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porie

tention des curieux. Après avoir passé quelques corps en revue, le général Lecchi, suivi d'un nombreux état-major, se dirigea vers la porte principale: de la citadelle. Là, faisant semblant de donner des ordres à l'officier de garde, il s'arrêta quelques momens sur le pont-levis, pour donner aux vélites, dont la droite s'était appuyée jusqu'à la palissade elle-même, le temps d'avancer, couverts par le ravelin qui défend l'entrée de la place. C'est ainsi qu'ils gagnèrent le pont, déjà encombré de chevaux, après avoir passé sur le corps au premier factionnaire, dont la voix fut étouffée par le bruit des tambours français qui résonnaient sous la voûte. Alors Lecchi pénétra, avec. sa nombreuse suite, dans l'enceinte principale; le bataillon des vélites le suivit,, et la compagnie de grenadiers, qui déjà d'avance montait la garde à la principale, contint facilement les vingt soldats espagnols, obligés de céder d'ailleurs au nombre et à la surprise. Quatre bataillons français accoururent plus tard pour soutenir celui qui était entré à la dérobée, et achevèrent de se rendre tout-à-fait maîtres de la citadelle. Deux bataillons de gardes espagnoles et wallones y tenaient garnison; mais, sans défiance, officiers et soldats avaient été en ville pour leurs affaires, et lorsqu'ils voulurent retourner à leurs postes, ils trouvèrent de la résistance de la part des Français qui finirent cependant par le leur permettre, mais seulement après avoir pris les plus minutieuses précautions. Les Espagnols passèrent ensuite toute la nuit du 28 et la plus grande partie du jour suivant rangés en bataille devant leurs nouveaux et fâcheux hôtes; mais cette démonstration hostile donnant des inquiétudes aux Français, ils parvinrent à faire donner l'ordre aux nôtres de prendre leurs quartiers autre part et d'évacuer la place. Dès que le commandant espagnol vit un procédé aussi déloyal, il se

presenta en qualite de prisonnier de guerre à Lecchi; celui ci osa encore lui rappeler l'amitié et l'alliance qui unissaient les deux natipus, au moment où il en brisait si astucieusement les liens, et lui fit l'accueil le plus empresse.

En même temps, et à l'heure où une partie de la garnison était descendue dans la ville, un autre corps français s'avançait sur Monjuich. Mais le terrain élevé et entièrement decouvert sur lequel repose cette forteresse empêcha que les soldats étrangers pussent aeriver, sans être vus, au pied de ses murs. A leur approche, on leva le pont levis, et ce fut en vain que le commandant français Floresti intima l'ordre d'ouvrir les portes; là, commandait don Mariano Alvarez. Dérange dans ses artificieux dessins, Duhesme eut recours à Espeleta, et, mettant eu avant les ordres de T'empereur, il to menaça de prendre par force ce qui up bu serait pas livro de bon gre. Il parvint ainsi à intimider lo Capitano general, qui ordonna de livrer la forteresse aux Français Alvarez hesita un instant; mais l'habitude de la discipline militaire, et la profonde paix qui regnait encore partout, le decidèrent à

oboir aux ordres de son chef. Comme il se manifestait cependant quelques symptômes d'agitation dans Barcelone, à l'occasion de la traitreuse occupation de la citadelle, on attendit jusque fort avant dans la nuit pour que les Français passent entrer sans peril dans Teucente de Monjich,

L'irritation chez les militaires espagnols avait été porice a son comble dex preuves de pertìdie si répetees; il fallut prendre de grandes precautions pour eviter qu'ils en viussent, dans leur dignation genereuse, à une collision avec les Français. Laissant donc a Barcelone les gardes espagnoles et wailones, on Lị partir pour Villafranca le regiment de l'Estremadure. A soa passage par Fignières, Duhesme s'etait ar

rangé pour y laisser quelques troupes sous de spécieux prétextes. Pendant plus d'un mois, ces soldats restèrent tranquilles; mais aussitôt après l'occupation des forts de Barcelone, ils cherchèrent à s'emparer de la citadelle de San-Fernando, au moyen du même méprisable stratagême employé pour les autres places. Les Espagnols étaient cependant sur leurs gardes, et accoururent à temps pour empêcher toute surprise; mais le gouverneur, timide vieillard, donna deux jours après, au major Piat la permission d'enfermer dans la citadelle deux cents conscrits. Sous ce nom, l'officier français introduisit dans la place des soldats d'élite, lesquels, réunis à d'autres qui entrèrent par la même occasion, s'en rendirent maîtres, le 18 mars, et congédièrent bientôt le petit nombre d'Espagnols composant la garnison.

