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1668 Discours du

chancelier de

Le chancelier de Montmollin fit alors un ample discours, où il ne manqua pas de dire tout ce que le prince lui avait ordonné de maniMontmollin. fester à l'assemblée. Après quoi le précis de son discours roula sur le bonheur qui aurait résulté pour les habitants de la souveraineté de vivre sous la domination de Monseigneur le duc de Longueville, qui possédait cet état par un droit de naissance et puisque c'était un prince qui était doué de vertus et de qualités les plus propres à régner.

La donation

les Trois-Etats.

Nous serions, ajouta-t-il, inconsolables de l'abdication que S. A. S. fait présentement de sa couronne, s'il ne nous laissait pas pour son successeur Monseigneur le comte de St-Pol, son frère, qui, étant du même sang illustre, a montré dès sa jeunesse que la vertu est héréditaire dans cette auguste maison. La campagne passée a vu ses glorieux exploits à la vue du roi.

Le chancelier exhorta ensuite chacun à lui rendre l'obéissance qui lui était dorénavant due.

Après le discours du chancelier, le secrétaire du conseil d'Etat, approuvée par Jean-Jacques Fleury, fit la lecture de l'acte de donation dont on a rapporté le précis; cet acte ayant été approuvé par le souverain tribunal, Monseigneur le duc de Longueville se leva de son siège et remit le sceptre qu'il tenait entre ses mains à Monseigneur le comte de St-Pol, son frère. Il dit à toute l'assemblée qu'il ne réCe que le prince servait aucune autorité sur eux que de leur commander d'obéir à recommande à son frère et de lui être fidèles, et que c'était la dernière marque d'obéissance qu'il désirait de ses sujets.

l'assemblée.

Assurances

lieutenant de

M. de Mollondin, lieutenant de gouverneur, au nom de Messieurs données par le des Trois-Etats, lui dit là dessus qu'ils exécuteraient ses volontés gouverneur au avec respect et soumission, et protesta à M. le comte de St-Pol qu'ils auraient pour lui l'obéissance, la soumission et la fidélité qu'ils devaient à leur souverain.

comte de St-Pol.

Dès que le duc de Longueville eut remis à son frère le sceptre Adieux du judicial, il lui dit: Adieu mon frère, l'embrassa et le baisa, et après s'être retiré de l'assemblée sans lui dire autre chose, il descendit Le prince quitte au bas de la ville et se mit dans un bateau qui l'attendait.

prince à son frère.

Neuchâtel.

Il se rend chez les pères de

Le duc alla encore ce même jour jusqu'à Grandson, où il coucha. Il n'avait pris avec lui que M. François-Antoine Rognon et l'intendant Jonas Gallandre, et ne désirant pas d'être connu, il les fit asseoir au haut de la table en soupant, et il leur avait défendu de tirer le chapeau en buvant à sa santé. Etant parti le lendemain 14 mars de Grandson, il s'en alla à Lyon, où il séjourna quelque temps.

Comme il avait toujours eu beaucoup de penchant à se faire ecl'Oratoire à clésiastique, il s'était, déja avant la mort de son père, retiré dans le noviciat des jésuites, où il avait pris l'habit, dans le dessein d'entrer dans leur compagnie; mais peu de temps après ayant changé

Lyon.

dè volonté, il en sortit sans avoir fait profession. Cependant il n'avait point quitté le désir qu'il avait de se vouer à l'Eglise, et c'est ce qui l'avait porté à remettre les comtés à son frère.

