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ne vouloit voir que violence et oppression. On jetoit des alarmes et des inquiétudes dans les esprits, on accusoit la cour de fausseté et d'hypocrisie, on lui reprochoit de violer la Charte, parce qu'elle ne l'entendoit pas comme le parti; on se servoit de cette Charte comme d'une arme pour paralyser tous ses efforts et restreindre son pouvoir. On poussoit chaque jour le roi dans un défilé d'où on prévoyoit bien qu'il ne pourroit sortir que par un coup d'Etat, s'il ne vouloit pas être renversé tout-à-fait. On se félicitoit de le réduire ainsi ou à tomber de lui-même, ou à fournir à ses ennemis un prétexte pour l'attaquer de front.

Tel étoit le but de tant d'écrits, de journaux et d'actes de toute espèce. Qui lisoit de sang-froid les journaux, depuis un an surtout, ne pouvoit s'empêcher de voir où ils tendoient avec leurs principes démocratiques, avec leurs déclamations contre la cour, avec leurs éternelles récriminations contre le ministère, avec leurs allusions aux Stuart, avec leurs injures, leurs suppositions. L'un prêchoit nettement la république, l'autre n'admettoit qu'un roi qui eût les mains liées, véritable mannequin qui ne pouvoit ni parler, ni agir, et à qui on ne laissoit qu'un fantôme de représentation. Le résultat le plus naturel de ce système n'étoit-il pas de faire conclure à tout le monde qu'un roi n'étoit pas nécessaire, et que la machine politique n'en iroit pas moins bien, quand on n'auroit pas à entretenir le fastueux appareil d'une cour si dispendieuse? Bientôt ce ne fut pas assez d'exposer dans les journaux des théories plus ou moins séduisantes pour dégoûter de la monarchie; on en vint aux actes. La France se couvrit d'associations secrètes ou patentes; on s'associa pour le refus de l'impôt, espèce de sédition préparatoire à l'ombre de laquelle s'organisoit une sédition veritable. Ces associations, répétées å Paris et dans les provinces, furent un des plus puissans moyens pour préparer la catastrophe; aussi furent-elles prônées à l'envi par les journaux. Les procès même aux

quels ces associations donnèrent lieu servirent encore à échauffer l'opinion publique, en fournissant aux avocats un texte dont ils s'emparoient pour crier au despotisme et outrer les idées de liberté et d'indépendance. Au milieu de cette conspiration générale, il y avoit des écrivains adroits qui avoient la mission d'endormir le prince par de belles protestations. On ne lui parloit que d'amour, de dévoument et de fidélité; le peuple, disoit-on, avoit donné sa démission; une nouvelle révolution étoit impossible. On vous prouvoit cela doctement dans des phrases brillantes et sonores, et pendant ce temps la faction avançoit rapidement ses affaires, l'opinion générale se faussoit de plus en plus, la pente démocratique devenoit plus sensible, la monarchie ne tenoit plus qu'à un fil, et il étoit aisé de voir que ce fil se romproit aisément au premier choc.

été

C'est dans cette circonstance que parurent les ordonnances du 25 juillet. Je n'en discuterai ni le fond, ni la forme, ni l'opportunité; mais tout me persuade que la monarchie étoit perdue sans cette mesure, comme elle l'a par cette mesure. Tout s'en alloit à la fois, et les ordonnances n'ont été qu'un prétexte dont on s'est emparé. Tout autre prétexte, on l'eût saisi de même ; les mesures étoient prises pour cela, et, comme disoit M. Desèze il y a trentehuit ans, on vouloit une insurrection. Tous les élémens en avoient été réunis, toutes les bases en avoient été posées. Il ne s'agissoit plus que d'avoir une occasion d'éclater. De bonne foi, est-ce par amour pour la Charte qu'a eu lieu le mouvement du 27 juillet? On peut en juger, quand on voit que les ordonnances ne blessoient que quelques articles de la Charte, tandis que nous avons vu depuis qu'on l'a bouleversée toute entière, sans que personne ait dit mot. Assurément la séance du 7 août a fait une bien autre brèche à la Charte que les ordonnances du 25 juillet, et il n'y a pas eu d'insurrection pour cela. Au contraire, on a trouvé ces changemens admirables, et les mêmes gens qui s'étoient soulevés huit jours auparavant pour une moindre

violation de la Charte, ont applaudi à un entier renversement de cet acte important. Expliquez cette contradiction.

