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>> Nous recevons une lettre signée de plusieurs ouvriers maréchaux, qui nous donne à ce sujet des renseignemens fort importans. >>>

A MM. les Rédacteurs de la Révolution.

« Nous déposons entre vos mains une pièce authentiqne, súr laquelle figurent les noms de tous les maîtres maréchaux, et qui prouve qu'une coalition existe entre eux pour ne point augmenter les salaires des ouvriers.

» Le Constitutionnel du 8 octobre 1830 contient un article toutà-fait erroné sur les évènemens du 7 octobre, particuliers aux ouvriers maréchaux-ferrans. Il suppose que quelques-uns d'entre eux, aggrégés à l'association de Saint-Joseph, se seroient adroitement emparés de la confiance de leurs camarades, pour les entraîner à troubler la paix publique, et à venger ainsi le jésuitisme du nouveau désappointement qu'il a subi, à l'occasion de l'anéantissement de sa chère loi du sacrilege.

» On pourroit demander à ce journal d'où lui vient une semblable révélation; si c'est de la part des ouvriers congréganistes auxquels il donne une telle importance, ou si c'est de la part des Jésuites eux-mêmes; car il faut bien qu'il tienne de quelque source certaine une nouvelle qu'il répand avec tant d'assurance. » Le Constitutionnel, qui a toujours soutenu les doctrines populaires, et qui, dans ces derniers temps, a rendu hommage à la valeur et au désintéressement de ces classes de la société, ne devroit pas accueillir sans ménagement des bruits aussi absurdes qu'injurieux pour les maréchaux-ferrans; il n'ignore pas que tout un corps d'état ne se soulève pas à la voix de quelques congréganistes déguisés, et pour quelques pièces de monnaie, mais bien pour des griefs plausibles dont il devroit apprécier la justice, et en effet, ce que les ouvriers maréchaux réclament est l'ojet d'une controverse sérieuse entre leurs maîtres et eux.

>> Il ne s'agit rien moins que de savoir si les premiers ont plus de droits de se coaliser ensemble pour ne pas augmenter les salaires, que les derniers pour en obtenir l'augmentation, lorsqu'il est prouvé, par les faits, qu'il n'existe de véritable coalition qu'entre les maîtres.>>

(Suivent les signatures).

Le Gérant, Adrien Le Clere.

COURS DES EFFETS PUBLICS.

Bourse du 13 octobre 1830.

Trois p. 100, jouiss. du 22 juin, ouvert à 64 fr. 95 c., et fermé à 64 fr. 70 e. Cinq p. 100, jouiss. du 22 sept., ouvert à 96 fr. 10 c., et fermé à 95 fr. 80 c.

SAMEDI 16 OCTOBRE 1830.

(N° 1698.)

Vie de M. de Lantages, premier supérieur du séminaire du Puy (1).

Le 17° siècle est une mine inépuisable de Vies édifiantes de pieux personnages de toutes les classes, et surtout de membres du clergé. On a déjà publié anciennement un grand nombre de ces Vies particulières, et il en paroit de temps en temps de nouvelles, qui ne sont ni moins exemplaires, ni moins intéressantes. Celle de M. de Lantages, que nous annonçons, est du même auteur que celle de M. Démia, dont nous avons parlé l'année dernière, et elle mérite aussi de nous occuper quelques instans.

Charles-Louis de Lantages naquit à Troyes en 1616 d'une famille honorable. Il fut élevé chez les Jésuites de Nevers, et se distingua dès sa jeunesse par une sagesse et une piété précoces. Il se destina de bonne heure à l'état ecclésiastique, et fut pourvu d'un bénéfice (le prieuré de Saint-Symphorien de Romilly). Il vint à Paris en 1642, au moment même où M. Olier jetoit les fondemens du séminaire Saint-Sulpice, et il s'attacha à sa compagnie naissante. La ferveur de M. de Lantages le rendoit digne d'une société où régnoit si éminemment l'esprit ecclésiastique. Ayant reçu les ordres et pris le bonnet de docteur, il fut employé au ministère dans la paroisse Saint-Sulpice, et chargé par M. Olier du soin des catéchismes. Son talent pour instruire les enfans, son zèle et sa charité pour eux attirèrent les bénédictions de Dieu sur ses travaux.

En 1653, M. Olier ayant établi un séminaire au Puy, en confia la direction à M. de Lantages, qui fut nommé

(1) Un vol. in-8°, prix, 6 fr. 50 c. et 8 fr. franc de port. A Paris, chez Ad. Le Clere et compagnie, au bureau de ce journal.

Tome LXV. L'Ami de la Religion.

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peu après grand-vicaire du diocèse. Son influence et ses exemples furent bientôt sensibles dans le clergé. Il donna une mission générale à la ville et au diocèse. Il accompagna l'évêque dans une visite générale. Ils établirent de concert des écoles au Puy et des conférences ecclésiastiques. M. de Lantages donnoit aussi ses soins aux communautés de filles. Il contribua à l'établissement des religieuses de N.-D. d'Yssingeaux, et propagea la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph. Les instructions qu'il faisoit régulièrement dans l'église Saint-Georges renouvelèrent la piété au Puy, et plusieurs personnes ambitionnèrent l'avantage d'être dirigées par lui. Il leur donnoit des retraites, et, variant ses conseils avec autant d'art que de jugement, il les faisoit avancer dans les voies de la perfection. Son zèle et ses soins produisirent surtout des effets sensibles dans le séminaire, où il forma d'excellens disciples, MM. Bardon, Boyer, Grosson, sur lesquelles l'auteur donne de courtes notices.

