Page images
PDF
EPUB

rois, que tant de cris d'amour recurent en France, sur la terre d'exil que vous revoyez encore, puisse notre douleur rendre plus légers tant de peines et tant de malheurs!

»En restant fidèles à vos devoirs, Messieurs, vous épargnerez à notre patrie tout ce que l'usurpation traîne après elle de calamités et de crimes.

>>

Fixant d'un œil inquiet les destinées de la France, je vois, Messieurs, le double fléau de la guerre civile et de la guerre étrangère menacer notre pays; je vois la liberté disparoître sans retour; je vois le sang français couler, et ce sang retomberoit sur nos têtes.

[ocr errors]

» La consécration du principe de la légitimité, de ce principe reconnu par la Charte, peut seule préserver notre pays du plus redoutable avenir; ce principe sacré je l'invoque dans la tempête comme je l'invoquai en des jours plus heureux; c'est là qu'est l'ancre du salut. L'Europe toute entière est menacée d'un vaste embrasement si nous oublions la sainteté de nos sermens, et nos sermens sont écrits dans la Charte. Rappelons-nous le, Messieurs, la France est enchaînée par ses sermens; ses sermens la lient au trône où doit monter celui que deux abdications y appellent; nulle puissance n'a le droit de nous délier de ces sermens; l'armée, toujours fidèle, toujours française, inclinera ses armes devant son jeune Roi. J'en atteste l'honneur national; ne donnons point au monde le scandale du parjure. En présence des droits sacrés du duc 'de Bordeaux, l'acte qui éleveroit au trône le duc d'Orléans seroit la violation de toutes les lois humaines.

>>

Députés de mon pays, c'est devant Dieu qui nous jugera, que, me rappelant mes sermens, je viens d'exprimer la vérité tout entière; j'aurois perdu l'estime de mes adversaires, si, dans les périls qui nous environnent, j'avois pu garder le silence. Les sentimens qui m'animent, je les proclame à la face du ciel, je les exprimerois à la bouche du canon.

»

En descendant de cette tribune, j'ai besoin d'exprimer le vœu le plus ardent de mon âme : puisse la Providence éloigner de notre pays les malheurs qui le menacent! Puisse cette France si chère à nos coeurs revoir enfin des jours plus heureux !

» Si le principe de la légitimité n'étoit point reconnu par la Chambre, je dois déclarer que je n'ai pas le droit de participer aux délibérations qui vous sont soumises. »

Au milieu de toutes les discussions graves accumulées dans cette séance, il est pourtant quelques points sur lesquels on peut féliciter la chambre du parti qu'elle a pris. Quelques journaux la poussoient à dépouiller la magistra ture actuelle de son inamovibilité; d'autres vouloient qu'on ne parlât plus de la religion catholique dans la Charte et qu'on supprimât le traitement du clergé. La chambre s'est heureusement défiée de tous ces projets enfantés dans un moment de délire par des têtes extravagantes; aussi les feuilles libérales lui en font un reproche et l'accusent de foiblesse. Puisse-t-elle mériter souvent de semblables reproches! Puisse-t-elle ne jamais se laisser influencer par des calculs mesquins ou par des déclamations haineuses, et ne pas isoler entièrement la religion de l'Etat ! L'Etat et la société ont encore plus besoin de la religion que la religion n'a besoin d'eux. Ce seroit une bien fausse politique que de redouter l'influence d'un ministère de paix et de charité, et ce seroit une bien injuste et bien imprudente économie que de refuser à des prêtres pauvres et laborieux le modeste traitement qui leur a été promis et qui leur est dû à tant de titres. La délibération de samedi nous fait espérer qu'on n'a plus à craindre ce que l'indifférence et l'impiété appeloient à grands cris.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Il nous est pénible d'avoir à raconter de nouveaux. désordres arrivés dans la capitale pendant les derniers jours. de juillet. La même troupe qui pilla l'archevêché trouva le moyen de pénétrer par la cour dans la grande sacristie de Notre-Dame. Elle fit main basse sur tout ce qui y étoit renfermé. Ni la richesse des ornemens, ni leur pieuse destination ne purent arrêter l'avidité du pillage. Plusieurs ornemens complets, dont un très-beau qui servoit pour les solennités, des vases sacrés, le trésor, des aubes, tout le mobilier enfin

