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cante par la mort de M. Lachi. M. Michot se montra dans cette place pasteur vigilant, laborieux et charitable. Il étoit l'ami le plus sincère de son clergé, le père des pauvres, le consolateur des malheureux. On le voyoit sans cesse occupé des détails de son ministère, et il trouvoit abondamment à exercer son zèle dans une paroisse si étendue et si populeuse. Des attaques successives le forcèrent d'interrompre ses travaux. Depuis plusieurs mois surtout il étoit tombé dans un état où il ne pouvoit plus rendre aucun service. Ses obsèques ont eu lieu le mardi 3 août. M. l'abbé Boudot, grand-vicaire et archidiacre, a officié; plusieurs curés de Paris étoient présens. Des associations d'ouvriers de la paroisse ont assisté aux funérailles et s'étoient fait inscrire pour porter le corps à bras depuis la barrière jusqu'au cimetière du Mont-Parnasse. Le clergé et une nombreuse population accompagnoient les restes de l'excellent pasteur. Tout s'est passé dans le plus grand ordre, quoique la capitale se ressentit encore de l'agitation des journées précédentes.

Le contrecoup des évènemens qui ont eu lieu à Paris s'est fait sentir dans les provinces, et le clergé a eu aussi à déplorer les résultats de l'effervescence populaire. A Nanci, la retraite pastorale alloit s'ouvrir; on pense bien qu'elle n'a pu avoir lieu. M. l'évêque a été particulièrement en butte aux fureurs de la multitude; il a été obligé de fuir, on l'a long-temps cherché et poursuivi, et il auroit été infailliblement la victime de l'exaltation des esprits, s'il ne se fût dérobé aux recherches les plus actives. On avoit dit qu'il s'étoit retiré dans les Pays-Bas, mais d'autres journaux ont démenti la nouvelle. Le peuple s'est vengé sur le grand seminaire de Nanci du chagrin de n'avoir pu atteindre M. l'évêque. Dans la nuit du vendredi 30 juillet, il se porta en foule au séminaire et enfonça les portes. Une grêle de pierres brisa les fenêtres qui donnoient sur la rue. On pénétra ensuite dans l'intérieur; on ne se borna pas à casser les vitres, on mit en pièces le bois des croisées. On parcourut toutes les chambres, sans y laissser rien d'intact; bois de lit, meubles, malles, pupitres, tout est dévasté. On jette les matelas et les paillasses dans la rue, et on y met le feu. On se porte ensuite à la cave, et après s'être enivré, on lâche les tonneaux. Le supérieur et le directeur de la maison avoient eu heureusement le temps de s'échapper. Les jours suivans, on est revenu jusqu'à trois

fois au séminaire, toujours sous prétexte d'y trouver des ar‍– mes, qui n'auroient pas échappé aux premières recherches. Les fouilles se faisoient de la manière la plus odieuse et la plus vexatoire. On ne sauroit se faire une idée du triste spectacle que présente aujourd'hui le grand séminaire de Nanci, qui étoit sans contredit un des plus beaux bâtimens de ce genre. Que de temps et de dépenses il faudra pour réparer le désastre d'une seule nuit!

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. Que les libéraux ont eu raison de regarder en pitié le gouvernement de Charles X! Lorsqu'il étoit le maître de leur sort, combien il avoit de ménagemens pour eux! S'il avoit vingt faveurs à donner, ils en obtenoient dix-neuf pour leur part, et encore n'étoient-ils pas toujours contens. A chaque changement de ministère, lorsqu'on s'attendoit à le voir épurer tout le personnel de l'administration publique, ses plus grands coups de tonnerre se réduisoient ordinairement à quelque petite fusée qui alloit tomber et mourir sur la tête d'un pauvre sous-préfet, d'un substitut ou d'un maire de village. Quelquefois la révolution alloit jusqu'à faire passer un homme d'un chef-lieu de département à un autre, jusqu'à déplacer un conservateur de bibliothèque royale et à disgrâcier un commis dont le traitement se convertissoit en pension. Voilà ce qui marquoit les grandes colères du voir et les grandes catastrophes de l'administration. Aujourd'hui les libéraux ne connoissent point cette manière timide d'aller en besogne; ils commencent par faire table rase et maison nette. Point de pitié, point de quartier pour les vaincus; il faut que tout passe au fil de l'épée. Depuis le ministre jusqu'au garçon de bureau, depuis le préfet jusqu'au garde-champêtre, tout est renversé de fond en comble. C'est un déménagement complet et une espèce de Saint-Barthélemi. Cependant personne ne sourcille, et l'on trouve cela admirable. Quelques-uns trouvent même qu'on n'en fait point encore assez.