Ce prince fit son testament à Lyon le 1er octobre 1668 dans la maison des pères de l'Oratoire. Comme ce testament a eu des suites très considérables par rapport aux comtés de Neuchâtel et Valangin, il est à propos d'en rapporter ici la clause par laquelle le prince de Conti forma ses prétentions sur le comté de Neuchâtel, de même que la clause codicillaire, en vertu de laquelle ce prince voulait faire valoir ce testament nonobstant le prédécès du comte de St-Pol, son héritier, et celui de Madame de Longueville, sa mère, et nonobstant une donation entre vifs, du 23 février 1671, dans laquelle Madame de Nemours, sa sœur, fut substituée aux choses données, ou à ce qui resterait, au cas que le donataire vînt à mourir sans enfants, et nonobstant encore un testament fait le 26 février, trois jours après la donation. Voici les dispositions du dit testament dont il s'agit:

Etant l'institution d'héritier le chef et le fondement de tout testament et ordonnance de dernière volonté, à cette cause le dit Jean-Louis-Charles d'Orléans, duc de Longueville, testateur, en tous et chacun ses autres biens meubles et immeubles, droits, noms, raisons et actions présentes et à venir quelconques, a fait et institué et de sa propre bouche a nommé et nomme son héritier universel très illustre, très haut et très puissant prince Charles-Paris d'Orléans, prince souverain de Neufchâtel et Valangin en Suisse, comte de St-Pol, son frère puîné, et après lui à ses enfants naturels et légitimes de vrai et légitime mariage procréés, préférant les mâles aux femelles; et venant le dit seigneur Charles-Paris d'Orléans à mourir avant ou après le testateur sans enfants naturels et légitimes, de vrai et légitime mariage procréés, au dit cas et chacun d'eux le dit seigneur testateur en tous ses biens libres, substitue vulgairement par fidéicommis la dite dame Anne-Geneviève de Bourbon, sa très honorée mère, la suppliant très humblement de disposer des dits biens, elle venant à mourir, en faveur de Messieurs les princes de Conti, ses cousins germains.

La clause codicillaire est conçue en ces termes :

1668

Il fait son

testament.

Teneur du testament.

laire.

A dit et déclare le présent testament être son dernier et valable testament, Clause codicillequel il veut valoir par droit de testament noncupatif, et s'il ne vaut ou peut valoir par droit de testament a voulu valoir par droit de codicile, donation à cause de mort et toute autre disposition de dernière volonté qui de droit pourra être valable et mieux subsister.

1668

CHAPITRE XII.

Charles Paris d'Orléans,

comte de St-Pol.

Charles-Paris

prince de Neuchâtel et Va

Bénéficence du nouveau prince.

Charles-Paris d'Orléans, comte de St-Pol et depuis l'an 1669 duc de Longueville, ayant été en cette manière mis en possession des langin. comtés de Neuchâtel et Valangin, donna des marques de sa bienveillance aux peuples dès le même jour, 13 mars 1668, où il fut reconnu prince souverain de Neuchâtel et Valangin. Il fit couler la fontaine de la rue de la Pommière pendant trois heures en bon vin rouge, dont il coula 2500 pots; il fit aussi jeter à la population Démonstrations 800 francs de monnaies et de pièces d'argent. Les peuples, à leur d'alligresse de tour, témoignèrent une joie extraordinaire par des cris de Vive le prince. On fit des promenades militaires le reste du jour; on alluma un Feu de joie, feu de joie sur le bord du lac, et lorsqu'il fut un peu avant dans la nuit, il se trouva dix-huit bateaux sur le lac, partagés en deux armées, qui représentèrent un combat naval. Enfin il y eut cent personnes, tant officiers de milice qu'autres, qui furent régalées à la maison de ville aux dépens du prince, pendant que les princiRepas splen- paux de l'Etat furent traités splendidement au château, le prince château, étant de la fête.

la part des peuples.

combat naval.

dide au

Fribourg pour

le prince.

De Berne.

Députation de Le 15 mars, jour des Rameaux, il arriva à Neuchâtel une dépucomplimenter tation de Fribourg qui vint complimenter S. A., de laquelle M. de Praroman était le chef; et comme il s'exprima en allemand, le conseiller David Merveilleux en fut l'interprête. Le lendemain il arriva une autre députation de Berne pour le même sujet; MM. le général d'Erlach et de Buren étaient à la tête, suivis d'une brillante noblesse. De Soleure. Le jour suivant arriva celle de Soleure; mais le canton de Lucerne, Lettre de Lu- quoique allié, se contenta d'écrire une lettre au prince, dans laquelle, après l'avoir félicité, il s'excusait sur ce que les principaux de cette ville étant à la Diète, il n'avait pas pu envoyer une députation.

cerne.