Les esprits étoient donc préparés de longue main quand les ordonnances ont paru, les batteries étoient dressées, toutes les matières inflammables étoient réunies; il ne s'agissoit plus que d'y mettre le feu. On n'a pas perdu de temps pour cela. Les ordonnances ont paru le lundi 26; on s'est bien vite mis en mouvement. Il a été convenu qu'il falloit renvoyer les ouvriers de tous les genres d'ateliers. On leur a dit qu'on ne pouvoit plus les faire travailler, puisqu'il n'y avoit plus d'ordre légal. Assurément les ordonnances n'empêchoient pas le commerce d'aller, ni les manufactures de travailler; et l'insurrection des trois jours, les dégâts qu'elle a occasionnés, les inquiétudes qu'elle a produites, la stagnation qui en est résultée pour toute sorte d'affaires, ont été un peu plus funestes au commerce que ne l'auroient été les ordonnances toutes seules. Quoi qu'il en soit, les fabricans, les imprimeurs, les chefs d'ateliers s'étant réunis d'après des convocations expresses, décidèrent donc de cesser leurs travaux. Ils lancèrent ainsi dans Paris une immense population, pour qui l'oisiveté seule étoit un appât pour la révolte, et qui, de plus, étoit animée par les journaux, par les placards et par les suggestions de ses guides. Lui dire qu'elle n'avoit plus de travail à attendre tant que dureroient les ordonnances, c'étoit assez exciter son zèle pour les renverser. Aussi dès le mardi se formèrent les rassemblemens. Les ouvriers, attroupés sur les places publiques et dans les principales rues, s'excitoient entr'eux et avoient en outre, au milieu d'eux, des agens très-actifs qui leur donnoient l'impulsion. On faisoit circuler parmi cette foule crédule les bruits les plus absurdes, mais qui n'en étoient que mieux accueillis. On envoya des gendarmes pour dissiper ces rassemblemens. L'autorité ne fit en cette occasion que ce qu'on a fait dans tous les temps et dans tous les pays. Devoit-elle céder à la multitude et se laisser maitriser par les attroupemens? Si un rassemble

ment prétendoit faire la loi à la chambre, la chambre le souffriroit-elle? Le mardi soir, la foule n'avoit pas encore d'armes, mais elle jetoit des pierres aux gendarmes, elle les environnoit et les pressoit. Devoient-ils rendre les armes? Leur étoit-il permis de se défendre? Ils firent quelques décharges pour dissiper les rassemblemens qui se grossissoient de plus en plus. Bientôt les insurgés trouvèrent des armes. On pilla les boutiques d'armuriers, on s'empara des postes, on désarma les soldats qui les gardoient, on trouva des armes dans des établissemens publics. Au milieu des groupes se trouvoient des émissaires adroits qui dirigeoient ces masses de manière à rendre leurs efforts mieux concertés et plus efficaces.

On envoya des troupes pour les réduire; est-ce là un crime? A qui faut-il imputer le sang répandu? à ceux qui mettoient en mouvement cette population ou à ceux qui vouloient la contenir? Falloit-il laisser cette population maitresse dans Paris? Etoit-on obligé de lui abandonner les établissemens publics, et devoit-on se retirer devant elle et lui céder le champ de bataille? Quel gouvernement raisonneroit ainsi et reculeroit devant une insurrection, quand il peut lutter encore? Mais les troupes ont tiré sur le peuple; oui, et le peuple a tiré sur les troupes : déplorable guerre sans doute, où le sang français couloit de part et d'autre. Mais quels ont été les assaillans? Sont-ce les troupes qui sont allées de gaité de cœur se jeter au milieu d'un peuple paisible et inoffensif? Ne sont-ce pas au contraire les rassemblemens qui, en inondant les rues et les places, en menaçant les établissemens publics, en s'emparant des postes militaires, en abolissant tous les signes de la royauté, donnoient le signal de la révolte et légitimoient l'intervention de la force armée? Si un roi est coupable parce qu'il s'efforce de réprimer une sédition, il faudra donc flétrir la mémoire de Henri IV, de ce prince qui conquit son royaume, qui assiégea Paris, qui eut si long-temps les armes à la main pour réduire ses sujets, qui les combattit en

bataille rangée. Henri IV auroit donc mérité la déchéance encore mieux que Charles X, et celui-ci en se défendant contre une multitude armée ne fit que suivre l'exemple de son aïeul. L'un n'est pas plus coupable que l'autre. Peutêtre dans le temps quelques fanatiques accusèrent – ils Henri IV de cruauté; la postérité l'en a bien vengé. Elle a vengé Louis XVI du reproche de tyrannie; elle vengera de même Charles X contre ceux qui ont osé l'appeler un homme féroce, qui ont dit qu'il avoit noyé la Charte dans le sang. Elle lui appliquera justement ce que Bossuet disoit de Charles Ier : « Que lui peut-on reprocher, sinon la clé– mence? Je veux bien avouer de lui ce qu'un auteur célèbre a dit de César : Qu'il a été clément jusqu'à être obligé de s'en repentir. Que ce soit donc là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César. >>

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. M. Charles Michot, curé de St-Médard, à Paris, est mort le dimanche 1er août, à l'âge de 74 ans. Il étoit né dans la même ville, et fit ses études avec succès au collège du cardinal Lemoine. Il prit les degrés de licencié en théologie, et ayant été ordonné prêtre, il fut attaché à l'église paroissiale de Saint-Côme, rue de la Harpe, à Paris. Assidu à toutes les fonctions du ministère, il se concilia l'estime générale par sa conduite, par son zèle et par toutes les vertus sacerdotales. Il remplissoit l'emploi de trésorier. Le refus qu'il fit du serment en 1791 ne le rendit point oisif. Il exerçoit le ministère en secret, et dans la révolution il administroit les sacremens et se portoit partout où il pouvoit être utile. On l'arrêta plusieurs fois, et il fut incarcéré à l'Abbaye, puis au Temple. Il soutint par son zèle quelques religieuses, qui depuis ont établi le couvent des Annonciades de St-Denis. Après le concordat, on le nomma à la cure d'Issy, qu'il gouverna pendant près de douze ans. En 1814, les grands-vicaires qui gouvernoient le diocèse l'appelèrent à la cure de Saint-Médard, va

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