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Que les écrivains fermes dans leurs principes prennent garde à eux; déjà on les avertit charitablement que l'indulgence dont on use pour le moment à leur égard ne peut pas toujours durer, et que, s'ils ne charrient pas droit, on saura en venir avec eux aux grands remèdes. C'est de quoi nous n'avons jamais douté. Le gouvernement des libéraux, quoique plus robuste et plus in

telligent que l'autre, n'est point en état de supporter la liberté de la parole et de la pensée. Fils de la presse périodique, il sera obligé de tuer sa mère pour vivre. Il sait très-bien que la grande faute, la faute énorme et irréparable de la restauration, a été de se croire assez forte pour résister à l'action dissolvante des journaux. Cette présomption lui a coûté la vie, et comme les libéraux ne veulent pas mourir, ils s'y prendront mieux, vous pouvez y compter. Au surplus, ils doivent déjà s'apercevoir que leurs adversaires n'attendent pas qu'on leur dise d'être sages, et qu'ils ne se fient que médiocrement à l'ordre légal que l'on fait sonner bien haut. Nous connoissons le caractère expéditif des gens auxquels nous avons affaire, et tout naturellenient une petite fièvre de terreur nous fait sauter la plume des doigts, quand nous éprouvons la tentation de dire quelque vérité qui blesse ces oreilles superbes. Que le Courrier français ne menace donc plus aussi durement ceux de ses confrères qui oseront broncher. La bonne opinion que nous avons de lui et des siens suffira pour nous bien guider.

On croit que le premier courrier annoncera l'embarquement de la famille royale à Cherbourg, où elle devoit être le 12 ou le 13. On ne sait pas encore où elle doit se retirer; les uns parlent de l'Angleterre, d'autres des Etats-Unis, d'autres de Palerme.

- Le ministère définitif a été nommé le 11. Voici sa composition: M. Dupont (de l'Eure), ministre de la justice et garde-dessceaux; M. Gérard, ministre de la guerre; M. Guizot, de l'intérieur; M. le baron Louis, des finances; M. le duc de Broglie, de l'instruction publique et des cultes; M. Molé, des affaires étran-gères; M. Sébastiani, de la marine. Sont nommés, en outre, membres du conseil des ministres, MM. les députés Jacques Laffitte, Casimir Perrier, Dupin aîné, et Bignon. M. le duc de Broglie, outre son double département, sera président du conseil d'état.

Ont été nommés préfets: à la Manche, M. Baude; à l'Ardèche, M. E. de Pelet, au lieu de M. de Carrière; aux Basses-Alpes, M. J. Bernard, au lieu de M. Croze; aux Bouches-du-Rhône, M. Thomas, au lieu de M. d'Arbaud-Jouques; à la Corrèze, M. de Lestrade, au lieu de M. de Villeneuve; à la Lozère, M. Gabriel, au lieu de M. de Lestrade; à la Mayenne, M. Saulnier, au lieu de M. de Saint-Luc; au Morbihan, M. Lelorois, au lieu de M. de Chazelles; aux Pyrénées-Orientales, M. Méchin fils, au lieu de M. Romain; aux Deux-Sèvres, M. de Solère, au lieu de M. de Beaumont ; aux Landes, M. Goubeaut, au lieu de M. Dufeugray; au Vaucluse, M. Larreguy, au lieu de M. T. de Nonneville; aux

Vosges, M. Nau de Champlouis, au lieu de M. de Malartic, qui remplace au Gers M. Blondel d'Aubers; M. Sers, préfet du Puyde-Dôme, va remplacer à la Moselle M. de Vandœuvre, et a pour successeur M. Rogniat, qui étoit préfet de l'Ain.

- MM. de Bryas, Rostand, Mottet, Hernoux, de Magnoncourt et Bouchotie, sont nommés maires de Bordeaux, Marseille, Aix, Dijon, Besançon et Metz, en remplacement de MM. Duhamel, de Montgrind, du Bourquet, de Courtivron, Terrier de Santans et de Turmes.

- MM. Dubois, Vivien, Liége d'Iray, Pataille, GaillardKerbertin et Moyne, sont nommés procureurs-généraux près les cours royales d'Angers, Amiens, Poitiers, Aix, Rennes et Gre

noble.

