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pouvoir siéger qu'au nom du roi; qu'il lui avoit prêté serment, et que ce qui avoit eu lieu n'avoit pu le dégager de ce serment; que la Charte déclaroit le roi inviolable, et que les derniers évènemens n'avoient pu rompre ce pacte ni infirmer cette clause ; que, pour les abus de pouvoir, le ministère seul étoit responsable, etc. En conséquence, le conseiller déclara ne pouvoir prendre part aux délibérations, et se retira avec deux de ses collègues.

N'a-t-on pas lieu d'être surpris que l'ivresse de la victoire fasse oublier à quelques écrivains les sentimens les plus naturels de l'humanité, au point de trouver des sujets de plaisanterie dansdes choses qui ne sont rien moins que divertissantes? Que pensezvous, par exemple, des journaux qui s'amusent à compter ce que les marchands de vieux habits ont pu vendre de travestissemens, et les perruquiers de faux toupets, pour déguiser les malheureux prêtres que des cris menaçans ont mis dans le cas de pourvoir à leur sûreté? Vraiment il faut avoir le coeur peu généreux, ou l'esprit bien troublé par la victoire, pour faire des plaisanteries d'aussi mauvais goût, au milieu du deuil et des tombeaux de la guerre civile. Et quand de pauvres ecclésiastiques, assurément bien inoffensifs, auroient acheté de vieux habits pour se soustraire à l'insulte et aux vociférations, est-ce bien à eux que vous avez le courage d'en faire des reproches? Ne pensez-vous pas qu'il seroit plus honorable pour notre nation, qu'ils n'eussent point eu peur de votre ivresse, et que cette crise n'eût point menacé la sûreté des hommes paisibles? A qui croyez-vous faire tort et honte, en vous moquant de ceux qui ont été forcés de prendre ces pré→ cautions?

-Il y a une grande divergence dans les opinions des journaux sur les questions capitales de l'ordre social: il y en a qui inclinent manifestement pour la république, d'autres parlent nettement du renversement total de la Charte, d'autres font le procès à la pairie, d'autres proposent sans façon de supprimer l'inamovibilité de la magistrature, afin de remplacer les magistrats qui leur déplaisent par des patriotes bien prononcés. Chacun fait son plan avec une imperturbable confiance: il semble que nous soyons une table rase, et qu'on ait envie de tout détruire et de tout refondre. Le Journal des Débats fait à ce sujet, dans son numéro de mercredi, des réflexions qui prouvent qu'il est effrayé de cette confusion d'idées, de prétentions et de systèmes. Il commence par donner des regrets aux nouvelles infortunes de deux princesses déjà si fort éprouvées par l'adversité. Il s'élève contre le projet d'établir une république, qui nous ameneroit la guerre et par contre-coup la terreur ou le despotisme. Il veut qu'on maintienne l'ordre social actuel, et qu'on se défie des nouveaux essais

et de cet entraînement qui est bon pour faire une insurrection et mauvais pour faire des lois. Il voit un nouveau germe de révolutions dans l'abolition de l'inamovibilité de la magistrature, dans la persécution dirigée contre les prêtres, dans la destruction de la pairie, dans l'adoption du suffrage universel en matière d'élections. Les opinions antérieures de ce journal donnent encore plus de poids à ses réflexions: on voit qu'il recule devant les conséquences de cette opposition ardente qu'il favorisoit depuis six ans, et qui a amené la dernière crise.

Madame la duchesse d'Orléans, accompagnée de mademoiselle d'Orléans et de sa famille, s'est rendue ces jours derniers à l'Hôtel-Dieu pour y visiter les Parisiens et les militaires blessés qui y ont été conduits.

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M. le duc de Chartres est arrivé à Paris mercredi, à la tête de son régiment, qu'il étoit allé chercher à Joigny.

M. le général Maurin est nommé commandant de la première division militaire.

- M. Calmon, député, est nommé directeur général des do

maines.

- M. Feutrier, qui avoit été nommé préfet de la Sarthe, est nommé préfet de l'Oise, en remplacement de M. de Nugent, dont la démission est acceptée.