Députation de
Bienne.

Ceux de Bienne vinrent aussi au nombre de neuf chevaux, dont De Genève. le chef était M. Wildermet. La ville de Genève, quoique éloignée et non alliée, envoya aussi des députés dont les chefs étaient MM. Roset et Fabry, qui arrivèrent à Neuchâtel le 20 mars, ce qui fit bien du plaisir au prince voyant que cette ville recherchait aussi son

Le prince est régalé par la

amitié.

Tous ces ambassadeurs furent régalés au château par S. A. Le ville avec les samedi 21 mars, le prince fut régalé magnifiquement par les QuatreGenève. Ministraux sur la Boucherie, avec les députés de Genève.

députés de

prince fit durant son séjour au pays.

Pendant le peu de temps que ce prince passa dans le pays, il fit 1668 plusieurs promenades à Colombier, au Val-de-Ruz, à Cressier, où Tout ce que le il alla faire sa devotion le dimanche de Pâques, et partout il fut reçu avec des acclamations de joie, la milice étant sous les armes. Le prince partit de Neuchâtel le 23 mars. Environ cinquante cavaliers des principaux de l'Etat l'accompagnèrent; mais étant arrivé à Rochefort, le prince les obligea à s'en retourner, à la réserve de MM. George de Montmollin et Jean-Jaques Sandoz, qui, par sa permission, l'accompagnèrent jusqu'à Môtiers.

Départ du prince.

Réglement pour les juges

du premier ordre aux

Pendant son séjour à Neuchâtel, le prince fit un réglement à l'égard des juges qui doivent composer l'Etat de la noblesse dans les Trois-Etats, parce qu'il y avait souvent des difficultés sur ce sujet parmi les nobles. Il ordonna, pour cet effet, qu'à l'avenir les Trois-Etats. quatre plus anciens conseillers d'Etat nobles y seraient les juges ordinaires et composeraient le premier Etat, mais au cas qu'ils fussent parents des parties, ou pour d'autres raisons importantes, le gouverneur pourrait nommer qui bon lui semblerait entre les nobles du pays, pour juger en leur place.

à Paris, le prince remet la régence à sa

Quoique le prince fût en état de régner par lui-même, cependant Dès qu'il arrive dès qu'il fut arrivé à Paris, comme il se vouait entièrement aux armes, il donna à Madame de Longueville, sa mère, toute autorité et pouvoir de régir l'Etat, par des lettres patentes datées du 24 mai 1668; tellement que pendant les quatre ans qu'il vécut encore, il n'a jamais gouverné lui-même les comtés.

mère.

ticularités sur

le prince. Plaisir qu'il éprouve à voir châteloises.

les milices neu

Le comte de St-Pol, qui ne respirait que la guerre, avait pris Différentes parbeaucoup de plaisir à voir les milices de cet Etat et tant d'hommes armés; car il y en avait eu 6000 à son arrivée. Il fut même tout étonné que dans peu d'heures de temps on eut fait tant de diligence, savoir, depuis le dimanche matin jusqu'à trois heures après-midi. Le lundi 9 mars, il avait vu les troupes du comté de Valangin, et il avait témoigné beaucoup de satisfaction en apprenant que les armes dont la milice des Montagnes était pourvue étaient fabriquées dans

le pays.

sur le lac.

Après dîner du dit jour 9 mars, il alla sur le lac pour voir de sa promenade là d'autant mieux l'assiette de la ville. Pendant qu'il y était, la jeunesse avait pris les armes et vint sur le bord du lac. Le prince sa réception étant descendu du bateau, monta sur la Plateforme de la maison de par la jeunesse M. Guillaume Tribolet pour voir d'autant mieux faire l'exercice à cette jeunesse qui était commandée par le lieutenant Baillods, et il témoigna d'en être bien content.