M. de Lantages visitoit tous les ans le monastère des religieuses de Langeac, et il publia en 1665 la Vie de la Mère Agnes de Langeac, qui a été réimprimée il y a quelques années. Cette Vie fut suivie, en 1668, de celle de la Mère des Séraphins, du même couvent. On lui doit encore celle de Me Martel, fondatrice de la congrégation des Demoiselles de l'instruction; cette dernière Vie est restée manuscrite. Anne-Marie Martel, fille d'un avocat du Puy, s'étoit livrée par piété à l'instruction des jeunes filles; elle réunit des ouvrières, auxquelles elle inspira le goût de la piété, et s'adjoignit des personnes pieuses qui la secondèrent dans ces soins. Son zèle et son courage étoient extrêmes. Elle mourut en odeur de sainteté le 15 janvier 1673, n'étaut âgée que de 28 ans. Son œuvre ne périt point avec elle. Six ans après sa mort, il y avoit au Puy quinze assemblées de filles, et plus de soixante-dix jeunes personnes qui se vouoient à l'instruction de celles de leur sexe. Un prêtre du séminaire, M. Antoine

Tronson, eut la plus grande part à la formation de cette association, qui depuis fut toujours dirigée par MM. de Saint-Sulpice..

En 1663, on retira M. de Lantages du Puy, pour l'envoyer à Clermont, comme supérieur du séminaire; mais, sur quelques mécontentemens ou quelques préventions de l'évêque, il resta quelques années sans emploi à Paris. Enfin en 1776, l'évêque du Puy, M. de Béthune, le redemanda pour gouverner son séminaire, où le vertueux prêtre avoit laissé de précieux souvenirs. M. de Lantages s'appliquoit en même temps à l'exercice du ministère, et dirigeoit l'œuvre de l'Instruction. Les pieuses filles ayant été blâmées par quelques-uns de ce qu'elles se permettoient d'enseigner la doctrine chrétienne, il prit leur défense dans un écrit exprès. Il publia les deux dernières parties d'un Catéchisme de la foi et des mœurs chrétiennes, dont les deux premières parties avoient déjà paru Clermont; l'évêque du Puy adopta ce Catéchisme pour son diocèse. L'abbé de Lantages est aussi auteur d'Instructions ecclésiastiques, dont il parut deux volumes; le troisième n'a pas été achevé. L'auteur de la Vie cite encore de lui les Conférences du Puy et des ouvrages manuscrits, entre autres des traités de théologie.

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Les dernières années de M. de Lantages se passèrent dans de pénibles infirmités qu'il supporta avec une admirable patience, et auxquelles il joignoit encore des mortifications et des austérités de son propre choix. C'est ainsi qu'il se préparoit à son dernier passage, qui arriva le mier avril 1694. Sa résignation et sa ferveur dans ses derniers momens furent un sujet d'édification pour tous ceux qui l'approchoient. Ses obsèques furent marquées par un grand concours. L'auteur cite plusieurs guérisons miraculeuses attribuées à l'intercession du vénérable prêtre.

Cette Vie, dont nous n'offrons qu'un court extrait, est rédigée avec beaucoup de soin et d'exactitude, et nourrie de faits édifians. L'auteur a consulté plusieurs manuscrits,

tant au sérainaire Saint-Sulpice qu'au Puy; parmi ces manuscrits, il y a un recueil de la Vie de M. de Lantages, par une supérieure de la Visitation au Puy, la Mère Gauchet, et une notice sur le même par M. Guyton, son successeur. Il ya aussi des lettres en assez grand nombre.

A la suite de la Vie de M. de Lantages, l'estimable auteur a inséré des notices sur les supérieurs du séminaire du Puy qui se sont succédés jusqu'à la révolution. Ces notices sont au nombre de treize ; les plus remarquables sont celles de MM. Guyton et Bardon. François Guyton, troisième supérieur du séminaire, étoit arrière petit-fils du fameux maire de La Rochelle; il mourut le 26 janvier 1724. Gabriel-Joseph Bardon, disciple de l'abbé de Lantages, entra dans la congrégation de Saint-Sulpice, et étoit particulièrement estimé de madame de Maintenon, qui l'eut quelque temps pour confesseur; l'auteur de la notice donne à ce sujet des détails qui n'étoient pas connus. M. Bardon mourut à Paris le 10 août 1692 ; il ne lui manqua, dit-on, pour devenir supérieur de Saint-Sulpice, que de survivre à M. Tronson. L'auteur de la Vie de M. de Lantages fait connoitre encore d'autres pieux ecclésiastiques du temps, nommément M. Grosson, vicaire au Puy, mort le 12 août 1679, dont la Vie fut publiée en 1767 par M. Chilhac, curé de Ste-Sigolène. Il y a aussi de courtes notices sur ce même M. Chilhac, qui est encore auteur de. la Vie de la Mère Angèle, d'une notice sur l'abbé Girardin, grand-vicaire du Puy, sur les supérieurs de la communauté de l'Instruction, depuis Me Martel jusqu'à Me de Soufreyde-Sénicrose, morte en odeur de vertu le 30 mars 1821. Toutes ces notices, qui ont dû demander beaucoup de recherches, ajoutent à l'intérêt de la Vie principale.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Il paroît certain que les préfets ont reçu l'ordre de

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