M. Devaux, député, est nommé procureur général à Bourges, en remplacement de M. Jouslin de Noray, révoqué. M. Rossée est procureur général à Colmar, au lieu de M. Desclaux, révoqué. M. Bouffey est juge d'instruction à Argentan, au lieu de M. Lucas-Girardville, aussi révoqué. M. Charpentier, avocat à la cour royale de Metz, est nommé procureur général près cette cour, en remplacement de M. Pinaud, qui est révoqué.

- M. Blondeau est doyen de la faculté de droit de Paris, et M. Dubois de la faculté de médecine.

- Le colonel Fabvier commande le département de la Seine et la place de Paris. Le maréchal-de-camp Daumesnil commande à Vincennes, en remplacement du marquis de Puyvert, admis à la

retraite.

— M. l'intendant militaire Baradère est nommé secrétaire général du ministère de la guerre; M. le général Gentil St-Alphonse directeur-général du personnel de la guerre; M. l'intendant militaire Daure, directeur général de cette administration, et M. Marteneau-Deschenez directeur de la comptabilité.

La commission municipale a chargé quatre commissaires par arrondissement de distribuer des secours aux ouvriers blessés la semaine dernière, et aux femmes et aux enfans de ceux qui ont été tués. Deux autres commissaires recueilleront dans chaque arrondissement les faits notables qui se sont passés et les noms des individus tués, et il sera élevé des monumens funéraires sur tous les lieux où il a été enterré de ces citoyens.

- La cour de cassation a manifesté l'intention de ne pas tenir d'audience, à moins que les avocats ne déclarassent vouloir s'y présenter ceux-ci ayant été unanimement d'avis de s'abstenir, il n'y aura pas d'audience à cette cour.

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La cour royale de Paris a voulu siéger le 4, mais aucun avocat ni avoué ne s'étant présenté, l'audicnce a été levée.

Le 5, M. Bernard, député, a été installé dans ses fonctions de procureur général près la cour royale de Paris. Il a prononcé un discours analogue aux circonstances; il se proposoit d'adresser une allocution aux barreau, mais aucun avocat n'étoit présent.

Des députations de la cour de cassation et de la cour royale, ayant à leur tête MM. les premiers présidens Portalis et Séguier, sont allées jeudi complimenter M. le lieutenant - général du royaume.

Le tribunal de commerce est le seul jusqu'à présent qui ait continué ses opérations.

M. Galisset, avocat à la cour royale de Paris, remplit les fonctions de secrétaire particulier auprès de M. Girod (de l'Ain), préfet de police.

D'après les assertions souvent répétées par les journaux, on étoit généralement persuadé que le colonel de Foucault, commandant de la gendarmerie de Paris, avoit été tué au milieu des mê– lées de la dernière semaine. Il n'en est rien. Une foule d'officiers qui le connoissent l'ont revu depuis à St-Cloud et à Rambouillet. Non-seulement il n'a point péri, mais il n'a reçu aucune blessure.

Il y aura le dimanche 8 une grande revue de la garde nationale.

MM. de Peyronnet et de Chantelauze ont été effectivement arrêtés à Tours le 2, avec quelques personnages qui les accompagnoient. La garde nationale visitoit toutes les voitures et chaises de postes, et ils n'ont pu échapper à ses investigations.

-Le général portugais Saldanha s'étoit présenté, le 28 juillet, à M. le général Lafayette pour lui offrir ses services.

Un ouragan terrible a éclaté sur Paris dans la nuit du 4 au 5. Des cheminées et des toitures ont été arrachées, des croisées ont été enlevées par la force du vent, et des arbres déracinés.

Un léger accident est arrivé dernièrement au roi d'Espagne. S. M. s'est foulée le pied droit en descendant de voiture. On croit que cela n'aura point de suites.

- L'empereur d'Autriche a convoqué la diète de Hongrie pour le 8 septembre.

CHAMBRE DES PAIRS.