d'une grande sacristie devinrent la proie des devastateurs, et le dénuement de la sacristie de la métropole est aujourd'hui tel, que lorsque le chapitre a recommencé ces jours derniers à célébrer ses offices, if a fallu emprunter à la petite sacristie une chasuble pour dire la messe. Cette petite sacristie n'a aucune communication avec la grande, et c'est ce qui l'a préservée du pillage. Elle sert pour la paroisse, et l'on y entre par la nef. N'est-il pas étonnant qu'aucun journal n'ait parlé de ce pillage, comme si on croyoit pouvoir dissimuler des faits si affligeans et si notoires? Pourquoi garde-t-on le silence aussi sur le pillage du Palais de Justice, où on est revenu à deux fois, où on a mutilé le tableau du roi, mis en pièces les tentures, les meubles, les robes des conseillers et des juges, etc.? A-t-on craint que ces excès ne déparassent le tableau qu'on se plait à tracer des opérations de ces trois jours? Dieu veuille que l'impunité de ces désordres et de ces profanations ne soit pas pour les coupables un appât qui les porte à renouveler ces excès à la première occasion favorable!

Les nouvelles des évènemens de la capitale, à mesure qu'ils se répandoient dans les provinces, y ont échauffé les têtes et ont fait éclore des voies de fait et des désordres. A Châlons, on se porta le dimanche 1er août à l'évêché. Il paroît que ce n'étoient point des habitans de la ville, mais des gens venus de Reims. Ils allèrent trois fois dans la journée à l'évêché; la première fois pour y planter un drapeau tricolore. Comme ils trouvèrent la porte fermée, ils escaladèrent les murs. Ils y retournèrent la seconde fois à onze heures et demie du soir, demandant M. l'évêque; on parvint cependant à les engager à se retirer. Enfin ils revinrent une heure après et cherchèrent partout M. l'évêque. Le prélat n'eut que le temps de se revêtir d'une soutane et de gagner la cathédrale, accompagné d'un de ses grands-vicaires et de son secrétaire. de là il fut recueilli dans une maison voisine, et se retira ensuite à l'hospice. Pendant ce temps, les assaillans firent main basse sur la cave. La garde nationale se trouva trop foible pour réprimer ce désordre. M. l'évêque a donné dans cette circonstance des preuves de ce calme, de cette patience et de ce courage que la foi inspire et que fortifient l'habitude de la prière et la confiance en Dieu. Il devoit d'autant moins s'attendre à cette insulte, qu'il venoit quelques instans auparavant de rendre service à l'administration dans un moment où

on manquoit de fonds. Il avoit avancé généreusement la somme dont on avoit besoin pour des choses urgentes.

NOUVELLES POLITIQUES.

PARIS. On ne nous apprend que peu de choses sur le voyage de la famille royale. Il paroît qu'elle voyage à petites journées. Elle a couché le jeudi à Verneuil; elle n'étoit accompagnée que des gardes-du-corps. On dit qu'un voyageur a rencontré auprès de Verneuil le Roi et M. le Dauphin à cheval; les princesses et leur suite étoient en voiture. On se rendoit à Cherbourg par Argentan, Vire, Carentan et Valognes. L'embarquement devoit avoir lieu vers le 11; on croyoit que la famille royale se rendroit aux Etats-Unis. Les trois commissaires devoient l'accompagner jusqu'au port.

M. le duc d'Orléans a nommé ses deux fils aînés, les ducs de Chartres et de Nemours, grands-croix de la Légion-d'Honneur.

