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sibles qui s'opposent à la formation des clubs. M. Audry de Puyraveau voit avec peine que l'on compare ces sociétés avec celles de la première révolution; il pense au surplus qu'il faut renoncer à ces querelles de ménage, qui feroient croire aux ennemis des libertés publiques que l'on marche à l'anarchie.. M. de Pouilly dit qu'une enquête sur la situation de la France ne feroit qu'augmenter ses alarmes; il prétend que les clubs ont rendu de trop grands services pour être attaqués, et que leur suppression amèneroit la dissolution de l'ordre social. M. de Laborde croit que les associations concourroient à la civilisation d'un Etat, et vante celles d'Allemagne; il seroit d'avis qu'il y eût moins de ministres.

M. Casimir Perrier s'étonne des attaques qu'on livre au ministère, qui avoit d'abord tous les suffrages de ses contradicteurs; il défend la conservation de la chambre actuelle, puisque c'est elle qui a eu la plus grande part aux faits de la révolution. Quant aux sociétés populaires, c'est plutôt la population que le gouvernement qui les poursuit. Il est temps de cesser cette discussion, et de marcher avec plus d'accord. M. B. Constant voit avec peine que les vainqueurs se divisent plutôt que de s'unir contre l'ennemi commun. Le danger n'est pas dans les sociétés secrètes; il est plutôt dans ces articles de journaux, qui vont jusqu'à traiter Louis-Philippe d'usurpateur, comme don Miguel; dans le parjure des sermens et dans les menées des partisans de Charles X.

M. Madié de Montjau trouve que, si les ministres sont répréhensibles, c'est d'avoir toléré jusqu'à présent les associations populaires. Il soutient que la chambre actuelle doit être conser vée. M. Paixhans dit que l'armée est animée d'un bon esprit. M. Viennet se plaint de la lenteur du ministère, à présenter les lois que la nation attend, et ne sent pas la nécessité de l'enquête; il ne croit pas que les clubs doivent être maintenus sous un gouvernement représentatif. M. de Tracy demande des économies, et donne des avis aux ministres. M. Mauguin répond aux différentes objections qu'on lui a faites, et, d'après l'assur rance qu'a donnée M. Casimir Perrier, que l'on gouverneroit mieux, il retire sa proposition.

Le Gérant, Adrien Le Clere.

COURS DES EFFETS PUBLICS.

Bourse du 1er octobre 1830.

fr. 50 c.

Trois p. 100, jouiss. du 22 juin, ouvert à 65 fr. oo c., et fermé à 64
Cinq p. 100, jouiss. du 22 sept., ouvert à 95 fr. 25 c., et fermé à 95 fr. oo c.

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Une révolution qui a renversé si subitement un trône ne pouvoit manquer de faire sentir ses contrecoups à l'autel et d'agiter le sacerdoce. Aussi, dès les premiers mouvemens de cette grande commotion politique, le sanctuaire a vu ses prêtres et ses pontifes insultés ou maltraités par ceux-là mêmes qui auroient dû voir en eux des protecteurs et des amis. Les ames pieuses se sont livrées aux larmes et à de noirs pressentimens. La foi craint pour son avenir; la société tout entière partage ces inquiétudes.

Notre nouvelle révolution, comme la première, se montre hardie dans sa marche, sévère envers ses auteurs, inexorable envers ses victimes, insatiable de pouvoir et de conquêtes; non moins récalcitrante pour ceux qui voudroient la diriger et la soutenir, que pour ceux qui voudroient l'arrêter et la contraindre; entraînée irrésistiblement vers sa destinée, mais aussi entrainant tout avec elle vers un abîme qui doit appeler de nouvelles commotions.

Deux mois se sont à peine écoulés depuis les évènemens de juillet, et déjà que de vicissitudes ont signalé l'existence de ces hommes trop pleins d'eux-mêmes, qui aspiroient au pouvoir, et qui n'avoient pas su étudier le caractère d'une révolution dans les souvenirs de celle qui nous avoit laissé des leçons aussi importantes! Tel noble pair qui s'est vu l'idole du peuple pendant quelques instans a été tout à coup plongé pour jamais dans le fleuve de l'oubli, et peut regarder aujourd'hui comme une pompe funèbre l'ovation de cette multitude ivre de joie qui l'a porté en

Tome LXV. L'Ami de la Religion.

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triomphe, comme on porte un cercueil à sa dernière demeure. Tel orateur de tribune a vu son zèle contre l'autorité et son dévoûment à l'ordre légal travestis en une espèce de niaiserie philosophique qui ne peut plus être de mise parmi une génération active et envahissante, pour laquelle il n'y a de réputations que celles qu'elle improvise chaque semaine. Tel écrivain qui se regardoit comme une puissance est aujourd'hui honni, bafoué par tous les partis, et réduit à invoquer, pour se soutenir lui-même, un état de choses contre lequel il a déclamé des années entières. Que d'industriels désappointés, qui ne savent pas encore cependant que là où il n'y a ni ordre, ni subordination, ni religion, ni morale publique, il n'y a point de confiance, et par conséquent aucun moyen de faire fleurir le commerce, l'industrie, les arts!