Le 4, M. le baron Pasquier occupe le fauteuil. Les secrétaires appelés au bureau par leur âge sont MM. le duc de Feltre, les comtes Lanjuinais et Chollet et le marquis de Brézé. Les secrétaires définitifs élus sont MM. le marquis de Mortemart, Maison, le duc de Plaisance et le comte Lanjuinais.

La commission de l'adresse formée par le président se compose de MM. les comtes Siméon, Molé, d'Argout; les marquis de Marbois, de Jaucourt; les barons de Barante, Seguier.

La chambre reçoit communication de l'ordonnance qui autorise MM. les ducs de Chartres et de Nemours à siéger.

Plusienrs observations et propositions relatives à la direction et à l'ordre à suivre par la commission dans son travail, ont été renvoyées à cette commission. M. le duc de Choiseul a demandé qu'il fut laissé à cette commission une latitude plus grande que par le passé et appropriée aux circonstances actuelies.

Les orateurs entendus dans cette discussion sont MM. Boissyd'Anglas, Forbin des Issarts, de Châteaubriand, d'Andelot, de Marbois, de Barante, Tascher, Molé, Belliard et Pontécoulant.. On rapporte que M. Boissy-d'Anglas a fait entrevoir le choix d'un nouveau souverain et la rédaction d'un nouveau pacte.

Quelques voix ayant, dit-on, invoqué le droit d'hérédité, le même orateur a fait craindre que cette question ne produisit quelque effervescence populaire; la proposition n'e pas eu de

suite.

Le surplus de la séance a été employé au tirage des bureaux? La chambre ne se réunira que lorsque l'adresse sera prête.

On a remarqué à la séance MM. les ducs de Maillé et de Mouchy.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

Le 4, M. Labbey de Pompières, président d'âge, occupe le fauteuil et procède au tirage des bureaux. Pendant cette opération, des groupes animés se forment dans différentes parties de la

salle.

Parmi les membres de l'ancien côté droit, on remarquoit MM. Berryer, Bizien du Lézard, de Boisbertrand, Roger, Alexis de Noailles, Arthus de La Bourdonnaie, Hyde de Neuville.

M. Ch. Dupin demande que la chambre se forme en permanence; ses amis appuient vivement cette proposition.

MM. Al. de Noailles et Arthur de La Bourdonnaye font observer que ce n'est pas praticable, qu'il faut bien que chacun ait quelques heures. Une assez grande agitation a lieu à cet égard, et l'on décide que la permanence n'aura lieu que pour la vérification des pouvoirs.

Pour que la chambre soit constituée en une seule séance, M. Kératry demande que les procès-verbaux d'élection n'offrant pas difficultés seront distribués dans les huit derniers bureaux, et que le premier se forme en commission pour décider des élections contestées.

M. Arthur de La Bourdonnaie représente que cela seroit illégal. Les députés se retirent dans leurs bureaux, et la séance est reprise une heure après. On prononce l'admission d'un grand nombre de membres.

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Quelques difficultés ont lieu pour MM. Colomb et Amat. Une protestation ayant été faite contre l'élection de MM. de Mieulle et Magnan, à Digne, on ajourne leur admission, malgré leurs explications.

L'ajournement est également prononcé pour MM. Frottier de Bagneux, Le Corgne de Benebry, Dudon et Conen de St-Luc, par suite de réclamations sur la violation du secret des votes.

Un rapporteur fait observer que M. Casimir Perrier ne justifie pas de sa cole d'impositions. M. Laffite pense qu'il faut passer outre, puisque ce membre siégeoit dans la précédente chambre. M. de Conny s'écrie que c'est violer toutes les règles. M. Salverte appuie l'admission, tout en demandant cela ne tire que conséquence pour d'autres. L'admission est prononcée. MM. Albert, fils, de Gaujal, de Vatimesnil, André Gallot ont été ajournés jusqu'à la production de leurs pièces.

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A six heures et demie, la séance est suspendue. A huit heures, elle est reprise. On admet encore beaucoup de membres, et à la

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