Des ordonnances du lieutenant-général nomment un grand nombre de préfets. M. d'Arros est nommé préfet de la Meuse à la place de M. de Caunan; M. de Riccé, préfet du Loiret, au lieu de M. de Foresta; M. Tourangin, préfet de la Sarthe; M. Pompéi, préfet de l'Yonne, au lieu de M. de Gasville; M. Target, préfet du Calvados, au lieu de M. de Montlivault; M. Leroy, préfet d'Ille-et-Vilaine, au lieu de M. Jordan; M. Langlois d'Ămilly, préfet d'Eure-et-Loire, au lieu de M. Giresse; M. A. Passy, préfet de l'Eure, au lieu de M. Delaitre; M. Merville, préfet de la Meurthe, au lieu de M. d'Allonville; M. Clogenson, préfet de l'Orne, au lieu de M. de Kersaint; M. Louis de Saint-Aignan, préfet de la Loire-Inférieure, au lieu de M de Vanssay; M. Fargues, préfet de la Haute-Marne, au lieu de M. de Saint-Genest; M. F. Barthélemi, préfet de Maine-et-Loire, au lieu de M. de Bagneux; M. Dugied, préfet du Haut-Rhin, au lieu de M. Locard; M. L. P. Didier, préfet de la Somme, au lieu de M. de Villeneuve; M. Lucien Arnault, préfet de Saône-et-Loire, au lieu de M. de Puymaigre, et M. Am. Thierry, préfet de la HauteSaône, au lieu de M. Lebrun des Charmettes.

[ocr errors]

Un ordre de M. le lieutenant-général porte que les élèves de l'école polytechnique qui ont concouru au affaires des 27, 28 et 29 juillet, sont promus au grade de lieutenant, et leur accorde un congé de trois mois avec dispense de subir des examens. Les élèves qui se destinent aux services civils recevront un avancement analogue à ce grade. Vu la difficulté de reconnoître ceux qui se sont les plus distingués, les élèves désigneront douze d'entre eux pour recevoir la décoration de la Légion-d'Honneur.

[ocr errors]

M. le duc d'Orléans a décidé que quatre décorations de la Légion-d'Honneur seroient accordées aux élèves de l'école de droit et quatre aux élèves de l'école de médecine.

MM. Clausel de Coussergues, de Courville et Delvincourt, ont donné leur démission de membres du conseil d'instruction publique. Les circonstances actuelles expliquent suffisamment cette démarche, qui prive le conseil du concours d'hommes distingués par leur sagesse et leurs lumières. Une des places vacantes est conférée à M. Čousin.

- M. le général comte Colbert a été chargé de prendre le commandement de toute l'artillerie de la garde royale. Les généraux Renaud, Al. Colbert et Delaitre, sont chargés de rallier ces militaires à Melun, Fontainebleau, Provins, Versailles, Meaux, Compiègne, Beauvais et à Paris.

MM. Couture fils, Cocagne, Farey, de Moras, Nasse, L. Dubois, Richard et Colombel, sont nommés sous préfets à Yvetot, Neufchâtel, Cambrai, Bayeux, Lisieux, Bernay, Lure, Falaise.

—MM. Lepasquier, Collet-Dubignon, Verny, Mourgeon et Marie, sont nommés secrétaires généraux des préfectures de la SeineInférieure, de Maine-et-Loire, du Haut-Rhin, du Doubs et du Calvados.

MM. Madier de Montjau, Bresson et Félix Faure, conseillers aux cours royales de Nîmes, Nancy, Grenoble; Colin et Lerouge, avocats généraux à Dijon et Besançon, sont nommés procureurs généraux près les cours royales de Lyon, Nancy, Grenoble, Dijon et Besançon, en remplacement de MM. Seguy, Saladin, Morand de Jouffrey, Nault et Clerc. M. La Feuillade de Chauvin, procureur général à Bastia, va remplir ces fonctions à Bordeaux, en remplacement de M. Rateau. M. Varambey, avocat à Dijon, est nommé avocat général à la cour royale de cette ville. M. Čochelin est fait procureur du Roi au Mans.

[ocr errors]

M. Larreguy est nommé commissaire extraordinaire dans le département des Bouches-du-Rhône, où il exercera toutes les fonctions de préfet.

M. le duc d'Orléans vient d'accorder une pension de 1500 fr. sur sa cassette à M. Rouget-Delisle, auteur de la Marseillaise. On chante maintenant la Marseillaise, ainsi que d'autres chansons de cette nature, sur les théâtres et dans les rues.

On vient de rendre aux réfugiés portugais les secours qui leur avoient été accordés sous le ministère de concession, et que M. de Peyronnet leur avoit retirés.

-La commission municipale a arrêté qu'il seroit publié une narration officielle de tous les traits éclatans qui ont marqué les dernières journées de juillet, et en a confié la rédaction à M. Plougoulm, avocat à Paris.

« PreviousContinue »