Il ne convient point à des amis de la paix, à des chrétiens soumis, de citer à leur tribunal les puissances de ce monde, d'appeler à leur secours ce qui n'est que désordre, ni de rejeter ce qui nous reste encore de moyens de salut. A l'exemple des premiers fidèles, ils peuveut dire, avec Tertullien, qu'il n'y a point parmi eux de partisans de Niger, d'Albin ou de Cassius, et ils laissent à tous les ambitieux de ce bas-monde, l'inquiétude et le trouble qui sont, dans cette vie, l'apanage des passions, surtout lorsqu'elles sont triomphantes. Ils ne demandent aux rois de la terre qu'une vie tranquille, afin de pouvoir pratiquer les vertus qui leur donnent l'espérance d'une vie meilleure et de biens plus durables. Tel est l'esprit du christianisme. Celui qui le possède ne s'émeut point des vicissitudes humaines; il les supporte avec résignation et avec calme, bien éloigné surtout d'envier la joie de ces aveugles enfans du siècle, à qui il a été donné de triompher dans les ténèbres, parce que le passé leur est étranger comme l'avenir, et que, dénués de prévoyance comme de mémoire, ils ne songent qu'au moment élevé qui leur échappe et à l'illusion dont ils sont les victimes. Du sommet de

cette sphère élevée où la religion place ses véritables disciples, le chrétien peut contempler d'un œil ferme tous ces petits agitateurs qui ne savent où les entraîne le mouvement qu'ils ont fait naitre eux-mêmes, aujourd'hui si contens et si joyeux, demain peut-être affligés, inconsolables, et d'autant plus à plaindre, qu'ils ignorent où se trouvent les ressources contre le malheur et les appuis contre la foiblesse. En un mot, la religion apprend à juger les révolutions, comme elle apprend à les supporter.

Le clergé, dans les temps de paix et dans les temps de trouble, occupe parmi les différentes classes de la société une place trop importante, pour que sa destinée n'exerce pas une grande influence sur celle de la patrie elle-même. On a remarqué, depuis cinquante ans, que les jours où les ministres de la religion des Français ont été persécutés, outragés, tourmentés par le peuple ou par le pouvoir, n'ont pas été les jours les plus heureux pour la France; et que ces jours mêmes, regardés par tous les hommes sages comme des jours néfastes, n'ont jamais été ceux que l'habile spéculateur ait choisis pour former des entreprises et fonder quelque chose sur l'avenir. Sans remonter même à un demi-siècle, n'avons-nous pas remarqué naguère que les clameurs redoublés contre les prêtres, les insultes qui viennent de porter la tristesse et la désolation dans les ames pieuses, ont retenti comme des cris lugubres dans la solitude des ateliers et dans le silence de l'industrie manufacturière? Des malheureux conjurés contre eux-mêmes, s'arrachant à des travaux qui les faisoient vivre, ont paru nous demander encore de nouveaux gages d'inaction et d'indigence, en attaquant ce que la société révère, en répandant au sein des villes et des bourgades les craintes dont le pauvre est toujours la victime, parce qu'elles portent le riche à concentrer ses affections et à resserrer ses trésors. Il n'est pas ici question des opinions politiques ou religieuses. Nous demandons à tout citoyen qui peut raisonner sur ses intérêts, si vraiment il se flatte que son industrie ou ses

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propriétés seront toujours à l'abri de l'invasion des masses, lorsque celles-ci se seront affranchies de tout respect et et de toute réserve à l'égard des objets jadis sacrés pour elle. On sait quels progrès rapides signalent en ce genre l'éducation du peuple. Pense-t-on de bonne for que l'homme de peine qui n'a point respecté un presbytère ou une église respectera davantage une usine ou un magasin ; et que le riche, qui offre à la misère la tentation de l'or, sera plus en sûreté que le prêtre qui n'a plus contre lui que la sainteteté de ses exemples et les fonctions inoffensives de son ministère?

On ne sait en conséquence comment se rendre compte de ces accusations plus qu'indiscrètes de certains hommes puissans, de ces orateurs aveuglés, qui, sans motif raisonnable et sans aucune preuve, se sont permis contre les ministres des autels un langage et des suppositions qui, en compromettant la sûreté d'hommes paisibles, compromettent nécessairement la sécurité publique, et semblent provoquer le peuple à de nouveaux outrages. Nous voudrions savoir quelles sont ces adresses, ces menées, dont un ministre n'a pas craint naguère de faire mention dans son rapport sur la situation de la France, rapport assez peu concluant sur tout le reste, et qui n'est malheureusement significatif que là où il est outrageant et calomnieux. Nous demanderons aussi à M. de Bérenger d'où lui est venu tout à coup son tendre zèle pour notre épiscopat, et cette touchante affliction qu'il éprouve en dénaturant des faits qu'il n'étoit pas même obligé de rappeler dans son acte d'accusation contre les ministres du dernier gouvernement. Peut-on se flatter que le peuple sera sourd aux insinuations d'hommes obscurs qui prêchent le désordre et l'anarchie, lorsque de semblables insinuations se retrouvent, comme à leurs sources, dans de plus hauts degrés de la hiérarchie politique, et dans des classes de citoyens d'où devroient sortir les lumières et les leçons capables d'éclairer la multitude et de la diriger?

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