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PRÉFACE

Nous présentons avec confiance à nos lecteurs la septième Série des Mémoires et documents pour servir à l'histoire du Commerce et de l'Industrie en France. L'accueil qui a été fait aux précédents volumes nous encourage à poursuivre l'entreprise peut-être trop ambitieuse, à laquelle nous nous sommes consacré depuis plus de dix ans ; il semble même que notre collection ait intéressé un nombre toujours croissant de curieux et d'érudits. Cette faveur tient-elle à la distinction dont l'a honorée l'Institut en lui décernant en 1918 une de ses plus belles récompenses: Le prix Le Dissez de Pénanrun ou à la persévérante ardeur que nous mettons à remplir notre programme et à atteindre notre but? Ce qui demeure certain, c'est que les critiques compétents témoignent à notre œuvre une estime particulière dont nous leur sommes profondément reconnaissants. Quelquesuns encore signalent notre absence de méthode au point de vue chronologique et insistent sur le combat en ordre dispersé de nos publications. Il a déjà été fait justice de cette critique par des écrivains, des historiens et des économistes d'une valeur incontestable et incontestée tels que MM. Paul Delombre et Edgard Depitre (1). « Le Recueil de documents et d'études que M. Julien Hayem offre aujourd'hui aux curieux d'inédit n'est qu'un commencement : il sera suivi de nombreux volumes si la pensée à laquelle on le doit peut recevoir sa pleine réalisation. M. Julien Hayem a été frappé de l'abondance des matériaux épars dans nos diverses archives et rêvant de voir édifier une histoire

(1) Voir les Préfaces de la 1a série de M. Paul Delombre et de la 3o série par M. Edgard Depitre,

complète du commerce et de l'industrie en France, il s'est proposé de mettre à la portée de tous les travailleurs les richesses, sinon ignorées, du moins en grande partie encore inexplorées. On ne saurait trop le remercier de son initiative. >

M. Edgard Depitre, le regretté professeur de droit de la Faculté de Lille, l'auteur de travaux si justement appréciés sur des questions financières et économiques (1), et surtout d'un admirable ouvrage sur La Toile peinte en France au XVII et au XVIII° siècle, M. Edgard Depitre, interprétant de même que notre éminent ami, M. Paul Delombre notre programme et notre but s'exprimait ainsi : « M. Julien Hayem a d'abord voulu collaborer à cette grande histoire du travail qui s'édifie peu à peu, grâce aux efforts de tant de chercheurs, compulseurs des archives publiques et privées. Il a surtout voulu y faire participer d'autres que lui en suscitant les bonnes volontés, en les groupant, en les aidant de tout son pouvoir. C'est qu'aussi bien le champ à exploiter reste immense: pour un problème élucidé, pour une institution clairement décrite et exactement comprise, que de questions encore obscures, que de conditions de la production et de l'échange dans le passé mal connues, insoupçonnées peut-être! Et les matériaux qui doivent servir à construire cette histoire du commerce et de l'industrie sont abondants, certes: de jour en jour on sait mieux de quelles mines les extraire. Mais ces dépôts précieux sont disséminés, souvent éloignés des travailleurs qui, en d'autres endroits poursuivent des recherches parallèles. Révéler les richesses d'archives ignorées, encourager leur exploration, faciliter la publication des documents et les mettre ainsi aisément à la portée de tous, tel est le premier but poursuivi par le promoteur de ces publications, but d'ordre exclusivement

(1) Le mouvement de concentration dans les banques allemandes. Rousseau, 1905, in-8°. Les caisses de liquidation des opérations à terme sur marchandises. Rousseau, 1907, in-8°. La Toile peinte en France au XVII• et au XVIII siècle. Marcel Rivière, 1912.

scientifique, comme on voit et sur l'intérêt duquel on ne saurait trop insister. »

Notre septième série répond-elle, comme les précédentes au programme et au but qu'ont exposés dans des termes si heureux et si flatteurs MM. Delombre et Depitre ? Il nous semble que les sujets des études qu'elle comprend sont les meilleurs arguments qu'il nous soit donné de fournir; ils témoigneront de l'intérêt et du profit qu'ils pourront offrir à nos lecteurs.