Le mardi 10, le prince était allé se promener sur le lac avec MM. Greder, Mollondin et le baron de Gorgier. Pendant qu'il y était, M. Girard, pasteur de l'église de Neuchâtel, s'entretenait au château avec le duc de Longueville sur des matières de religion.

à la descente du bateau.

Autre promeEntretien du sur la religion

nade sur le lac.

ministre Girard

avec le duc de Longueville.

1668

Le comte de St-Pol à Cressier.

la Neuveville,

Le 11 mars, le comte de St-Pol prit plaisir à voir la compagnie du capitaine David Favarger, receveur des deniers casuels, auquel M. Mouillet, ambassadeur de S. M. T. C., avait peu de temps auparavant donné un brevet de capitaine; cette compagnie avait été levée en peu de jours, et elle partit le 21/31 mars pour se rendre en Flandre.

Le samedi 14 mars, le comte de St-Pol alla à Cressier en bateau pour y faire le lendemain sa dévotion. Les habitants de la baronnie Salves de ceux du Landeron prirent les armes et lui firent la salve. Ceux de Stde St-Blaise de Blaise tirèrent depuis la tour du temple à mesure que le prince passait, et ceux de la Neuveville leur répondaient depuis le château de Schlossberg. S. A. logea cette nuit dans la maison de M. de Il va au Lan- Mollondin à Cressier. Le lendemain, ayant fait sa dévotion au Landeron, il retourna en bateau à Neuchâtel; à mesure qu'il passa au Salves de ceux pont de Thielle, ceux de Cornaux s'y trouvèrent avec leurs armes de Cornaux à et lui firent la salve, tellement que partout où il allait, il trouvait

deron.

son retour.

Landtag aux Verrières au sujet d'un meurtre.

J.-J. de Roll pour le fief de Kriegstetten.

Le comte de
St-Pol va en

des hommes sous les armes.

Le gouverneur de Stavay-Lully ordonna, par un mandement du 31 mars 1668, au maire des Verrières, de faire tenir un Landtag aux dites Verrières, au sujet d'un meurtre qui y avait été commis un homme ayant tué son frère. Il veut que la justice des Verrières tant seulement, quoiqu'elle ne soit pas cour criminelle, en rende la sentence, et pour remplacer ceux des Verrières, il ordonne qu'on prenne en renfort des justiciers du Val-de-Travers, afin de rendre complet le nombre de douze; que si le maire des Verrières n'y peut pas assister pour quelque indisposition, le lieutenant des dites Verrières doit prendre sa place sans conséquence.

Jean-Joseph de Roll, fils de Jean de Roll, ayant demandé l'an 1668 l'investiture de son demi-tiers du fief de Kriegstetten qu'il possédait, S. A. ordonna qu'il produirait son titre d'inféodation de l'an 1495 avant que d'être reçu à foi et hommage.

Le comte de St-Pol, qui ne souhaitait rien avec plus d'ardeur que Candie au se- de se signaler à la guerre, partit de France le 1" septembre pour

cours des Veni- se rendre en Candie au secours des Venitiens contre le Turc. M. de

tiens. Feuillade l'accompagna avec six cents gentilshommes français. On Députation de envoya des députés de Neuchâtel à Lyon qui, au passage de ce passage à Lyon. prince en cette ville, le complimentèrent et lui souhaitèrent un heureux voyage.

Neuchâtel à son

Exploits du

prince en Candie.

Il arriva dans l'ile de Candie le 2 octobre, et quoiqu'il n'y fut que trois mois, il ne laissa pas de s'acquérir beaucoup de gloire par des actions glorieuses; en la première sortie qu'il fit, il y eut plus de cinq mille Turcs tués et un grand nombre faits prisonniers. Quant au duc de Longueville, après avoir fait son testament, rappart pour Rome. porté en partie ci-devant, il partit de Lyon, où il avait séjourné quel

Le duc de Lon

gueville après son testament

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