Peu de jours auparavant, la place de Saint-Sébastien était tombée. aux mains des faux amis de l'Espagne; elle avait alors pour gouverneur le brigadier espagnol Daiguillon, et le capitaine Douton commandait le fort de Santa-Cruz. Averti par le consul de Bayonne que le grand-duc de Berg, Murat, dans une conversation qu'ils avaient eue ensemble, avait indiqué combien l'occupation de Saint-Sébastien serait convenable pour la sûreté de l'armée française, Daiguillon se hâta de faire part de cette nouvelle au duc de Mahon, commandant - général du Guipuzcoa, récemment arrivé de Madrid. Celui-ci s'empressa de consulter à ce sujet le prince de la Paix; mais, avant qu'on eût eu le temps de recevoir une réponse, le général Monthion, chef d'état-major de Murat, écrivit à Daiguillon que le grand-duc de Berg avait résolu que les dépôts d'infanterie et de cavalerie des corps qui étaient entrés dans la Péninsule se rendissent de Bayonne à Saint-Sébastien, et fussent logés dans l'intérieur de la place, leur départ pour cette destina

tion etant du reste fixé du 4 au 5 mars. A peine le gouverneur avait-il ouvert cette lettre, qu'il en recut une autre du même chef, pour lui donner avis que les corps dont il lui avait parlé, et dont la force s'élèverait à trois cent cinquante hommes d'infanterie et soixante-dix de cavalerie, partiraient plus tôt qu'il ne l'avait d'abord annoncé. Ces deux depèches furent communiquees aussitôt au duc de Mahon, qui, d'accord avec le gouverneur et le commandant du fort, repondit lui-même au grand-duc de Berg, en le priant de suspendre sa détermination jusqu'à l'arrivee d'une reponse de la cour, et lui offrant en attendant de loger convenablement hors de la place et de la portée du canon les dépôts dont il s'agissait. Mais le prince français, offensé de ce refus inattendu, écrivit lui-même, le 4 mars, une lettre hautaine et menaçante au duc de Mahon, qui, ne démentant pas en cette occasion ce qu'on devait attendre d'un descendant de Crillon, répliqua avec dignité, et réitéra sa première réponse. Son anxiété n'en était cependant pas moins grande ni sa position moins hasardeuse, lorsque la complaisante faiblesse du prince de la Paix et la contrainte à laquelle l'avait réduit sa coupable ambition vinrent tirer les autorités de Saint-Sébastien du terrible et cruel conflit où elles se trouvaient engagées. En marge de la dépêche dans laquelle on lui demandait des instructions, le généralissisme Godoy écrivit de sa propre main, et à la date du 3 mars: «Que le gouverneur « cède la place, puisqu'il n'a pas le moyen de la dé«fendre; mais qu'il le fasse d'une manière amicale, «ainsi qu'en ont agi ceux des autres places, sans que "pour cela faire il y eût autant de raisons et de mo«tifs d'excuse qu'à Saint-Sébastien. » En conséquence de cet ordre, le général Thouvenot vint occuper la ville et le port, avec les dépôts dont nous avons parlé.

Tels furent les insidieux moyens employés en pleine paix, et sous le régime d'une étroite alliance, pour enlever à l'Espagne ses places les plus importantes : perfidie atroce, ruse déshonorante pour des guerriers blanchis dans la noble profession des armes, et indigne à coup sûr d'une grande et belliqueuse nation. Quand nous lisons, dans la judicieuse histoire de Coloma, l'ingénieuse ruse au moyen de laquelle Fernando Tello Portocarrero surprit Amiens, nous remarquons tout à la fois dans cette entreprise hardie, habileté à concevoir, bravoure à exécuter, et louable modération après le triomphe. La prise de cette place, qui, dans ce temps encore, servait de clé à la frontière de France du côté de la Picardie, et dont la surprise, ainsi que nous le dit Sully, accabla de douleur Henri IV, était certes légitime; une guerre acharnée se faisait entre les deux nations, et il était permis à la valeur et à la ruse de chercher un succès que ne devaient pas souiller le manque de foi et la déloyauté. Mais la conduite des généraux français était non-seulement scandaleuse, eu égard à l'époque et à l'emploi des moyens. mais encore d'autant moins excusable qu'elle était moins nécessaire. Le gouvernement français, maître des faibles volontés de celui de Madrid, n'avait besoin que d'une simple insinuation, sans avoir recours aux menaces, pour obtenir de son obséquieux et soumis allié l'abandon de toutes ses places fortes, ainsi qu'il l'ordonna pour celle de Saint-Sébastien.

D'un autre côté, Napoléon se donnait bien de garde d'oublier la marine, et demandait avec instance la réunion des escadres espagnoles avec les siennes. En conséquence, l'ordre fut donné, le 7 février, à Don Cayetano Valdès, qui commandait à Carthagène une force navale composée de six vaisseaux, de mettre à la voile et de se diriger sur Toulon. Heureusement des vents contraires, et, comme on le croit aussi, le

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