L'étude sur Tubeuf, un grand industriel français au XVIII° siècle, est une thèse complémentaire que notre collaborateur M. Marcel Rouff a présentée à la Sorbonne en vue d'obtenir le titre de Docteur ès-lettres (1). « Cette étude, a dit avec raison l'éminent M. Camille Bloch un des membres du jury de la thèse, est excessivement vivante : on la lit avec un intérêt soutenu; on sent qu'elle a été faite avec grand plaisir, disons mieux avec passion. C'est même ce qui caractérise ce travail. Il y a une espèce de sympathie, d'enthousiasme soit pour le sujet soit pour la personne. Il s'agit d'un portrait, de la psychologie d'un industriel du xviii siècle et il est certain que cette étude méritait d'être faite. » Il n'est pas douteux que M. Marcel Rouff a exagéré les mérites et les services de celui qu'il appelle un Découvreur et auquel il attribue l'exploitation ultérieure et méthodique des richesses minières du bassin du Gard et l'indication intuitive et quasi prophétique de l'immense bassin de Normandie.

Il est, d'autre part, établi que la moralité du personnage est trop sujette à caution et qu'il est maintes circonstances dans lesquelles le prospecteur de mines a recours à des manœuvres déloyales et coupables et qu'il aide volontiers la nature à révéler ses ressources en lui substituant des

(1) La thèse principale était intitulée : Les Mines de Charbon en France au XVII siècle (1744-1791), F. Rieder et Cie éditeurs, Place Saint-Sulpice, Paris; les deux thèses ont été soutenues en février 1922 et grâce à elles, M. Marcel Rouff a été reçu docteur ès-lettres avec la mention la plus flat

leuse.

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richesses extraites d'autres fonds ou en faisant luire des trésors empruntés ou imaginaires. L'étude sur Tubeuf composée avec des matériaux indiscutables, d'ordre privé et d'après des papiers personnels remis à l'auteur par des membres de sa famille, démontre l'influence que peut exercer dans le domaine économique et sur l'activité industrielle d'un pays un homme de conception hardie, d'une volonté énergique et inlassable, né pour la lutte qui tente de créer de la richesse et qui ne recule pas quelquefois devant les moyens les plus équivoques pour arriver à son but. II est constant que Túbeuf a entrevu et a révélé la valeur immense de terrains miniers qui, jusqu'à lui, avaient été omis ou négligés. Quoi que ses contemporains aient pu penser, quoique les lecteurs de la monographie sur Tubeuf puissent penser du caractère, des procédés et des agissements de cet industriel, tous seront obligés de reconnaître et de saluer en lui un initiateur, et suivant une expression moderne un animateur digne de figurer parmi les serviteurs utiles de leur petite et de leur grande patrie et de l'intérêt national.

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Le Secret de la Reine est une étude des plus intéressantes due au très distingué archiviste Pierre Deloncle, chef de service à la Section historique de l'Etat-Major de la Marine il en a emprunté le sujet et le nom à quelques-unes des nombreuses notes que la veuve de notre regretté collaborateur Ph. Barrey a bien voulu nous confier. Laissons M. Deloncle lui-même exposer le sujet auquel il a consacré sa claire intelligence et ses facultés de brillante et féconde. assimilation. Aucune mise au point d'une étude aussi prenante ne pouvait mieux servir la mémoire de l'archiviste du Havre.

< Sous ce titre entouré de mystère, l'éminent historien de la Marine Française, M. Charles de La Roncière (1) a fait le récit d'une expédition navale dont l'inspiratrice fut Cathe

(1) Histoire de la Marine Française, t. IV, ch. XI, pp. 167-205.

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