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DE FRANCE. SAMEDI 7 7 JUIN 1783.

PIÈCES FUGITIVES.

Qu'

EN VERS ET EN PROSE.

QUATRAIN.

U'EN ce jour mille fleurs couronnent votre tête :
Votre cœur fut toujours le fiège des vertus ;
Et fi le vrai mérite avoit un nom de fête,
Vous auriez un patron de plus.

Note du Rédacteur. Vadé nous a écrit des Champs-Elyfées pour revendiquer ce Quatrain fauffement attribué à M. l'Abbé Clergé, dans l'Hiftoire Littéraire de la Ville d'Amiens,· imprimée à Paris en 1782. En effet, on le trouve dans le quatrième Vol, de fes Œuvres, imprimées chez Duchefne, rue S. Jacques, en 1758.

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LE BUVEUR D'EAU, Chanfon.
AIR à faire.

VERSEZ de l'eau, je hais le vin:

Amis, vous le vantez en vain ;
Pour mei de l'eau je fuis l'apôtre.

Mon nectar vaut mieux que
Jadis au Paradis d'Éden,

le vôtre;

Lorfqu'il cultivoit fon jardin,
Adam n'en a point connu d'autre.

L'EAU fait cent miracles divers;
Elle eft la fource des bons vers

Aux bords que l'Hypocrène arrofe.

Anaxagore en vain m'oppofe
*

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furnommé l'Esprit,

* Anaxagore, Philofophe Grec parce qu'il enfeignoit que l'efprit divin étoit la cause de cet Univers. Il négligea le foin des affaires publiques & de fes propres intérêts, pour se livrer à l'étude de la philofophic. Il repondit à quelqu'un qui lui demandoit pourquoi il étoit venu fur la terre: Pour contempler le foleil, la lune & les étoiles. Il enfeignoit que la lune étoit habitée, hypothèse très-probable, renouvelée depuis par l'ingénieux Auteur des Mondes. Il croyoit que le foleil étoit une masse de matière caflammée un peu plus grande que le Péloponèfe. Comme on lui reprochoit qu'il se soucioit fort peu de sa patrie : au contraire, répondit-il en montrant le ciel, j'en fais un grand cas. On l'accufa d'impiété, & on le condamna à mort par

Un amas d'argumens diferts.
Avec Thalès, de l'Univers
Je foutiens qu'elle fut la caufe.

LOIN les Buyeurs, foyons amans:
Amis, laiffons les Allemands

Humer le vin en abondance.
Cherchons une autre jouillance:

L'eau nous provoque au jeu d'amour ;
Et l'on fait bien qu'en fon féjour
Vénus autrefois prit naiffance.

Oui, le vin n'eft qu'un doux poifon 3
Le vin égare la raifon.

Ma liqueur jamais ne la trouble:
Par elle l'appétit redouble;
Et bien fouvent un buveur d'eau,
Sur le foir, au bord d'un ruiffeau,
A l'art de pêcher en eau trouble.

PAR la Fayette & Rochambeau,

coutumace. Il fe retira à Lampfaque, où il établit une école, & paffa tranquillement le refte de fa vie. Ses premiers Difciples l'y fuivirent.

الا

Thalès de Milet avoit établi, d'après Homère, que l'eau étoit le principe de toutes chofes. Ne vous haillez pas, difoit-il à fes Disciples, parce que vous pensez différemment les uns des autres; mais aimez vous plutôt, parce qu'il est impoffible que dans cette variété de fentimens, il n'y ait quelque point fixe où tous les homme S viennent fe joindre."

L'Anglois, dans le monde nouveau,
Sous le pié s'eft vu couper

l'herbe.

Il eft moins fier & moins fuperbe,

Il a mis de l'eau dans fon vin;
Et l'Europe entière en refrain
Répète à l'envi ce proverbe.

(Par M. de Saint-Ange.)

A M. LAVOISIER, de l'Académie Royale des Sciences.

AIMABLE

I M A B L E Élève d'Uranie,

La gloire marque tous tes pas
Quand tu tiens d'une main hardie
Ou l'astrolabe ou le compas.
Tu fais pour la philofophic,
Oubliant la Cour de Plutus
Faire admirer à ma patrie
Le fucceffeur d'Helvétius,
Et l'ornement de la finance,
Et la fageffe & l'opulence,
Et les talens & les vertus.
Lavoifier, lorfque jeune encore
Tu parois rival de Newton,
Et, comme un brillant météore,
Viens étonner notre horison;
Moi, je vois flétrir ma jeuneffe
Par les revers & le malheur ;

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