Princesse à Perfano, où la cour s'eft rendu, & d'où elle ne reviendra que le 19 de ce mois,

On a encore trouvé dernierement, dans les fouterrains de Pompeia, quelques ornemens de femmes, en or, tels que colliers, bracelets & bagues, avec des hiacinthes & des cornalines gravées.

MANTOVE (le 2 Janvier.) Le Pape a expédié à fon Nonce à Vienne' un bref, par lequel il l'autorife à convenir & à fe concerter avec la cour impériale fur la fuppression & la diminution des

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souvens réguliers dans la Lombardie autrichienne lui accordant tout le pouvoir requis pour cette réduction projettée, & pour l'application de leurs revenus respectifs à d'autres usages pieux. Par un autre bref, envoyé au Nonce de Portugal, le S. Pere lui accorde la faculté de dispenser dans ce royaume, en matieres matrimoniales, pour tous les dégrés de parenté, à l'exception pourtant du premier dégré.

Les lettres de Rome portent que les propofitions envoyées par le Pape au Roi d'Espagne, font, 1o., la fécularisation des maisons ci-devant occupées par les résuites; 2o., l'abolition irrévocable du Généralat de cette Société ; 3o. , leur affujettiffement immédiat aux Evêques diocésains, & 4o., leur partage en congrégations particulie

indépendantes les unes des autres. On afsure que S. M. Cathol. a répondu qu'elle ne pouvoir se départir de la premiere demande, & qu'elle inliftoit sur l'extinction totale de la Société.

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VENISE ( le zer, Janvier. ) Le sénat a refu. sé de recevoir une bulle du Pape , par laquelle S. S. avoit conféré deux abbayes au Cardinal Rezzonico, avec retenue de pensions : ce refus eft fondé sur un arrêté du sénat , qui porte que les bénéfices situés dans les terres de la république, ne pourront être possédés que par les Eccléfiaftiques qui y fixeront leur résidence.

Le sénat a destiné une somme de 20 mille ducats, pour acheter du froment & de la farine de bled de Turquie. On en fera la distribution dans toutes les paroisses de cette capitale à ceux qui auront reçu des Pasteurs des certificats de pauvreté. Le tribunal, chargé de cet important objet, vient aussi de prolonger pour le terme de 6 mois, l'importation franche de tout droit par terre & par mer, des grains étrangers, de quelque espece qu'ils soient. Il n'est point de moyens auxquels on n'ait recours pour faire baisser ici le prix des denrées de premiere nécessité.

Les Provéditeurs de fanté viennent de publier un édit qui défend de mettre en vente le linge ou les habits des personnes qui ont été attaquées ou qui sont mortes d'éthisie', avant qu'ils n'aient été purifiés par les moyens connus & indiqués. On a reconnu ici par l'expérience, que l'éthisie peut se communiquer par l'usage du linge & des habits de ceux qui font morts de cette maladie.

On a lancé à l'eau ici, le 24 de ce mois, une frégate & un chebec; on en avoit fait autant,

il

у quelques jours, & l'on continue à construire, dans nos chantiers, plusieurs autres chebecs, qui remplaceront nos galeres, parce que l'on a reconnu qu'ils sont plus utiles dans nos mers que les dernieres.

On a reçu ici les détails suivans sur le combat des Russes contre la flotte turque.

Le 26 Octobre dernier, il entra dans la rade de Patras 26 bâtimens turcs, commandés par Moustapha Pacha, fils du Pacha de Scutari. Le 5 Novembre, on apperçut, de distance du Cap-Pape, 7 navires manoeuvrant pour entrer dans le golphe. Moustapha mis sur le champ à la voile; & , jugeant que c'étoient des bâtimens ennemis, il courue sur eux ; mais ayant reconnu, au coucher du soleil , qu'ils étoient armés en guerre, & que le combat pourroit lui être désavantageux, il se détermina à rentrer dans la rade fans y mouiller cependant, mais s'y tenant sur les bords. Le lendemain, les Ruffes s'étant approchés à la distance de 3 lieues des Turcs, ces derniers eurent l'imprudence d'aller à leur rencontre. Cette escadre étoit composée de deax vaisseaux de 60 canons, de deux frégates de 30, d'une polacre de 20, d'une barque de 16, &c d'un chebec de 14. Eile écoit commandée par le Général Creigh, anglois, & avoit à bord 2 mille hommes. A l'approche des Turcs , elle se mic en ligne & cingla pour leur prendre le vent ; sur cette manoeuvre, Moustapha se fautva à pleines voiles dans golfe de Lépante, poursuivi par les Russes, qui firent échouerf18 de ces bâtimens. Le reste. d'échappa qu'à la faveur du feu des canons des deux forts

à peu

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