- M. Berville, avocat à Paris, est nommé premier avocat-général près la cour royale de Paris, en remplacement de M. Colomb; et M. Tarbé, substitut du parquet, également avocat-général, au lieu de M. de Vaufreland. MM. Desparbès de Lussan, Agylies et Tardif, deviennent substituts au parquet de la même cour royale.

- La Cour royale s'est réunie jeudi dernier en audience solennelle, pour recevoir de ses membres le nouveau serment. M. Seguier avoit rempli cette formalité au Palais-Royal. M. le procureur général Bernarda prononcé une allocution préalable, et a fait observer que ce serment seroit celui de fidélité à Louis-Philippe I, et d'obéissance à la Charte, modifiée le 7 août. MM. les présidens Amy, Lepoitevin et Dehaussy et les trois quarts des conseillers ont prêté le serment requis. MM. les présidens de Quincerot et Desèze, et MM. le conseillers Gossin, Cauchy, Charlet, de Frasans, Espivent, Cottu, Meslin, ainsi que M. l'avocat général Bérard-Desglajeux, ne s'étoient point rendus à cette séance. MM. de la Vigerie, de la Villeneuve et Reverdin, sont malades. M. d'Anguy est en congé. Les membres du tribunal de première instance, ainsi que M. de Belleyme, président, ont ensuite prêté le serment: un président et plusieurs juges étoient absens.

M. le maréchal Jourdan est nommé gouverneur des Invalides, en remplacement de M. le maréchal marquis de la TourMaubourg.

Le général Bertrand, qui avoit suivi Bonaparte, est nommé gouverneur de l'Ecole polytechnique.

On vient de rendre à M. de Montlosier le traitement de 6,000 fr. dont il jouissoit sur les fouds du ministère des affaires étrangères, et il lui sera même tenu compte des arrérages échus depuis le jour de la suppression.

Les régimens suisses sont licenciés. Ces militaires vont être dirigés vers la frontière, et renvoyés dans leur patrie.

Les colonels de la garde nationale de Paris sont : MM. de Marmier, B. de Girardin, Loubers, Ternaux, de Lariboissière, Sennepart, Gilbert-des-Voisins, de la Rue, de Schonen, Lemercier, de Jussy, Boulay (de la Meurthe), Agier, et M. Ney fils, prince de la Moskowa.

—MM. Parmentier, Tramoy, Truchot, et Avarier, maire de Lure; Savoyeux, Villersexel et Arc, qui avoient été renvoyés par M. de Peyronnet par suite des élections, sont réintégrés.

Toullier, professeur du Code civil à la Faculté de droit de Rennes, est réintégré dans cette place.

-M. de Fondras, ancien inspecteur général de la police, est nommé chef de la division de la police au ministère de l'inté rieur. M. Petit, ancien commissaire de police, est nommé chef de la police municipale de Paris.

On a réimprimé, ces jours derniers, la protestation des journalistes après les ordonnances du 25, protestation qui avoit circulé dans les premiers momens de troubles, et qui avoit été un des moyens employés pour échauffer les esprits. Cette protestation est signée de quarante-trois rédacteurs et gérans de journaux. Ces journaux sont le National, le Globe, le Courrier, le Temps, le Constitutionnel, la Révolution, la Tribune des départemens, le Journal du commerce, le Journal de Paris, le Figaro et le Sylphe. Les signataires sont, pour le National, MM. Gauja, Thiers, Mignet, Carrel, Chambolle, Peysse, A. Stapfer, Dubochet et Rolle; pour le Globe, MM. Leroux, de Guizard, B. Dejean et Ch. de Rémuzat; pour le Courrier, MM. Guyot, Moussette, Avenel, Alex. de Jussieu, Châtelain, Dupont et V. de Lapelouze; pour le Temps, MM. Senty, Haussman, Dussard, Buzoni, Barbaroux, Chalas, Billiard, Coste et Baude; pour le Constitutionnel, MM. Année, Cauchois-Lemaire et Evariste Dumoulin (1); pour la Révolution, MM. Levasseur, Plagnol, Fusy; pour la Tribune, MM. Aug. Fabre et Ader; pour le Journal du commerce, MM. Larreguy et Bert; pour le Journal de Paris, M. Léon Pillet; pour le Figaro, MM. Bohain et Roqueplan; pour le Sylphe, M. Vaillant; et pour le Courrier des électeurs, M. Sarrans jeune.

(1) Les rédacteurs du Constitutionnel sont très- nombreux; on en voit cependant ici bien peu qui aient signé. Si c'est prudence de leur part, nous admirons ce calcul de la part de gens si dé

voués.

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